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21 août 2026 5 21 /08 /août /2026 11:45
Petits chaperons dans le rouge...

Tout le monde connaît l'histoire du Petit Chaperon Rouge... Un conte de tradition orale qui a connu de nombreuses versions...

A partir de la méthode développée par Queneau dans ses Exercices de style, mais avec quelques variantes, une équipe d'étudiants de l'université Stendhal, chaperonnée par Pierre Jourde, s'est livrée à cet exercice : écrire des versions contrastées ou humoristiques du Petit Chaperon Rouge : réduit, allongé, vulgarisé, érotisé, psychanalysé, géométrisé... 

Lors des Jeudis de Nîmes, la comédienne Pascale Barandon en a présenté une déclinaison mise en théâtre, puis en musique grâce à l'univers du compositeur et poète Marc Simon...

Pascale Barandon dans le rôle de Sidonie et Marc Simon dans le rôle d'Albert jouent avec les variantes de l'histoire...

Une comédienne chanteuse, un musicien comédien... un spectacle haut en couleurs !


Un texte de conte, tout simple, mais raconté chaque fois de manière différente.

 

Première scène : Marc Simon joue un air léger sur un xylophone, tandis que Pascale Barandon nous raconte l'histoire traditionnelle que nous connaissons tous :

 

"Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qui soit ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien, que partout on l'appelait le Petit Chaperon Rouge.
Un jour sa mère ayant cuit et fait des galettes, lui dit : va voir comme se porte ta mère-grand, car on m'a dit qu'elle était malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. Le Petit Chaperon Rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village. En passant dans un bois elle rencontra compère le loup, qui eut bien envie de la manger; mais il n'osa, à cause de quelques bûcherons qui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il est dangereux de s'arrêter à écouter un loup, lui dit : je vais voir ma mère-grand et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère lui envoie. Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le loup. Oh ! oui, dit le Petit Chaperon Rouge, c'est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, là-bas, à la première maison du village. Eh bien, lui dit le loup, je veux l'aller voir aussi. Je m'y en vais par ce chemin ici, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu'elle rencontrait. Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la mère-grand ; il heurte : toc, toc. Qui est là ? C'est votre fille le Petit Chaperon Rouge (dit le loup en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma mère vous envoie. La bonne mère-grand, qui était dans son lit à cause qu'elle se trouvait un peu mal, lui cria : tire la chevillette, la bobinette cherra...

Le loup dévore alors la grand-mère, et alla se mettre dans le lit en attendant le petit Chaperon rouge, qui, quelque temps après, vint heurter à la porte : toc, toc. — Qui est là ? — Le petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup, eut peur d’abord, mais, croyant que sa mère-grand était enrhumée, répondit : C’est votre fille, le petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que ma mère vous envoie. — Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix : Tire la chevillette, la bobinette cherra. — Le petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s’ouvrit.

Le petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé. — Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ! — C’est pour mieux t’embrasser, ma fille ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ! — C’est pour mieux courir, mon enfant ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ! — C’est pour mieux écouter, mon enfant ! — Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ! — C’est pour mieux te voir, mon enfant ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents ! — C’est pour te manger ! Et, en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le petit Chaperon rouge, et la mangea..."

Moralité : de belles enfants font très mal d'écouter toutes sortes de gens, il existe des loups doucereux, complaisants, ce sont les plus dangereux...

C'est alors que Marc Simon interprète une chanson amusante et parodique de sa composition : Big Black Wolf :

"Grand méchant loup, prends tes pattes à ton cou, la lune luit sous la forêt profonde, le chemin crisse et les arbres murmurent... Viens par ici mon grand fauve à poils gris, tu t'es perdu, maman va te consoler, viens dans les bras du petit chaperon rouge..."

 

"Albert, j'adore !" lui dit alors Sidonie... "Mais pouvez-vous me composer un haiku sur le sujet ?"

A la guitare, Albert répond aussitôt à sa demande : "Ouh ouh ouh !

Va chez grand-mère,

Apporte cette galette, 

Et te faire dévorer !"

Ouh ouh ouh !"

 

Puis, c'est la version réaliste et populaire : "Elle a vu le loup, par la môme Sidonie..." avec par exemple, cet extrait :

 Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ! — C’est pour mieux te reluquer, mon enfant ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents ! — C’est pour mieux te mâchouiller ! Et, en disant ces mots, la bête lui fait sa fête et n'en laisse pas une miette !"

 

Nouveau récit façon film d'horreur : Sidonie revêt un chapeau sombre avec voilette et raconte :

"Le sang de la grand-mère gicle, un geyser de sang se répand... l'animal découpe le visage de la grand-mère et le pose sur sa gueule..."

Long hurlement du loup !

 

Puis, c'est le récit de science fiction :

"Au 3ème millénaire... Va-t'en visiter dans ta fusée l'hypermémère, vogue vers l'archivieille...

Le loup aspire l'essence de la grand-mère et aspire son apparence..."

 

Récit sexy :

"Il était une fois une créature surnommée Lolitta, petite culotte rose... la nymphette roule des hanches. A son passage, les fleurs entrouvrent leurs corolles, elle voit une bête : 

"Ne me tente pas, à plus tard peut-être..." dit-elle...

 

Version campagnarde :

"On est contre les écolos qui protègent les loups ! Le bestiau a bouffé la gamine..."

 

Ce ne sont là que de brefs extraits du spectacle qui était ponctué de chansons, de musiques, d'effets sonores amusants... Un régal !

 

Merci et bravo aux deux comédiens pour leur humour, leur bonheur de jouer et le plaisir qu'ils ont procuré au public !

 

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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 12:33
L'univers du théâtre romain...

Le théâtre romain : un univers peu connu... L'association CARPEFEUCH  a eu la bonne idée de présenter les personnages, les intrigues de ce théâtre, lors des Journées Romaines de Nîmes, dans un lieu bien adapté : devant le Temple de Diane, dans les Jardins de la Fontaine...

"On va parler du monde du théâtre romain : la farce, le mime, la pantomime avec des personnages stéréotypés...

 

D'abord le vieux, et c'est le multi servus (cet esclave est toujours sur la scène qui est là pour tout le monde, il ne quitte jamais la scène) qui l'aide à monter sur la scène.

Le masque du vieillard indique bien, outre le fait qu'il est vieux, qu'il est aussi une grande gueule, parce qu'il est toujours en train de rouspéter, ses cheveux et sa barbe blanche disent son âge. Il est pas sympa du tout, il y a des vieux sympas mais lui pas du tout...

Et à côté de lui, il y a une seneca, une vieille femme et elle, en plus, elle boit... elle a toujours un petit coup dans le nez. Elle a un rôle bien attitré : elle chapitre une jeune femme.

 

Autre personnage : Caius pupus, on voit qu'il est jeune, il est tout fringant, il a un masque bronzé parce qu'il passe son temps dehors, il est sympa, on voit que c'est un bon gars, et son problème est qu'il voudrait bien trouver chaussure à son pied... C'est un coeur à prendre, donc on s'attend à une histoire d'amour.

 

De l'autre côté, se trouve Nivea, près de la senica qui lui sert de chaperon... Nivea, c'est la nunuche de service, elle est nunuche de la tête aux pieds. Elle a le teint blanc, elle ne parle pas, elle regarde souvent par terre, elle a une robe blanche, bref, elle est nunuche.

Et cette nunuche, elle a dans la main aussi un coeur, un coeur à prendre...

 

Est-ce que cela va matcher entre les deux ?

 

Et voici qu'arrive l'appétissante lupa : quand elle se présente, on fait le cri de la louve... HOU HOU ! Et on sait à qui on a affaire, cela se voit sur elle : elle est ultra fardée, ultra bijoutée et elle porte une tenue jaune...

