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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 08:24
Où sont ceux que ton coeur aime ?

 

 


Dans un de ses poèmes célèbres, Lamartine imagine que les voix des morts se révèlent à travers les souffles du vent, les brins d'herbe qui frissonnent, les pins qui bruissent, une cloche qui résonne, des flots qui se répandent sur la grève...

 

Les voix qui se sont tues semblent, alors, se ranimer dans la nature entière, des voix, des rires, des paroles entendues, des souvenirs qui restent en chacun de nous...

 

Des visages ressurgissent du passé, des gestes, des sourires, des conversations, des moments d'autrefois.

Mes grands-tantes, mes grands-parents, disparus si vite, nos parents.

 

Des visages qui ont été si proches se sont éloignés, il nous reste tant de souvenirs, tant de pensées pour eux !

Il nous reste, gravés dans nos mémoires, leurs joies, leurs peines, leurs émotions, leur sensibilité, leur amour de la vie et du monde...

Il nous reste leur empreinte, leurs idées, une façon de vivre, dans la simplicité...

 

Le monde s'accélère, les progrès se multiplient, la vie s'emballe, mais nous aimons tous revoir des souvenirs tendres du passé.

Ceux dont les voix se sont tues font partie de nous, ils sont une part essentielle de notre âme et de nos coeurs.

Ils sont là, parmi nous, ils revivent à travers nos souvenirs...

 

On revoit des paysages familiers, la campagne aixoise si belle, aux couleurs d'ocre et de rouille, à l'automne, le pays de mes grands-parents maternels.

On revoit le pays d'Aix, des villages aux noms si parlants et pittoresques, Cabriès, Bouc-bel-Air, Violési, les Chabauds...

 

On perçoit des senteurs marines, celles de l'Estaque, petit village de pêcheurs, où ont vécu mes parents, on admire des embruns marins, des flots aux murmures sans cesse renouvelés...

On entrevoit, sur l'eau, une barque, peuplée de filets, de salabres, de bâches, de jambins.

Des calanques aux rochers abrupts se dessinent, des pins qui se penchent vers la mer, des collines lumineuses...

 

On revoit un jardin envahi de roses, de jasmins, d'althéas, des couleurs vives ou légères, on s'enivre de parfums de menthe, de romarins, de gardénias.

 

Une maison d'autrefois, dans un écrin de verdures : oliviers, thuyas, cyprès...

 

Des brassées de fleurs, dans le jardin, des brassées de senteurs, des joies simples, des bonheurs ordinaires et familiers...

 

 

 

Le poème de Lamartine : Pensée des morts

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartine/pensee_des_morts.html

 

Le poème repris par Georges Brassens :

http://www.jukebox.fr/georges-brassens/clip,pensee-des-morts,vmr5r.html

 

Un extrait du poème de Lamartine :

 

"Ah ! quand les vents de l'automne
 Sifflent dans les rameaux morts,
 Quand le brin d'herbe frissonne,
 Quand le pin rend ses accords,
 Quand la cloche des ténèbres
 Balance ses glas funèbres,
 La nuit, à travers les bois,
 A chaque vent qui s'élève,
 A chaque flot sur la grève,
 Je dis : N'es-tu pas leur voix ?

Du moins si leur voix si pure
 Est trop vague pour nos sens,
 Leur âme en secret murmure
 De plus intimes accents ;
 Au fond des coeurs qui sommeillent,
 Leurs souvenirs qui s'éveillent
 Se pressent de tous côtés,
 Comme d'arides feuillages
 Que rapportent les orages
 Au tronc qui les a portés..." 


 

Photos : rosemar

 

Où sont ceux que ton coeur aime ?
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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 10:17
Avec le pampre de la vigne...

 

 

 

 

On se souvient de ces vers célèbres de Brassens, extraits de la chanson Dans l'eau de la claire fontaine...

 

"Avec le pampre de la vigne

Un bout de cotillon lui fis
Mais la belle était si petite
Qu’une seule feuille a suffi"...

