ROSEMAR
"La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers. Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu. Il porte un nom. Un nom d'une blancheur éclatante. Neige."
C'est ainsi que Maxence Fermine décrit la neige et ses flocons, dans un de ses romans, intitulé Neige.
Le flocon nous fait voir sa légèreté, son évanescence : sonorité de douce fricative au début, prolongée par la consonne "l", voyelle "o" dupliquée sous une forme nasalisée... les sonorités mêmes du mot nous font entrevoir la finesse et la délicatesse des flocons qui virevoltent.
Certains flocons sont plus compacts, plus épais et plus lourds, ils tombent en amas et on entend leur chute sur le sol : la consonne gutturale "c" au centre du mot nous fait percevoir cet éclat...
Des étoiles blanches apparaissent, des images de neiges en éclats dispersés, des embruns de blancs, des écumes étincelantes...
Un ballet incessant de plumetis couvre les paysages et les jardins... images soudain irréelles et mystérieuses de l'hiver.
L'horizon s'enlumine de teintes pâles, ouatées, feutrées....Un rideau de lumières envahit l'espace...
Léger, le flocon se multiplie à l'infini et peut former des écrans de candeurs, des entrelacs qui inondent le ciel, le transforment en un tissu ondoyant, satiné, perlé d'étoiles...
Le flocon nous montre toute la beauté de l'hiver : des éclats glacés, des couleurs atténuées, des contrastes de noirs et de blancs.... arbres sombres, ténébreux, entourés de lumières !
Les arbres se couvrent de ces amas de soie blanche, se parent de teintes nouvelles, et montrent toutes les harmonies de l'hiver.
Effet de clair-obscur produit par la neige !
Issu d'un mot latin "floccus" qui désignait une touffe de laine, le "flocon" a encore ce sens en français, mais le plus souvent ce terme est associé à la neige...
Flocons tourbillonnants dans l'air vif, pluie de l'hiver, les grains s'éparpillent et couvrent les paysages, de leurs embruns.
Les grains se rassemblent en couche compacte, sur le sol, les grains forment des tapis lumineux qui crissent sous nos pas...
Les flocons virevoltent dans l'air de l'hiver, rideaux de candeur, éclats de lumières.
Le mot nous éblouit de ses volutes lumineuses, de ses embruns de clartés...
Photos : auteurs : Serge Melki / Stohrfoll / Wuhazet creative commons
"Il flottait encore dans l'air un reste d'encens dont elle huma l'odeur une ou deux fois avec un plaisir mélancolique." C'est ainsi que Julien Green fait allusion à des parfums d'encens dans son roman intitulé Léviathan...
L'encens évoque des cérémonies religieuses, des parfums venus d'orient, aux effluves enivrantes...
Le mot fait penser aux Rois Mages qui offrirent de l'or, de la myrrhe et de l'encens à l'enfant Jésus... Venus d'orient, guidés par une étoile, les Mages étaient chargés de présents particulièrement précieux.
L'encens en fait partie, il est associé à l'or et, ainsi, on entrevoit sa rareté, et son prix... Melchior, Balthazar et Gaspard ont fait un choix de cadeaux recherchés et uniques.
De fait, l'encens est une substance produite à partir de la résine de certains arbres venus d'orient : l'arbre serait originaire du Dhofar, dans l'actuel sultanat d'Oman...On en trouve également en Somalie, au Yémen et en Inde.
Ces arbres orientaux deviennent, encore de nos jours, de plus en plus rares...
Le mot "encens" est, lui-même, un terme assez peu usité : on l'utilise de moins en moins, il a surtout une connotation religieuse, il se perpétue plutôt dans le sens de "louanges excessives, éloge"...
Ce terme ancien vient d'un verbe latin "incendere", "brûler, incendier". L'encens est, donc, fait pour être brûlé et pour dégager des substances odoriférantes...
Le mot lui-même semble danser, avec ses deux voyelles nasalisées qui se répondent, le mot nous fait voir des volutes de fumées qui virevoltent dans l'air et s'évaporent...
La consonne sifflante, au centre, lui confère douceur et élégance.