Elle va faire son boulot tant qu'elle peut et elle est toujours suivie de son horrible mac, son souteneur qui la surveille et qui ne veut pas qu'elle fasse n'importe quoi si cela ne lui rapporte pas à lui. Il s'appelle Lusticus.

 

Une autre femme en jaune va pointer son petit bout de nez et de stola : c'est la meretrix, elle a choisi d'ouvrir une boutique, carrément et cette boutique s'appelle Pronuptia, donc on devine quel est son métier. Elle veut marier des gens contre de l'argent.

 

Et voici qu'apparaît un personnage qui fait beaucoup de bruit : le Miles gloriosus, le fameux soldat fanfaron dont Plaute a fait le titre d'une pièce... il revient de la guerre, il a tout vu, tout entendu, tout fait... et lui aussi va jouer un rôle, et lui aussi a un coeur dans sa besace...

 

Et voici la sagana, elle est parfois pieds nus, elle a les cheveux hirsutes, tout en noir, un peu inquiétante, c'est la sorcière ou la magicienne, on emploie les deux mots et elle aura un rôle important dans la "fabula", la pièce de théâtre...

Si les personnages sont stéréotypés, les intrigues sont elles aussi schématisées : intrigues amoureuses empêchées par des parents, intervention d'une sorcière, métamorphoses...

Vous découvrirez ces intrigues à partir de la vidéo n° 5...

Dans la vidéo 11, une évocation d'un écrivain latin : Apulée auteur des Métamorphoses ou l'Ane d'or, une évocation de son oeuvre mais aussi de sa vie, avec une anecdote amusante concernant le mariage de cet auteur et la magie...

 

A propos de L'âne d'or :

https://rosemar.over-blog.com/article-les-memoires-d-un-ane-un-roman-antique-a-decouvrir-121244662.html

 

 

 

 

 

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15 mai 2026 5 15 /05 /mai /2026 11:40
La vraie (?) vie de Spartacus racontée par Plutarque...

Et voici la véritable histoire de Spartacus racontée par Moinstarque (cousin de Plutarque, celui-ci n’étant pas disponible). Le spectacle fait revivre les moments forts de cette légende. Esclave, évadé, révolté, glorieux puis défait, quel est le destin  de ce héros ? Est-il mort ? Ou a-t-il fini ses jours sur une plage ensoleillée de Sicile au sein d’une communauté ?

 

Encore un bon moment de rires et de détente, lors des Journées Romaines de Nîmes, avec ce spectacle de la Compagnie Effet Tchatche qui revisite l'histoire de la rébellion de Spartacus transformée en révolte syndicale...

Et voici le public métamorphosé en une troupe d'esclaves destinés à la gladiature... ou à servir de repas aux lions dans l'arène...

Des jeux de mots à foison, des chansons parodiques, des gags, des clowneries, des effets de décalage, des noms loufoques : Ablatif Absolu, Pasdemalus, les spectateurs ont ri aux éclats devant cette représentation délirante...

Un régal !

Trois acteurs qui jouent différents rôles...

Au début, Panionios, marchand d'esclaves et Ablatif Absolu discutent au sujet d'une troupe d'esclaves qui arrivent de Délos : des esclaves qui sont représentés par la foule du public...

Nous voici soudain devenus des esclaves voués à la gladiature, des esclaves Thraces, Parthes, etc.

Et Ablatif Absolu s'empresse de vanter sa marchandise : des esclaves triés sur le volet, zéro défaut... à vendre plus de 1000 drachmes, sauf un petit lot à donner : ce sont des croquettes pour les lions...

Lentulus arrive alors, mécontent des esclaves que lui a vendus Panionios le jour précédent... Jeux de mots, plaisanteries... Lentulus veut des Thraces : un spectateur soi-disant Thrace est interrogé, Panionios lui demande son nom... "Laurent", dit-il...

Un autre spectateur intervient : il dit s'appeler Spartacus... c'est en fait le même acteur qui jouait précédemment le rôle d'Ablatif Absolu... et Lentulus veut l'engager dans son école de gladiateur, son "ludus".

Mais bientôt Spartacus liste toute une série de revendications : La retraite en vie, et puis arrêtons de crier sur les CRS, avec ce panneau : CRS, caresse, et De l'houmous pour tous, des RTT, du repos tant attendu...

Et les pétitions deviennent des pavés à envoyer sur la tronche de Lentulus... "comme ça, Lentulus reçoit fortement le message !"

La distribution des pétitions, c'est hilarant ! Une pour Krasucki, une autre pour le Ché, une autre pour Karl, une autre pour Arlette, sans oublier Jean Luc...

Puis, c'est la manif en chanson... avec le panneau CGT, Syndicat des gladiateurs tatoués, ou traumatisés... "On va tout péter car on est syndiqués !" clame Spartacus...

La suite du spectacle met en scène, de manière parodique et loufoque, le combat entre les légions de Crassus, et les gladiateurs révoltés menés par Spartacus...

L'issue du combat réserve bien des surprises !

 

Les personnages qui sont empruntés à la vérité historique : 

Cnaeus Lentulus Batiatus est le propriétaire de l’école de gladiateurs de Capoue durant le Ier siècle av. J.-C.

Cette école était composée en majorité de Thraces (dont Spartacus) et de Gaulois (dont Crixus et Œnomaüs). Durant le consulat de Cassius et Lucullus (73 av. J.-C, les gladiateurs se révoltèrent et une partie d'entre eux parvint à s'enfuir, déclenchant la troisième guerre servile.

 

Marcus Licinius Crassus, né vers 115 av. J.-C. à Rome et mort en 53 av. J.-C., est un général et homme politique romain qui joua un rôle essentiel dans le passage de la République à l'Empire. Ayant amassé une immense fortune durant son existence, il est considéré comme l'homme le plus riche de l'histoire de Rome.

Crassus commence sa carrière d'homme d'État en tant que commandant militaire pendant la seconde guerre civile. Après la victoire de Sylla et son ascension en tant que dictateur, il amasse une énorme fortune grâce à la spéculation immobilière. Crassus s'impose sur la scène politique romaine après sa victoire contre les esclaves révoltés de Spartacus, partageant le consulat avec son rival Pompée.

 

Spartacus est un gladiateur d'origine thrace, qui, avec les esclaves gaulois Crixus, Gannicus, Castus et Œnomaüs, est à l'origine de la troisième guerre servile, le plus important soulèvement d'esclaves contre la République romaine, entre 73 et 71 av. J.-C.

Panionios dit Panionios de Chios, est le nom d'un marchand d'esclaves qui vécut entre la fin du VIe siècle av. J.-C. et le début du Ve siècle av. J.-C. ; mentionné par l'historien grec Hérodote au Ve siècle av. J.-C., c'est l'un des premiers marchands d'esclaves connus. Il n'a donc pas vécu à l'époque de Spartacus.

 

Liens historiques :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Spartacus

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cnaeus_Lentulus_Batiatus

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Crassus

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Panionios_de_Chios

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8 mai 2026 5 08 /05 /mai /2026 12:12
Une farce romaine : Medicus, médecin de gladiateurs...

Les Journées Romaines ont fait leur grand retour du 23 au 26 avril 2026, à Nîmes. Spectacles, reconstitutions et animations ont plongé la ville dans l’Antiquité Romaine. 

Cette année, c'est le personnage de Spartacus et l'art des gladiateurs qui étaient mis à l'honneur lors d'un grand spectacle dans l'Arène de Nîmes... 

 

Et devant le temple de Diane, c'était un spectacle loufoque qui était donné par la Compagnie ACTA...