 

 

Le mot "pampre"associé à la vigne fait surgir des images de plaisirs, et un certain hédonisme.

Le pampre... voilà un mot plein de sensualité et de charme, avec sa labiale réitérée, sa voyelle nasalisée, "am", avec une pointe d'âpreté que suggère la gutturale "r"...

Avec le pampre, on admire des feuilles, des fruits gorgés de soleil, des couleurs sombres ou éclatantes de noir, de xanthe...

Des grappes enroulent leurs grains autour des feuilles découpées, elles montrent des fruits serrés, denses...

Les fruits s'arrondissent, renvoyant la lumière, nimbés de nuées, ivres de sucs...

Les pampres forment des décors en arabesques, des tourbillons de feuilles, des enroulements sinueux qui envoûtent.

La voyelle nasalisée "an" suggère ces envols de feuilles...

Le pampre, c'est toute la poésie de la nature : branche, feuilles, fruits, couleurs...

Le pampre, c'est le vin, la gaieté, l'insouciance, les rires qui fusent.


Ce mot plein de résonances, évoque tant d'images de lumières : fruits mûrissants sous le soleil, fruits qui s'épanouissent et s'offrent à nous...

Les grappes s'écoulent comme des sources, elles épanchent leurs grains avec générosité...

Les feuilles forment des verdures abondantes autour des fruits, elles les enserrent, les entourent de leurs éclats découpés.

Les pampres évoquent la fête, le dieu Bacchus d'autrefois, les Bacchanales où le vin coulait à flots...

Le mot nous vient, ainsi, de l'antiquité : issu du latin "pampinus", à rapprocher du grec "ampélos, la vigne", ce terme ancien aux sonorités de labiale évoque des idées de séduction.


Le pampre contient le monde par ses formes, ses couleurs : nourriture, vin, rondeur des fruits, sources abondantes...






 Photo : Pixabay

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 08:18
Le bon Dieu me le pardonne, mais chacun pour soi...

 

 

Une chanson qui fait du bien, en ces temps où le fanatisme religieux réapparaît... dérision et humour au service de la dénonciation...


Brassens nous livre, dans une de ses chansons, une histoire d'amour qui reste, à jamais, gravée dans sa mémoire, il semble, aussi, éprouver le besoin de l'évoquer, pour la faire revivre par les mots et la poésie.


Cette chanson intitulée "Je suis un voyou" commence par l'évocation de ce souvenir dont on perçoit toute la valeur, pour le poète : c'est"une histoire ancienne, un fantôme", certes, mais le vocabulaire de l'affectivité "coeur, amour" en suggère toute l'importance...

L'absolu de cet amour est aussi souligné par l'adverbe "à jamais"... Et le temps personnifié dans l'expression familière :"Le temps, à grand coups de faux, peut faire des siennes", ne peut effacer ce souvenir.

L'alternance du passé "j'aimais" et du présent "mon bel amour dure encore" met en évidence cet écoulement du temps...


 Le récit de la rencontre amoureuse fait songer à un véritable coup de foudre, puisque le poète en a perdu tout repère :

"J'ai perdu la tramontane

En trouvant Margot,
Princesse vêtue de laine,
Déesse en sabots..."

La jeune femme divinisée, transformée en "princesse" a bouleversé la vie du poète amoureux : on perçoit, là, un des lieux communs de la littérature sentimentale, mais Brassens sait renouveler ce thème en jouant du contraste entre les mots... la métamorphose de la "belle" n'en est que plus frappante... "La laine, les sabots" évoquent une personne d'origine humble et modeste, une simple paysanne, devenue une "déesse" pour les yeux de l'amoureux.

L'opposition entre les verbes "perdre" et "trouver" souligne bien, aussi, ce bouleversement...

Le thème de la femme-fleur vient compléter le portrait élogieux de la jeune femme. 
Margot comparée à une fleur, est, encore une fois, magnifiée par cette image :

"Si les fleurs, le long des routes,
S'mettaient à marcher,
C'est à la Margot, sans doute,
Qu'ell's feraient songer..."