L'encens nous fait voir des lieux sacrés, des églises obscures aux décors majestueux, des autels, des cierges, des tableaux reproduisant des scènes religieuses, une atmosphère feutrée et mystique...
L'encens évoque également l'orient, ses mystères, ses arbres exotiques...
On songe, aussi, à la route de l'encens qui reliait l'Egypte au Yémen et à l'Inde. Aux environs de 1800 av. J.-C., les Indiens commencèrent à envoyer de l'encens vers les ports d'Arabie et de l'Égypte.
Les pharaons égyptiens pensaient que l'encens et sa fumée leur permettaient de s'attribuer les pouvoirs des dieux. On en brûlait dans tous les temples de l'Egypte ancienne. L'encens faisait partie des rituels d'offrande.
L'encens, aux origines si anciennes, a tendance à disparaître dans nos sociétés modernes : le mot a donné un dérivé plus courant : le verbe "encenser".
L'encens symbolise, dans l'antiquité, la divinité, il est associé à la fête de l'Epiphanie, qui trouve, en fait, son origine dans les célébrations paiennes de la lumière : c'est lors de cette fête, le 6 janvier, que les jours commencent à s'allonger de façon sensible....
Par sa forme ronde et sa couleur dorée, la galette des rois symbolise, donc, anciennement, les éclats et le rayonnement du soleil.
L'encens, lui, était, surtout, un symbole de richesse et de ferveur religieuse...

Photos : wikipédia creative commons
L'horizon s'embrume d'or. C'est l'hiver, le jour de Noël : dans la campagne, au pied du Luberon, le soleil lance ses derniers éclats... dans le lointain, les silhouettes obscures des arbres détachent leurs motifs d'ombres étranges...
Le ciel se couvre d'or : les sapins, les cyprès se dessinent en embruns de fumerolles, montrant des épis, des hérissements ténébreux...
Le ciel se pare de teintes d'or et de roses : des traces lumineuses de nuées viennent sillonner l'azur pâli, de leurs éclats de blancs.
Le soleil se couche, entre les branches d'un arbre désséché : un embrasement de feux et de lueurs s'en empare.... L'arbre flamboie, jette des rayons, l'arbre rayonne.
Les rayons irradient le paysage, les rameaux se divisent, lancent leurs subtils entrelacs sur l'azur...
L'arbre devient soleil, il répand des éclats éblouissants, il s'illumine des douces splendeurs du couchant.
L'arbre devient rayon de lunes, il s'embrase sous nos yeux...
Une auréole éclatante apparaît dans les branches.
Le spectacle du ciel nous apaise, des odeurs légères de mousses, de thym, de terre, de lichen nous accompagnent, sur le chemin.
Les couleurs roussies de quelques arbres s'arrondissent, autour de nous, des alignements de végétations aux teintes de rouilles, d'ocres, de blonds...
De fins nuages gris flottent dans l'air, sur l'horizon, la terre et le ciel forment des contrastes étonnants : l'azur encore lumineux, clair et le sol, les arbres dans la pénombre avec quelques irradiations de lumières...
Les arbres s'entourent de ces auréoles du soir... des flammèches orangées, des chrysanlines les enlacent de leurs éclats...
Photos : Bruno et rosemar
La datte, rêves de soleils, de lumières, de pays du sud, aux déserts de sables ! La datte nous fait admirer, au coeur de l'hiver, des paysages exotiques et lointains, aux charmes orientaux... L'Egypte, ses oasis au bord du Nil, la Tunisie, ses caravansérails, ses marchés...
Des mosquées, des hérissements de minarets, des coupoles, des palais, des dunes, des barcanes, des oasis, du sable à perte de vue...
Fruit oblong aux couleurs d'ambre et de miel, la datte gorgée de soleil, de douceurs, de lumières, nous éblouit de ses teintes nuancées...
Sa texture moelleuse, ses éclats dorés et brillants ravissent tous les sens.
Le mot lui-même, très simple, avec ses deux dentales éclatantes "d" et "t" suscite la curiosité...
L'homonymie avec cet autre mot, "date" nous intrigue, aussi.
La datte, fruit du soleil semble reproduire les couleurs mêmes de l'astre du jour : elle est parfois mate, mais, aussi, brillante, comme brunie par le soleil !