Un bon moment de rires et de détente dans le cadre prestigieux des Jardins de la Fontaine...

Un médecin antique et un gladiateur se retrouvent liés le jour de la finale d'un combat prestigieux dans un amphithéâtre : le médecin profite de l'occasion pour expérimenter sa médecine nouvelle et le gladiateur se voit déjà en haut de l'affiche.

En ressort un tableau original, oscillant entre comique et absurde illustré par les prescriptions farfelues du médecin et les divagations d'un gladiateur prétentieux.

Comique de répétition, comique de mots, de situation, comique de caractère, toutes sortes de procédés comiques sont exploités dans cette farce romaine...

 

Un spectacle comique mais non dénué de vérités historiques...

Par exemple, le nom du médecin mis en scène dans ce spectacle évoque le nom d'un médecin célèbre de l' antiquité : Scribonius Largus était un médecin à la cour de l’empereur romain Claude (41-54). Il est connu pour son recueil de remèdes, utilisés jusqu'au XVIIe siècle, et dont la préface pose les bases d'une éthique de la prescription médicale, inspirée du Serment d'Hippocrate.

A ce sujet, un article de Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Scribonius_Largus

 

Autre fait véridique : les gladiateurs avaient accès à des médecins, ils étaient soignés. Galien, le plus grand médecin de l'antiquité commença sa carrière dans une école de gladiateurs.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Galien

 

Dès le début du spectacle, le médecin Largus  présente une de ses inventions :

"Comme vous pouvez le constater, j'utilise le meilleur de la technologie moderne et efficace, notamment avec mon invention qui ne manque pas d'audace : le trépanax !

Plusieurs tests concluants ont été effectués La phase 1, sur enfant, fut un très grand succès", dit-il en montrant un squelette étalé sur la scène...

"La phase 2 sur des  animaux n'a eu aucun procès", dit-il encore en montrant un renard ou un chien empaillé....

"Et aujourd'hui, nous passons en phase 3 : dans cet amphithéâtre où les combats font loi, il est temps de l'étudier sur un homme..."

 

C'est alors qu'arrive le gladiateur préféré de Largus...

Les deux personnages se congratulent et tombent dans les bras l'un de l'autre...

Le gladiateur raconte son entrée triomphale sous les applaudissements de 20 000 spectateurs. Et la foule en délire l'applaudit...

Le gladiateur redoute alors que Largus utilise sur lui le trépanax, déjà testé sur le chien Pollux qui s'est retrouvé empaillé.

Le gladiateur se vante de ses victoires dans l'amphithéâtre : 

"Vous allez voir défiler ici tous mes adversaires... la double peine pour eux d'avoir perdu devant 20 000 spectateurs et de se retrouver sur la table de Largus..."

Le gladiateur retourne au combat et le médecin Largus se présente précisément :

"Je suis le medicus Largus Scribonius, masseur, apothicaire et médecin, par Apollon, Asclépios, par Hygie et Panacée, je fais le serment de tout faire pour soigner..."

 

Le médecin fait alors la démonstration de tous les instruments dont il dispose pour prodiguer ses soins : un lacet pour attacher le gladiateur et l'empêcher de bouger, un couteau, un scalpel, un marteau, et même une faux !

Autant d'outils qui font plus songer à des instruments de torture qu'à des soins médicaux...

Le médecin explique alors que les blessures des gladiateurs ne sont pas si fréquentes, car la plupart du temps ils combattent avec des armes plombées, ils sont très protégés...

 

Le gladiateur revient ensuite victorieux de son combat, et raconte ses exploits... puis retourne dans l'arène.

Le médecin présente ses potions aux noms burlesques : "crocodili testiculum, intestinum putridus, urinum vacca", etc.

C'est alors que revient le gladiateur, en boîtant : il a cette fois-ci été blessé au pied...

"Pas le trépanax !" supplie le gladiateur...

Après maintes manipulations, le médecin lui retire finalement un caillou dans la chaussure !

Et le gladiateur retourne au combat... puis revient en se tenant la tête et en criant de douleur... il a oublié d'attacher son casque... après une manipulation, le gladiateur se remet, mais refuse les potions du médecin pour guérir sa blessure...

Et nouveau retour du gladiateur dans l'arène...

Le médecin fait l'éloge de ses remèdes : "Tout le monde sait que dans cette maison, il n'y a que moi qui puisse obtenir guérison. Ma réputation traversera les générations ! Mes prescriptions dans 2000 ans retrouvées me rendront une gloire jusqu'ici bafouée !

Il est vrai que j'ai commis quelques erreurs, mais qui peut se vanter d'une vie sans malheur ?

Il faut dire qu'aujourd'hui, c'est spécial, car notre gladiateur est un peu stressé : il combat sur la piste avec armes tranchantes, ce type de combat, il n'y en a que trois par an... Heureusement pour moi, car je manque d'équipements.

Ah si seulement, j'avais un ou une assistante ! cela me serait utile ! Mais il y en a là des assistants !" dit-il en scrutant le public.

"Il y en a qui sont intéressés pour apprendre la médecine ?"

Des "Oui ! Oui"  fusent dans le public...

Le médecin choisit une assistante parmi les spectateurs, lui offre un tablier pour l'hygiène, la coiffe d'une charlotte... et lui demande son nom : "Elise", dit-elle.

"N'hésitez pas à prendre des photos ! sur Facebook et tout ça !" commente le médecin.

Applaudissements de la foule...

Le médecin fait alors ses recommandations : "Ne touche pas à cette machine là, le trépanax, c'est dangereux, cela nécessite un petit réglage... si tu veux, on va essayer..."

Et l'assistante d'acquiescer ! "Si c'est pour la science !" dit-elle. 

Rires de la foule...

Et voici le gladiateur de retour : il vient demander le secours du médecin car un drame s'est produit : un gladiateur est très mal...

Le médecin emporte sa trousse de secours et emmène son assistante... et tous deux disparaissent derrière un rideau blanc.

Derrière le rideau, on entend ces mots : "Mais qui est-ce qui m'a foutu une assistante pareille !"

Pendant ce temps, le gladiateur manipule le trépanax et le casse...

Retour du médecin qui houspille son assistante en lui disant "Arrête de pleurer !"

Et soudain, ils ressortent de derrière le rideau et le public découvre dans l'hilarité générale, le tablier maculé de sang de l'assistante.... alors que le médecin déclare, en contraste : 

"ça s'est extrêmement bien passé Messieurs Dames !"

"Bon, mais je sais pas si tu es faite pour la médecine, quand même... je t'ai senti un petit peu sur la corde, quand même..." déplore le médecin.

Elise rejoint alors le public sous les applaudissements de la foule...

 

Je vous laisse découvrir la suite et fin du spectacle dans la vidéo n° 7, avec un renversement amusant des rôles...

Bravo à tous ceux qui ont participé à ce spectacle : les deux acteurs, mais aussi le public qui a réagi spontanément, l'assistante Elise qui a su animer le spectacle de son sens de la répartie...

 

https://www.babelio.com/livres/Teyssier-Gladiateurs/1770816

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5 septembre 2025 5 05 /09 /septembre /2025 12:00
ELLE, un magnifique concert théâtral...

Guilhem Fabre est pianiste : en 2019, il crée uNopia, un camion-scène doté d'un grand piano de concert dans lequel il organise des spectacles autour de la musique classique pour tous les publics.

François Michonneau, lui, est comédien et auteur : c'est lui qui a écrit le spectacle ELLE dans le cadre du projet uNopia, initié par Guilhem Fabre.

 

Ce spectacle empli de poésie et d'humour, intitulé ELLE, a été présenté dans le cadre des Jeudis de Nîmes...

ELLE, c'est la musique classique...