Puis, le discours du poète insiste, à nouveau, sur son éblouissement, puisqu'il assimile son amoureuse à la "Madone"... une image qui suggère, encore, le thème religieux..

Quant à l'allusion au Bon Dieu, il s'agit d'un clin d'oeil de Brassens, lui qui a, si souvent, fustigé la religion et les bigots...

Les propos qui suivent montrent, d'ailleurs, le peu de cas qu'il fait de la religion :

"Qu'il me le pardonne ou non,
D'ailleurs, je m'en fous,
J'ai déjà mon âme en peine :
Je suis un voyou."

C'est ainsi que le poète a séduit la jeune fille, et a "mordu ses lèvres" alors qu'elle "allait aux vêpres, se mettre à genoux"...
Brassens restitue cette scène avec humour, en jouant à nouveau des contrastes, en évoquant les paroles de la "belle" :

Ell' m'a dit, d'un ton sévère :
"Qu'est-ce que tu fais là ?"
Mais elle m'a laissé faire,
Les fill's, c'est comm' ça..."

Le poète se met, aussi, avec dérision, en concurrence avec Dieu :

"Le Bon Dieu me le pardonne,
Mais chacun pour soi..."

On retrouve le vocabulaire religieux dans la suite du récit, ainsi que l'impatience de l'amoureux qui ne se retient plus.

"J'ai croqué dans son corsage
Les fruits défendus...
Puis j'ai déchiré sa robe,
Sans l'avoir voulu..."

La rupture est, enfin, racontée brièvement à la fin de la chanson, dans le dernier couplet...
Et la chanson se termine en boucle, avec cette expression : 

"J'ai perdu la tramontane
En perdant Margot,
Qui épousa, contre son âme,
Un triste bigot..."

On perçoit, encore, une "pique" contre certains fous de Dieu, des bigots, dont le poète se démarque, lui qui est un "voyou"...
Le poète imagine, alors, le destin de Margot entourée de "deux ou trois marmots qui pleurent, pour avoir leur lait..." Il rappelle, à cette occasion, qu'il a lui-même "têté leur mère", quand il était amoureux.

Le vocabulaire familier, la liberté de ton, les jeux de contrastes rendent cette chanson particulièrement savoureuse...

La mélodie rythmée et vivante nous entraîne avec elle dans cette histoire d'amour inoubliable et pleine d'humour...


 


 

Photo : rosemar

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 12:36
Regardez-les danser... dans les feux de l'aurore...

 

 

 

Quelle beauté et quelle cruauté dans ce poème de Théodore de Banville mis en musique par Georges Brassens ! Un poème sous forme de ballade, avec un refrain qui ponctue le texte....


Le cadre évoqué est une magnifique forêt, personnifiée dès le premier vers : on voit "ses larges bras étendus", belle image qui fait de la forêt un être humain. Le début du poème est empreint de douceur, et on assiste au réveil de la déesse "Flore" qui symbolise la nature, dans l'antiquité...


Mais cette forêt cache et recèle bien des horreurs : les branches ont servi de gibets et sont couvertes de pendus... Banville alterne, tout au long du texte, beauté, magnificence du décor et cruauté du sort réservé aux cadavres des pendus, ces sujets du "roi Louis", représentant d'un pouvoir absolu qui n'hésite pas à châtier des opposants, de pauvres gens sans doute....


La scène se passe le matin, à l'aurore, au lever du soleil, au moment où les doux rayons effleurent, caressent et dorent  la nature... tout est splendide et les pendus, eux-mêmes, deviennent "des chapelets, des grappes de fruits inouis" ! 


Quelle ironie dans ces images qui évoquent la religion et une nature luxuriante ! Plus loin, les pendus se mettent à "voltiger" dans l'air et à "danser dans les feux de l'aurore", vision d'horreur et de beauté, à la fois.

Le verbe "danser", associé à la mort, crée un effet de surprise et souligne l'horreur du tableau.

