La langue grecque, par ses sonorités, ses graphies, n'est-elle pas, en elle-même, une ode à la poésie ? Et l'aède de l'antiquité symbolise tout un univers poétique...
Voici un extrait de l'Odyssée qui illustre bien le rôle essentiel de ces poètes du passé, que l'on appelait des aèdes :
Ἀλκίνοε κρεῖον, πάντων ἀριδείκετε λαῶν,
ἦ τοι μὲν τόδε καλὸν ἀκουέμεν ἐστὶν ἀοιδοῦ
τοιοῦδ', οἷος ὅδ' ἐστί, θεοῖσ' ἐναλίγκιος αὐδήν.
οὐ γὰρ ἐγώ γέ τί φημι τέλος χαριέστερον εἶναι
ἢ ὅτ' ἐϋφροσύνη μὲν ἔχῃ κάτα δῆμον ἅπαντα,
δαιτυμόνες δ' ἀνὰ δώματ' ἀκουάζωνται ἀοιδοῦ
ἥμενοι ἑξείης, παρὰ δὲ πλήθωσι τράπεζαι
σίτου καὶ κρειῶν, μέθυ δ' ἐκ κρητῆρος ἀφύσσων
οἰνοχόος φορέῃσι καὶ ἐγχείῃ δεπάεσσι·
"Roi Alkinoos, le plus illustre de tous les peuples, il est doux d'écouter un aède tel que celui-ci, semblable aux dieux par la voix. Je ne pense pas que rien soit plus agréable. La joie saisit tout ce peuple, et tes convives, assis en rang dans ta demeure, écoutent l'aède. Et les tables sont chargées de pain et de chairs, et l'échanson, puisant le vin dans le cratère, en remplit les coupes et le distribue...", ainsi parle Ulysse, dans un extrait du chant IX de l'Odyssée...
Le mot "aède" évoque immanquablement l'antiquité grecque, le poète Homère, des oeuvres qui sont à l'origine de notre littérature, deux épopées illustres : L'Iliade et l'Odyssée...
L'aède est à la fois poète et chanteur : il accompagne ses poèmes, au son d'un instrument de musique, une cithare ou une lyre.
Le mot vient du verbe grec "ἀείδω,aeido, ou ado, chanter"...
Ce radical est à l'origine de nombreux autres mots français, même si on ne le perçoit pas toujours : "l'ode, la mélodie, la tragédie, la comédie, la monodie" comportent ce même radical, avec un timbre '"o". Le rhapsode, étymologiquement celui qui "coud ou ajuste des chants", est proche de l'aède, mais il ne compose pas, lui-même, ses chants.
L'aède est mis en scène, à plusieurs reprises, dans les épopées anciennes : dans l'Odyssée, on le voit apparaître sous les traits de Démodocos, le poète aveugle, image probable de l'auteur grec, lui-même, Homère.
Il est aède à la cour d'Alkinoos et apparaît aux chants VIII et IX de l'épopée. Ulysse, échoué sur l'île des Phéaciens, après avoir été malmené par une terrible tempête, assiste à un banquet donné en son honneur. Démodocos chante, alors, des épisodes de la guerre de Troie : notamment la querelle entre Ulysse et Achille, ce qui déclenche les larmes du héros.
La lyre est l' instrument de l'aède : selon la légende, la lyre ou phorminx fut inventée par Hermès à partir d'une carapace de tortue à laquelle étaient fixées deux cornes d'antilope et des cordes de boyau. Hermès l'offrit à Apollon dont elle devint l'instrument privilégié et l'un des attributs.
La littérature, à l'époque d'Homère, était essentiellement orale : les aèdes composaient et apprenaient des poèmes qu'ils récitaient, au son d'un instrument de musique.
Musique et poésie étaient, ainsi, dès les origines intimement liées et indissociables : la poésie fait intervenir des rythmes, des effets sonores, des échos...
L'aède symbolise bien cette association : il est représenté, dans l'antiquité, sous les traits d'un aveugle, inspiré par les dieux, comme si la cécité lui conférait un statut divin, et lui donnait une intériorité particulière, propice à la créativité.
L'aède, celui qui chante et fait vivre la poésie était essentiel, à l'époque d'Homère : il représentait la mémoire des peuples, il était aussi, à lui tout seul, un spectacle vivant, grâce à la musique, à la beauté des textes, il avait la capacité d'émouvoir tout un auditoire : l'aède revêtait un caractère sacré, il était souvent assimilé à un dieu...
"L'illustre aède, le divin aède" : ces épithètes soulignent la vénération que suscitaient ces poètes de l'antiquité.
Créateurs, musiciens, chanteurs, ils étaient des artistes complets qui provoquaient le respect et l'admiration...
Homère :
http://expositions.bnf.fr/homere/it/13/01.htm
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