Trente minutes avant de monter sur scène, un pianiste voit sa vie défiler et s'interroge : "Que peut la musique ?"

Ce spectacle évoque à la fois  la passion et les affres d'un musicien avant d'entrer en scène...

 

Et c'est François Michonneau qui ouvre le spectacle et qui commente les pensées et les gestes du musicien :

"Ne penser à rien... C'est le secret... Il s'assoit sur la chaise en bois, il se sert un café...

Le secret est de ne penser à rien... Il se délie les doigts, il frotte ses doigts, il boit une gorgée de café... Surtout ne pas penser !

Il se regarde au miroir, il voit ses cernes, il vérifie sa braguette... il se rassoit, il est prêt... Il saisit un petit carnet bleu... Surtout ne pas penser !

Il sent un léger picotement sur ses jambes... Ses mains se sont mises à jouer et tout d'un coup, plus rien n'existe sauf ELLE ! La mesure 56 de la première ballade de Frédéric Chopin !

Il est resté à travailler tard... Mardi, il débouche une bouteille de vin, il s'est approché de l'instrument et il a joué !"

Vient alors un long moment musical où on se laisse charmer, envoûter par cette ballade mélancolique, rêveuse de Chopin : une musique qui s'amplifie, tourbillonne, une merveille !

Et François Michonneau reprend ses commentaires :

"ELLE est venue ! Le vin l'y a aidé... il espère que ce soir elle reviendra. Il attrape le petit carnet bleu et commence à lire un poème sur la mer de Marcel Proust.

Il pense alors à leur première rencontre : Quand ? Mais faut-il être précis en amour ? La première fois, elle l'avait saisi si fort qu'il s'était arrêté net de jouer... Depuis toujours il l'avait désirée : il était adolescent, et il ne pouvait pas tout dire, l'âge de la révolte, des boutons, des passions... il a commencé à la vivre en secret.

Il retrouvait ses partitions, il prenait une grande inspiration et enfin, il jouait pour ELLE en espérant qu'ELLE vienne...

Il en est tombé désespérément amoureux et il a voulu tout lui sacrifier... Il faut du temps, des heures, des heures à rater, à reprendre, à répéter, répéter, répéter toujours... des heures à se dire : "je n'y arriverai jamais."

Puis, en une seconde, abandonner, puis recommencer, répéter, répéter encore... des années pour la technique, des années de travail, des années pour un jour, une heure, un moment...

Une vie pour ELLE !"

 

"Encore cinq minutes, avant de... l'horrible TIC TAC de l'horloge... Tout s'accélère, son souffle, son coeur... et soudain, une irrésistible envie de partir qui, chaque fois, revient...

Il pourrait s'enfuir, dévaler les marches quatre à quatre, il pourrait sortir en courant, il pourrait prendre sa voiture... sauf que... il n'a pas de voiture...

Il pourrait grimper dans une fusée, mais les voyages interstellaires, ce n'est pas pour les artistes intermittents du spectacle, c'est trop cher !

Rêver d'un aller simple pour les étoiles : la fusée monte dans le ciel, il se décharge, il lâche du lest... Ah disparaître !"

(Le comédien mime alors l'artiste dans l'espace, juché sur une chaise, la tête enivrée par la vision des étoiles.)

 

"L'oublier ? ELLE ? Impossible ! La fusée a décollé sans lui, en fait...

Soudain, on frappe à la porte : "Monsieur Fabre, il faut y aller !"

Il tremble... Il est venu pour une déclaration d'amour... et plus on a peur avant, plus c'est bon !"

Et cette déclaration d'amour, il la livre à tous ceux qui méconnaissent la musique classique :

"Il faut dire qu'elle n'est inaccessible que de réputation, elle est à tout le monde ! Elle est universelle ! Elle ne résout pas les conflits armés, elle n'empêche pas les guerres, elle n'est pas politique, elle n'est pas partisane, mais elle console les chagrins, elle traverse les frontières !"

 

 

Magnifique éloge de la musique !

La suite du spectacle réserve encore bien des surprises : rires, poésie, émotions...

 

 Les œuvres de Chopin, Mozart, Haendel, Sibelius, Bach, Ravel, Prokofiev, Rachmaninov, jouées au piano par Guilhem Fabre, ponctuent cette évocation de la musique...

 


 


Le poème de Marcel Proust sur la mer (extrait de Les Plaisirs et les Jours)

"La mer fascinera toujours ceux chez qui le dégoût de la vie et l'attrait du mystère ont devancé les premiers chagrins, comme un pressentiment de l'insuffisance de la réalité à les satisfaire. Ceux-là qui ont besoin de repos avant d'avoir éprouvé encore aucune fatigue, la mer les consolera, les exaltera vaguement. Elle ne porte pas comme la terre les traces des travaux des hommes et de la vie humaine. Rien n'y demeure, rien n'y passe qu'en fuyant, et des barques qui la traversent, combien le sillage est vite évanoui ! De là cette grande pureté de la mer que n'ont pas les choses terrestres. Et cette eau vierge est bien plus délicate que la terre endurcie qu'il faut une pioche pour entamer. Le pas d'un enfant sur l'eau y creuse un sillon profond avec un bruit clair, et les nuances unies de l'eau en sont un moment brisées; puis tout vestige s'efface, et la mer est redevenue calme comme aux premiers jours du monde. Celui qui est las des chemins de la terre ou qui devine, avant de les avoir tentés, combien ils sont âpres et vulgaires, sera séduit par les pâles routes de la mer, plus dangereuses et plus douces, incertaines et désertes. Tout y est plus mystérieux, jusqu'à ces grandes ombres qui flottent parfois paisiblement sur les champs nus de la mer, sans maisons et sans ombrages, et qu'y étendent les nuages, ces hameaux célestes, ces vagues ramures.

La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir, une promesse que tout ne va pas s'anéantir, comme la veilleuse des petits enfants qui se sentent moins seuls quand elle brille. Elle n'est pas séparée du ciel comme la terre, est toujours en harmonie avec ses couleurs, s'émeut de ses nuances les plus délicates. Elle rayonne sous le soleil et chaque soir semble mourir avec lui. Et quand il a disparu, elle continue à le regretter, à conserver un peu de son lumineux souvenir, en face de la terre uniformément sombre. C'est le moment de ses reflets mélancoliques et si doux qu'on sent son coeur se fondre en les regardant. Quand la nuit est presque venue et que le ciel est sombre sur la terre noircie, elle luit encore faiblement, on ne sait par quel mystère, par quelle brillante relique du jour enfouie sous les flots. Elle rafraîchit notre imagination parce qu'elle ne fait pas penser à la vie des hommes, mais elle réjouit notre âme, parce qu'elle est, comme elle, aspiration infinie et impuissante, élan sans cesse brisé de chutes, plainte éternelle et douce. Elle nous enchante ainsi comme la musique, qui ne porte pas comme le langage la trace des choses, qui ne nous dit rien des hommes, mais qui imite les mouvements de notre âme. Notre coeur en s'élançant avec leurs vagues, en retombant avec elles, oublie ainsi ses propres défaillances, et se console dans une harmonie intime entre sa tristesse et celle de la mer, qui confond sa destinée et celle des choses."
 

 

 

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5 juin 2024 3 05 /06 /juin /2024 09:11
Etre attentif à la beauté...

 

La beauté est présente partout : dans la nature, dans un air de musique, dans un tableau, un spectacle de théâtre, etc.

Mais souvent, dans notre monde moderne, nous ne savons plus être attentifs à la beauté : bousculés et emportés dans un monde d'images qui défilent, nous ne savons plus contempler ce qui est beau, toutes les splendeurs du monde...