Parcouru de vaguelettes, le fruit semble simuler des embruns de sillons sur les dunes...
L'intérieur fait rayonner des fibres plus claires, aux saveurs de lumières.
D'où vient ce mot, "datte" ? Quelle est son étymologie ? Curieusement, ce terme est issu directement du grec "dactylos", qui désigne le "doigt". C'est la forme allongée du fruit qui lui a donné son nom...
Cette origine est bien lointaine, d'autant que le mot a perdu sa forme initiale, et que la dernière syllabe s'est effacée.
On connaît d'autres dérivés plus facilement reconnaissables : "dactylographie, dactyle, ptérodactyle"...
La datte, doigt solaire, effilée, élancée suggère, encore, par ses stries, la surface de la peau.
Ce simple mot nous permet de remonter aux origines de notre langue : le grec... et l'on est étonné de découvrir le sens premier de ce terme.
La datte nous emmène, aussi, vers l'Orient, vers l'univers des Contes des mille et une nuits : elle nous raconte les douceurs orientales, un monde raffiné, lointain et mystérieux, un monde secret...
Celui des sultans et des califes, celui de Sindbad, le marin, celui de Shéhérazade.... Des villes orientales surgissent dans nos mémoires : Bagdad, Bassora, Babylone, noms aux sonorités étranges et remplies d'exotisme...
Symbole de fertilité, de prospérité, de bonheur, le palmier dattier est un arbre sacré dans la tradition orientale.
Selon cette tradition, il faut manger sept dattes, le matin, au petit déjeuner, pour profiter de tous les bienfaits de ce fruit divin...
La datte fait, aussi, partie des treize desserts provençaux de Noël : ce fruit venu d'Orient symbolise donc le partage, les dattes pourraient représenter les présents apportés par les rois mages à l'enfant Jésus...




Photos de dattes : creative commons en haut de l'article : auteur : Madhif
Sous l'article photo 1 auteur : Madhif photo 3 : Med Dhifallah
Autres : illustrations des Contes des Mille et une nuits
Le mot "papillote" évoque la fête de Noël : les enfants se voient offrir, en cette occasion, des papillotes, ces friandises entourées de papier brillant, aux éclats d'argent...
Les papillotes font miroiter leurs teintes vives, des étoiles lumineuses, des volutes et des dentelles...
Avec sa labiale"p" redoublée, sa dentale finale "t", ses éclats de voyelles variées, son suffixe de diminutif, ce mot fait rayonner des lumières...
Des rayons de rouges, de verts, de bleu, de jaune explosent, sous nos yeux...
Emerveillements des enfants, les papillotes sont une référence aux ailes chatoyantes des papillons.
Le papier découpé en petites lamelles offre des friselis dorés ou argentés, et entoure la friandise de ses reflets ondoyants.
Le mot "papillote" est issu de l'ancien français "papillot" qui désigne le petit papillon...
Le nom "papillon" pourrait, lui-même, provenir d'un verbe grec, "pallo", palpiter, agiter vivement, mouvoir légèrement et rapidement.
On voit aussitôt le vol léger du papillon, ses envolées palpitantes, ses couleurs d'ocre, de rouille...
Avec les papillotes, on entre dans une ambiance de fêtes, on est ébloui par des dorures, des brillances.
Traditionnellement, la papillote contient, aussi, une devinette, une blague, une citation amusante, parfois, un pétard.
La légende veut que les papillotes soient nées à Lyon à la fin du XVIIIe siècle, quand le jeune commis d'un confiseur eut l'idée, pour séduire une jeune fille, de lui envoyer des petits mots d'amour, enveloppés autour d'une confiserie.
Voilà une jolie légende qui fait de la papillote un message de tendresse, qui lui confère une part de séduction supplémentaire...
Enfants, nous avons tous rêvé de papillotes : les couleurs, la surprise du contenu, les papiers étincelants nous promettaient tous les bonheurs du monde !
Voilà un mot d'enfance qui nous rappelle des Noëls d'autrefois, qui éveille, en nous, des souvenirs colorés et brillants !