Un coucher de soleil, une fleur, un paysage, un oiseau, la forme des nuages, les arbres, le murmure des oiseaux, celui de l'eau qui ruisselle, une lecture, une belle musique...

Or, la beauté est essentielle : elle nous apaise, nous console, nous apporte un réconfort unique et si précieux...

La beauté nous aide à vivre...

Emportés par un flot d'informations souvent malheureuses, nous oublions de regarder ce qui nous entoure, nous oublions souvent de cultiver la beauté.

 

Comme l'écrit si bien Laurence Devillairs dans son ouvrage La Splendeur du Monde :"On nous propose toutes sortes d'exercices spirituels et de sagesse, censés nous faire méditer, changer, nous améliorer. Mais on néglige les exercices esthétiques, l'éducation à la beauté, tout ce qui permettrait d'ouvrir et d'aiguiser notre sensibilité. Parce que voir s'apprend, et que voir est une expérience incomparable où se mêlent tous les sens, le corps et l'intelligence aussi.

 

C'est cette conviction que je voudrais partager, parce que je l'ai éprouvée : au quotidien, l'attention au beau qui m'entoure m'a transformée. C'est la plus certaine des consolations, le plus immédiat des bonheurs.

La splendeur du monde est là, à portée de regard, et je l'avoue sans hésiter, c'est pour moi l'une des dernières raisons d'espérer..."

 

Trop souvent, la beauté nous échappe, nous ne savons plus la voir : le regard émoussé par une multitude d'images, la beauté évidente du monde ne nous touche plus.

Il nous faut réapprendre à voir, à écouter, à sentir et ressentir... Il nous faut prendre le temps de contempler, de goûter, de savourer le monde et ses splendeurs..

 

Et Laurence Devillairs ajoute : "Il n'y aura pas de défense de la nature, sans rapport esthétique à la nature. D'abord il faut se dire : c'est beau et quand on dit : c'est beau, il y a quelque chose d'éthique, de moral, d'existentiel et d'écologique qui se passe. Donc l'écologie, elle devra être esthétique ou elle ne sera pas..."

 

 

 

A lire : La Splendeur du Monde de Laurence Devillairs

 

https://www.babelio.com/livres/Devillairs-La-splendeur-du-monde-Aller-a-la-rencontre-de-la-/1651705

 

 

 

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24 mai 2024 5 24 /05 /mai /2024 11:42
Un spectacle burlesque dans un cadre champêtre : les Jardins de la Fontaine...

 

Un spectacle burlesque en déambulation dans un cadre champêtre et prestigieux : les Jardins de la Fontaine à Nîmes, l'occasion de découvrir aussi ce lieu chargé d'Histoire, le canal, la source, le temple de Diane... un spectacle savoureux qui mêlait humour et culture... 

Ce spectacle a été présenté lors des Journées Romaines de Nîmes... par la Compagnie Art Scène Lutin.

Dans l'allée principale des Jardins, cette farce intitulée TRAHISON s'ouvrait sur un contrôle d'identité à la romaine : la Police Prétorienne interpelle une femme qui, apeurée, décline péniblement son identité : "Je m'appelle Polyvalencia, je suis guide touristique..." un contrôle suivi d'un "alcooletum testum".

Une scène amusante où l'un des policiers se révèle lui-même positif à ce test d'alcoolémie, un procédé comique : un renversement de situation... qui provoque les rires des acteurs et du public...

 

Arrive alors un autre personnage, un Romain qui se présente : "Mythomarcius Balivernus, narrateur et grand historien de Rome..." On sourit, bien sûr, de ce nom parodique à souhait...

Balivernus présente aussi sa complice : "Polyvalencia, issue des tribus ibériques de barbares, comme on dit...", appellation aussitôt contestée par l'intéressée.

"Je suis venu pour vous dire que rien ne va plus dans notre Rome tant aimée. Des Romains haut placés complotent dans l'ombre et rien ne va plus", poursuit Balivernus.

"Tout a commencé en l'an 8 après JC", précise Polyvalencia. "Et on va vous narrer toute la petite histoire qui a fait que c'est devenu la grande et qui a fait que c'est devenu le déclin de l'Empire."

Et Balivernus ajoute :"Alors, il y a des espions partout, nous sommes sur le qui vive, alors moi, Balivernus, je vais vous donner un secret pour ne jamais être contrôlé par la garde prétorienne. Dès que vous avez le soupçon sur qui que ce soit, il vous suffit de faire ce que l'on appelle : "l'extase."

Comique de gestes à l'appui : pied droit en avant, bras ouverts, buste penché en arrière, tout cela souligné par un "ooooh !" prolongé...

La foule participe au spectacle et se prête aussi au jeu de l'extase...

 

Le spectacle se poursuit dans un autre lieu des Jardins : près du canal que nous présente Balivernus :

"Vous êtes ici devant ce que l'on appelle non pas des bains, non pas un bassin, mais une chose extrêmement importante : le canal qui va amener les eaux jusqu'à la ville de Nemausus. Pourquoi il est intéressant de s'arrêter ici ? Le canal alimente des fontaines, des abreuvoirs, etc. Mais je dois vous révéler une chose : nous avons réglé un petit problème qui prenait beaucoup d'ampleur... figurez-vous que le canal, on l'a submergé, car on pouvait marcher entre les arcades et s'y promener. Et voyant cela, nous avons mis des poissons, et pour éviter que les gens ne s'y promènent, ce sont des piranhas... le moindre petit doigt, le moindre pied qui s'aventureraient dans le canal seraient immédiatement dévorés... alors, vous allez me dire : "Pourquoi vous avez fait ça ?" Eh bien, c'est assez simple : la jeunesse de Nemausus, pleine de vigueur, pleine d'amour, venait le soir, à la nuit tombée, se promener en dessous, ils amenaient de la nourriture, ils amenaient du vin, ils s'enivraient, on pouvait dire que c'étaient les premières boîtes de nuit, et ça faisait du bruit !

Et donc, ce canal est situé en contrebas de la colline d'en face et, quand les jeunes se donnaient rendez-vous, ils disaient : "On se retrouve ce soir au canal, on se retrouve ce soir au BAS CANAL" aux Bacchanales, vous savez ce que c'est que les Bacchanales ? C'est un lieu de perdition, où on boit, où on mange... les enfants, bouchez-vous les oreilles ! Et il y a également des hommes nus."

"Où ça ?" demande, intéressée, Polyvalencia.

"Et aussi des femmes nues et ça batifole, et ça batifole, d'où l'expression, grâce au canal des Jardins de la Fontaine de Nemausus : "Allons faire une bas canale, bacchanale"...

Voilà une étymologie originale, étonnante qui provoque le rire des spectateurs...

 

Nouvelle scène, cette fois devant le temple de Diane...

"La plupart d'entre vous pensent qu'ici c'est le temple de Diane, c'est normal,  c'est écrit sur les prospectus, partout... mais que nenni, pas du tout ! car c'est un Augusteum, un hommage à Auguste, nous, on va dire que c'est un Augusteum..." explique alors Polyvalencia.

"Tu as tout à fait raison, Polyvalencia... nous allons descendre... en bande organisée." poursuit Balivernus.

Rires de la foule devant cette expression empruntée au droit, en complet décalage avec le contexte...

"Alors, comme vous le disait Polyvalencia, ce ne peut pas être le temple de Diane, je vous rappelle que maintenant nous sommes en l'an 9 après JC, et là ce ne peut être qu'un Augusteum, car je connais personnellement l'empereur Auguste, premier empereur de Rome ! Et quand il est venu ici en villégiature, de passage, il m'a dit : "Balivernus, sois la mémoire de mon passage à Nemausus et fais donner en mon honneur une cérémonie de façon à ce qu'ils s'en souviennent toujours. Nous sommes arrivés à la date fatidique, ça se produit tous les 200 ans, c'est pour vous dire que vous avez beaucoup de chance !"

S'ensuit une cérémonie avec fumées, danses des Vestales transformées pour la circonstance en pom-pom girls, battement de tambour...

Balivernus mène la cérémonie : "Oh grand Augustus, tus, tus ! Là, je fais l'écho, parce que je vous explique : avant, il y avait des murs, et malheureusement, après un terrible incendie, tout s'est écroulé, mais avant, ça résonnait fort, très fort ! Donc vous allez faire aussi l'écho avec moi."

Et le public participe à la création de l'écho : 

"Oh grand Augustus !" TUS, TUS, crie la foule. Premier empereur des Romains, MAIN, MAIN ! Prends nos enfants par la main, MAIN, MAIN ! Pour les emmener vers demain, MAIN, MAIN !

Et la scène s'achève avec une version parodique et décalée de la chanson d'Yves Duteil : Prendre un enfant par la main, entonnée par la foule et avec une séance d'extase...

Plus loin, Balivernus remonte le temps et fait un cours d'histoire sur Jules César qui n'a jamais été empereur, il a été gouverneur de Rome, grand commandant en chef  de toutes les armées, avec des pouvoirs économiques, politiques. Et Balivernus évoque, de manière pittoresque, le complot fomenté par Brutus pour assassiner César.

Dernière volonté de César : "Je veux que celui qui me remplace s'appelle Octave..." Octave qui deviendra Auguste, premier empereur de Rome.

 

Nouveau tableau devant la source de Nemausus, dieu celte qui a donné son nom à la ville : "Les celtes ont ont été les premiers à venir s'installer ici", explique Polyvalencia...

"Ils sont venus pas par hasard mais parce qu'il y a des résurgences d'eau de pluie qui s'infiltrent dans le sol et qui font qu'ils avaient de l'eau..."

Et Balivernus en vient à raconter sa rencontre avec les nymphes de la source, un soir de pleine lune :

"Derrière moi, sur le côté, j'entends : "Balivernus ! Balivernus !" Je me retourne, un peu interloqué, qui m'appelle ? Et j'entends une autre voix : "Balivernus ! Comme tu es beau !" Et une troisième voix : "Balivernus ! Balivernus ! On t'aime !"

Je me retourne et je regarde et qu'est-ce que je vois ? A la surface de l'eau, trois nymphes... et je dis : "Mais que faites vous là ?" 

"Mais c'est parce qu'on voulait te voir et l'une d'entre nous voulait te faire un cadeau..."

"Ces nymphes s'appellent Oxygénia, Métania, Azotia...

Mais elles souffrent d'un problème, nous dit Balivernus : elles font de l'aérophagie, et ces trois nymphes pètent dans l'eau, et si vous voyez des bulles revenir à la surface, c'est qu'elles sont là.

Et Oxygénia est la fille de Chronos et là elle me dit : "Tiens Balivernus, ceci est un de mes présents. C'est mon père qui l'a fabriqué... cette chose que j'ai dans la main me permet d'arrêter le temps, quand je le veux, je peux le bloquer, le débloquer, le rebloquer, le débloquer, le faire repartir en arrière, en avant. Je vous en ferai la démonstration dans quelques secondes..."

 

La scène finale se déroule devant le grand mur des Jardins : le couple Germanicus, Agrippine s'apprête à recevoir des invités : un autre couple, Arminius, (conseiller du gouverneur Varus, ambassadeur de Rome après des tribus barbares germaniques) et sa femme Thusnelda.

 

Agrippine et Germanicus sont vraiment d'origine romaine, alors que Thusnelda et Arminius sont, eux, des barbares, des Germains qui ont été élevés tout petits par Rome et ils vont commencer à vouloir trahir Rome.

Les deux couples se querellent et décident de régler leur différent dans une partie de "chifoumium" ! La partie est remportée par Agrippine et Germanicus, ce qui provoque la colère d'Arminius et de Thusnelda qui s'en vont dépités. Ils vont remonter sur le front de l'est pour fomenter un complot...

 

Bien que le spectacle soit éminemment comique (avec nombre de procédés : comique de gestes, de situation, de mots, de caractère, de répétition, grossissements burlesques),  il est émaillé de faits réels qui ont constitué l'histoire de Rome : le sanctuaire dédié au dieu celte Nemausus, près de la source, intégré ensuite par les Romains dans l'Augusteum, lieu de culte dédié à l'empereur Auguste, premier empereur de Rome.

Le temple de Diane s'inscrit dans ce sanctuaire mais sa fonction première est discutée. Son plan basilical exclut le fait qu'il s'agisse d'un temple romain et le terme "de Diane" ne s'appuie sur aucune donnée archéologique ou historique connue à ce jour. On date bien l'édifice de l'époque d'Auguste.

Autre fait historique réel : l'assassinat de César par Brutus.

La trahison d'Arminius, chef d'origine chérusque a valu à Rome une de ses plus cuisantes défaites lors de la bataille de Teutobourg, en l'an 9 après J.C.

Enfin, les noms pittoresques de tribus germaniques cités dans la dernière scène sont bien réels : les Chauques, les Chérusques, les Chattes, les Angrivariens, les Usipètes, les Bructères.

 

Merci à tous les acteurs de la troupe pour ce bon moment passé en leur Compagnie dans ce lieu mythique : Les Jardins de la Fontaine à Nîmes...

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Teutobourg

 


 

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16 juin 2023 5 16 /06 /juin /2023 11:20
Une farce romaine : l'histoire extraordinaire de Cléopâtre...

 

Un spectacle hilarant, rempli de références à l'antiquité romaine, un spectacle érudit et loufoque en même temps, un spectacle parodique qui fait appel à toutes les ressources du comique : comique de gestes, de mots, de situation, de caractère, de répétition...

Un spectacle en plein air à la façon antique...

Un spectacle vivant qui fait intervenir les spectateurs invités à participer à toutes les péripéties de cette farce romaine.... un spectacle musical avec danses, accompagnement d'instruments de musique antiques...

Un spectacle complet auquel ont pu assister, pendant les Journées Romaines, les habitants de Nîmes, anciennement Nemausus.

 

Et comme les acteurs ne sont que trois, les spectateurs sont immédiatement conviés à jouer le rôle du choeur...

"Je vous propose d'être le choeur de cette comédie antique. A tous moments, on viendra vous solliciter, on vous donnera une phrase et vous devrez la répéter ensemble. On va s'entraîner un peu : Nous sommes le choeur !" déclame en préambule un des acteurs de la pièce.

"Nous sommes le choeur !" répètent les spectateurs.

"Pas mal ! vous avez déjà fait choeur dans votre vie, non ?" commente le comédien...

Puis il appelle l'auteur de la pièce qui dit-il "nous fait la grande joie, le grand honneur d'être là parmi nous cet après midi. On va l'appeler par son nom, il s'appelle Cubitus Radius !"

Et la foule de répéter Cubitus Radius !

"Mais comme il a un ego surdimensionné, comme il est un peu sourd, surenchérit le comédien, il faut y aller vraiment, vraiment, vraiment..."

Et la foule de se prêter au jeu de la répétition...

 

Et voici qu'apparaît Cubitus Radius !

"Nous nous trouvons à Rome, au moins pour le premier acte de cette comédie." et le choeur est invité à acclamer les musiciens qui entrent pour commencer la pièce de théâtre...

"Némausiens, Némausiennes, nous sommes en - 36, avant qui on ne sait pas ! Vous allez découvrir l'histoire extraordinaire des trois personnages les plus importants de tous les temps ! J'ai nommé : Octave... j'ai nommé également Marc Antoine, et enfin, la grande, la belle, la fabuleuse  Cléopâtre !

Vous verrez de la rébellion, de la haine, de l'amour, de l'audace et du sang Rhésus A +."

 

La pièce met en scène la rivalité entre Octave et Marc Antoine, les deux consuls désireux de devenir les maîtres de Rome... tout en prenant quelques libertés avec l'histoire...

 

Sont évoquées les moeurs et les institutions romaines : l'appel aux dieux, les sacrifices, les Vestales, avec des allusions à l'actualité de notre époque.

 

Les comédiens mêlent fiction et réalité dans un aller-retour continuel entre les faits historiques et la farce humoristique afin de nous plonger dans un univers antique aussi divertissant qu’instructif.

 

Bravo aux comédiens de la Compagnie Effet Tchatche et aux spectatrices et spectateurs qui ont joué les rôles de la Vestale, de la mer, des mouettes, de la tortue, de Cléopâtre...

 

 

La vraie histoire de Cléopâtre :

 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/cleopatre-marc-antoine-vs-octave-passer-a-l-actium-2755632

 

 

 

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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 12:41
Manon Lescaut : l'incipit...

 

Le mot "incipit" vient d'un verbe latin à la troisième personne et se traduit par "il commence".

L'incipit désigne donc la ou les premières pages d'un roman... Traditionnellement, l'incipit a deux fonctions essentielles :

- une fonction informative : il s'agit d'informer le lecteur sur les temps, lieux, personnages.

- une fonction attractive : il convient d'inciter le lecteur à poursuivre la lecture, et de susciter sa curiosité...

On retrouve ces deux fonctions dans l'incipit du roman de Prévost : Manon Lescaut...

 

I) Fonction informative dans un récit réaliste :

1) Le narrateur parle à la première personne "je", dès la première phrase : on sait qu'il s'agit du Marquis de Renoncour ( Le roman Manon Lescaut était à l'origine inséré dans un ensemble plus vaste : Les Mémoires d'un homme de qualité.)

Le Marquis évoque sa première rencontre avec les héros de l'histoire : Manon et Des Grieux. Le récit se présente donc comme un véritable témoignage : une façon d'authentifier le récit par l'emploi de la première personne. C'est un témoin fiable, crédible qui s'exprime, un homme de qualité.

2) Des renseignements nous sont donnés sur le cadre : un cadre ordinaire, familier, il s'agit d'une scène de rue où l'on voit la populace, "tous les habitants" se précipiter pour assister à l'arrivée d'un convoi. On perçoit quelques détails réalistes : "mauvaise hôtellerie... deux chariots couverts... des maisons... des chevaux fumants".

3) Le lieu est situé précisément : Pacy sur Eure, une ville réelle située en Normandie.

On relève aussi plusieurs noms propres : "Le Havre de Grâce... Paris (Des Grieux a suivi Manon depuis Paris)... l'Amérique : c'est la destination du convoi.

4) Des allusions à l'actualité de l'époque : la Régence... Une nouvelle colonie avait été récemment conquise par Louis XIV : la Louisiane. Pour la peupler, on avait recours à des déportations forcées de filles de joie, de détenues. Pour encadrer ces convois, on venait de créer un corps spécial de militaires : des "archers" avec un uniforme particulier "une bandoulière et un mousquet."

Ces archers avaient mauvaise réputation : ils étaient cupides, brutaux. Un des archers s'exprime dans un discours direct, ce qui authentifie la scène.

5) Quelques détails réalistes émaillent le récit.

"filles enchaînées... la saleté du linge de Manon... l'hôpital" : il s'agit de l'hôpital de la Salpêtrière qui était à l'époque une prison où l'on enfermait les fous, les mendiants, les filles de joie.

 

II La fonction attractive

1) Prévost attire notre regard par une scène spectaculaire, très visuelle : la populace se précipite pour observer un convoi, une scène intense quasi cinématographique.

Le verbe "voir" est utilisé dès le début de l'extrait. Plus loin, on trouve le mot "spectacle".

Les verbes de mouvement traduisent l'élan de la foule attirée par ce spectacle : "se précipitaient... courir... la populace qui s'avançait... se poussant."

2) La curiosité des gens et du narrateur lui-même (le marquis de Renoncour) renvoie aussi à la curiosité du lecteur comme une mise en abîme : le lecteur s'identifie au narrateur et voit la scène en même temps que lui.

3) Les personnages suscitent aussi notre curiosité : 

Manon a un "air et une figure peu conformes à sa condition", elle ressemble à "une personne de premier rang". Manon se distingue des autres, elle apparaît unique.

Pourtant, Manon n'est pas vraiment décrite, elle reste une énigme, sa beauté est suggérée mais n'est pas détaillée. Elle est souvent associée aux verbes "paraître, sembler".

On connaît seulement l'impression, les sentiments qu'elle produit sur les autres : "je vis quelque chose d'assez touchant... du respect et de la pitié... " On a une connaissance lyrique du personnage qui attire immédiatement la sympathie.

Des Grieux, lui, est présenté par un des archers : c'est l'image même de la passion, de la fidélité, une figure tragique associée à des pleurs. On relève des expressions hyperboliques : "enseveli dans une rêverie profonde... je n'ai jamais vu de plus vive image de la douleur."

Le personnage est décrit aussi en termes élogieux soulignés par des adverbes d'intensité : "un air si fin et si noble". Lui aussi apparaît attirant, énigmatique : il n'est pas décrit précisément.

Les deux héros apparaissent distingués et s'opposent au milieu populaire évoqué au début.

 

III La composition du roman et sa technique

1) En fait, dès le début du roman, le lecteur apprend ce que sera le sort de Manon : elle sera déportée en Amérique : avant de connaître en détail l'histoire d'amour des deux héros, leur rencontre, leurs aventures, on sait en partie ce qui va leur arriver.

Quel est l'effet produit ? Une sorte de fatalité pèse sur les personnages comme dans les tragédies antiques où tout est raconté dans le prologue : on entre tout de suite dans le drame.

2) Le roman au XVIII ème siècle est encore influencé par l'esthétique théâtrale : on trouve dans le roman de nombreux aspects qui font songer à la tragédie classique.

Nous avons là une véritable scène de théâtre tragique : Manon est au centre de la scène, la lumière est concentrée sur elle, tout le monde la regarde : la foule, une vieille femme, l'homme de qualité...

Les autres personnages jouent le rôle de figurants. La vieille femme commente l'action comme le choeur dans les tragédies antiques. On peut noter l'expressivité de ses gestes : "joignant les mains et criant que c'était une chose barbare..."

3) On retrouve dans cet incipit les ressorts essentiels de la tragédie classique : "horreur et compassion", la terreur et la pitié, selon la définition d'Aristote. Les exclamations de la vieille femme soulignent le tragique. 

Comme au théâtre, il y a là tout un art de la préparation et de l'attente. Et bien sûr le style direct utilisé à plusieurs reprises dans cet incipit fait songer aussi à l'art théâtral.

 

 

Cet incipit parvient à intéresser le lecteur avide de connaître le destin de ces deux êtres d'exception dans un convoi de déportés. Manon et Des Grieux sont des héros romanesques fascinants.

Manon incarne la fatalité de la passion : c'est une figure de rêve, une beauté idéale qui rayonne et envoûte...

Le style reste classique : plein de pudeur, de retenue : aucune vulgarité dans l'évocation du convoi.

 

 

 

Le texte :

 "Ayant repris mon chemin par Évreux, où je couchai la première nuit, j’arrivai le lendemain pour dîner à
Pacy, qui en est éloigné de cinq ou six lieues. 
Je fus surpris en entrant dans ce bourg, d'y voir tous les habitants en alarme. Ils se précipitaient de leurs maisons pour courir en foule à la porte d'une mauvaise hôtellerie, devant laquelle étaient deux chariots couverts. Les chevaux, qui étaient encore attelés et qui paraissaient fumants de fatigue et de chaleur, marquaient que ces deux voitures ne faisaient qu'arriver. Je m'arrêtai un moment pour m'informer d'où venait le tumulte ; mais je tirai peu d'éclaircissement d'une populace curieuse, qui ne faisait nulle attention à mes demandes, et qui s'avançait toujours vers l'hôtellerie, en se poussant avec beaucoup de confusion. Enfin, un archer revêtu d'une bandoulière, et le mousquet sur l'épaule, ayant paru à la porte, je lui fis signe de la main de venir à moi. Je le priai de m'apprendre le sujet de ce désordre. Ce n'est rien, monsieur, me dit-il ; c'est une douzaine de filles de joie que je conduis, avec mes compagnons, jusqu'au Havre-de-Grâce, où nous les ferons embarquer pour l'Amérique. Il y en a quelques-unes de jolies, et c'est apparemment ce qui excite la curiosité de ces bons paysans. J'aurais passé après cette explication, si je n'eusse été arrêté par les exclamations d'une vieille femme qui sortait de l'hôtellerie en joignant les mains, et criant que c'était une chose barbare, une chose qui faisait horreur et compassion. De quoi s'agit-il donc ? lui dis-je. Ah ! monsieur, entrez, répondit-elle, et voyez si ce spectacle n'est pas capable de fendre le cœur ! La curiosité me fit descendre de mon cheval, que je laissai à mon palefrenier. J'entrai avec peine, en perçant la foule, et je vis, en effet, quelque chose d'assez touchant. Parmi les douze filles qui étaient enchaînées six par six par le milieu du corps, il y en avait une dont l'air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une personne du premier rang. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l'enlaidissaient si peu que sa vue m'inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins de se tourner, autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux yeux des spectateurs. L'effort qu'elle faisait pour se cacher était si naturel, qu'il paraissait venir d'un sentiment de modestie. Comme les six gardes qui accompagnaient cette malheureuse bande étaient aussi dans la chambre, je pris le chef en particulier et je lui demandai quelques lumières sur le sort de cette belle fille. Il ne put m'en donner que de fort générales. Nous l'avons tirée de l'Hôpital, me dit-il, par ordre de M. le Lieutenant général de Police. Il n'y a pas d'apparence qu'elle y eût été renfermée pour ses bonnes actions. Je l'ai interrogée plusieurs fois sur la route, elle s'obstine à ne me rien répondre. Mais, quoique je n'aie pas reçu ordre de la ménager plus que les autres, je ne laisse pas d'avoir quelques égards pour elle, parce qu'il me semble qu'elle vaut un peu mieux que ses compagnes. Voilà un jeune homme, ajouta l'archer, qui pourrait vous instruire mieux que moi sur la cause de sa disgrâce ; il l'a suivie depuis Paris, sans cesser presque un moment de pleurer. Il faut que ce soit son frère ou son amant. Je me tournai vers le coin de la chambre où ce jeune homme était assis. Il paraissait enseveli dans une rêverie profonde. Je n'ai jamais vu de plus vive image de la douleur. Il était mis fort simplement ; mais on distingue, au premier coup d'oeil, un homme qui a de la naissance et de l'éducation. Je m'approchai de lui. Il se leva ; et je découvris dans ses yeux, dans sa figure et dans tous ses mouvements, un air si fin et si noble que je me sentis porté naturellement à lui vouloir du bien. Que je ne vous trouble point, lui dis-je, en m'asseyant près de lui. Voulez-vous bien satisfaire la curiosité que j'ai de connaître cette belle personne, qui ne me paraît point faite pour le triste état où je la vois ? Il me répondit honnêtement qu'il ne pouvait m'apprendre qui elle était sans se faire connaître lui-même, et qu'il avait de fortes raisons pour souhaiter de demeurer inconnu. Je puis vous dire, néanmoins, ce que ces misérables n'ignorent point, continua-t-il en montrant les archers, c'est que je l'aime avec une passion si violente qu'elle me rend le plus infortuné de tous les hommes."

Extrait de la première partie de Manon Lescaut - L'abbé Prévost


 

 

Manon Lescaut : l'incipit...
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16 septembre 2022 5 16 /09 /septembre /2022 11:54
Le registre tragique...

 

Le registre tragique est, à l'origine, propre à la tragédie grecque : ce genre littéraire est né dans la Grèce antique au cinquième siècle avant J. C., avec des auteurs célèbres : Eschyle, Sophocle, Euripide...

 

La tragédie a connu aussi un grand succès en France, au 17 ème siècle : Racine, Corneille se sont illustrés dans ce genre théâtral.

 

Mais on peut également trouver ce registre tragique dans le roman, la nouvelle, la poésie.

 

Quelles en sont  les caractéristiques ?

Souvent, le niveau de langue utilisé est soutenu et noble car la tragédie met en scène des rois, des princes... périphrases, métaphores contribuent à donner un ton solennel au texte.

 

Mais le style peut être aussi familier ou courant, dans un roman, par exemple.

Dans un texte de prose, l'auteur peut utiliser des phrases ou des membres de phrases comportant 12 syllabes qui font songer à des alexandrins, les vers employés dans la tragédie classique. C'est ce que l'on nomme "des vers blancs".

Des exclamations, des interrogations, des apostrophes, des invocations, des implorations viennent souligner le désarroi, la souffrance, l'émotion...

Des jeux d'opposition, des antithèses, des parallélismes, des hyperboles, des chiasmes accentuent le déchirement du héros confronté à des décisions ou à des choix contradictoires, obligé de résoudre des dilemmes.

 

Les thèmes associés au tragique sont le mal, la fatalité, la mort...

Le héros tragique est victime d'une puissance qui le dépasse : un destin inéluctable, une fatalité qui pèse sur lui, c'est ce qu'on appelle aussi d'un terme latin, le "fatum".

 

Ce destin peut être représenté par des forces surnaturelles : des dieux, une hérédité ou une malédiction familiale, ou des passions irrépressibles, ou par un autre personnage qui symbolise le tragique.

Le héros subit souvent des passions dévastatrices, comme l'amour, la jalousie, il est exposé à la mort.

Quel est l'effet produit ?

Selon la définition d'Aristote, le tragique doit susciter "la terreur et la pitié."

Il peut provoquer aussi l'admiration à l'égard du héros qui est mis en scène.

 

 Phèdre est l'héroïne tragique, par excellence : soumise à la fatalité, à une lourde hérédité, à une malédiction divine, elle éprouve une passion irrépressible, un amour interdit pour son beau fils Hippolyte.

On connaît ce vers célèbre de la pièce de Racine "C'est Vénus toute entière à sa proie attachée..." : la déesse de l'amour poursuit Phèdre de sa haine, car elle est la "brillante", la petite fille du dieu Soleil qui avait dévoilé les amours coupables de Vénus et d'Arès. (En grec ancien "Φαίδρα / Phaídra",  signifie "Brillante".) 

Phèdre est ainsi soumise à une malédiction qui la dépasse et qui pèse sur elle et toute sa famille.

 

Un extrait de Phèdre...

Phèdre, Racine
Acte I, scène 3, L’aveu de Phèdre 

Phèdre
 Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

 Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
 Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
 Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer.
J’offrais tout à ce dieu, que je n’osais nommer.
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.
Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
 De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’Ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus toute entière à sa proie attachée.

 

 

 

 

 

Le registre tragique...
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