La nature est encore personnifiée, grâce à un impératif, puisque les cieux sont invités par le poète à "regarder" ce spectacle et cette chorégraphie macabre.


Toute la magnificence de l'aurore apparaît alors : "la rosée", l'azur qui commence à poindre, un "essaim d'oiseaux réjouis" qui gazouillent et "picorent gaiement" les têtes de ces malheureux pendus....


Le contraste entre la splendeur du décor et la vision des cadavres en suspension est saisissant... il permet, encore, de souligner la violence du châtiment, son injustice.


Les pendus, eux mêmes, qui "décorent" les arbres deviennent des images de beauté : le "soleil levant les dévore", et les cieux sont "éblouis" par leur sarabande !

Le décor semble s'illuminer  et se "tendre" de bleu, le soleil se métamorphose en "météore", comme pour souligner l'horreur du châtiment infligé aux suppliciés....


Les pendus semblent, d'ailleurs, devoir se multiplier puisqu'ils appellent d'autres pendus. On perçoit bien toute la cruauté du pouvoir royal, son pouvoir arbitraire puisque ce "verger" est celui du roi "Louis", idée reprise de manière insistante dans le refrain...


On ressent l'apitoiement du poète dans l'expression "ces pauvres gens morfondus"...


Les sonorités très douces du texte s'opposent à la vision atroce de ces suppliciés : la sifflante "s", la fricative"f", la chintante "ch" sont utilisées à maintes reprises et donnent une impression de douceur infinie....

 
"La forêt où s'éveille Flore, 
A des chapelets de pendus 
Que le matin caresse et dore. 
Ce bois sombre, où le chêne arbor
Des grappes de fruits inouïs..."

La gutturale "r", plus âpre, met en évidence la dureté du châtiment et sa violence.

Dans l'envoi final, on retrouve un contraste entre les misérables pendus confondus dans "un tas"et le décor qui est somptueux : "un tas de pendus enfouis Dans le doux feuillage sonore".
 
En associant ainsi la splendeur de la nature à l'horreur du châtiment, Banville dénonce d'autant mieux le sort réservé à ces sujets du roi : le lecteur ressent une émotion, une injustice révoltante.

 

La musique composée par Georges Brassens, très rythmée et lente restitue une ambiance moyenâgeuse et souligne la beauté du décor tout en insistant sur le message : une violence injuste et terrifiante.

 

Ce texte qui évoque le roi Louis comporte, aussi, une valeur intemporelle, puisqu'il dénonce l'horreur de tous les châtiments et de tous les pouvoirs arbitraires.

 

 

 

Le poème de Banville : 

 

http://www.crcrosnier.fr/mur4/prt4/banvillet4.htm

 

http://en.quetes.free.fr/archives/la-foret/articles/verger_banville.htm

 

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=LhamMj_T4TY&feature=youtu.be
 

 
 


   
  Photo : rosemar

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 12:55
C'est la rançon de Pénélope...

 

 

 

Tout le monde connaît le nom de Pénélope, ce personnage de l'Odyssée, symbole de fidélité, elle qui voue à son époux Ulysse une loyauté et un attachement sans faille, elle qui repousse les assauts des prétendants, dans l'épopée primitive...

 

Certains auteurs ont revisité ce mythe antique : on songe à Giono, qui, dans son roman Naissance de l'Odyssée, se livre à une parodie et transforme les personnages...

 

Brassens, lui aussi, met en scène cette héroïne, dans une de ses chansons : il s'adresse dans un discours direct à une Pénélope moderne qui pourrait rêver de vivre d'autres amours, et s'évader du quotidien par l'imagination... Il lui parle familièrement, en la tutoyant, ce qui permet d'actualiser le personnage.

Le mythe est, ainsi, détourné, c'est ce qui fait toute l'originalité et la saveur du texte de Brassens.

 

Le décor et les personnages sont revisités et modernisés : on voit des "rideaux, une robe de mariée sans accrocs, un Ulysse de banlieue"...

 

On retrouve les caractéristiques du personnage antique, dans une apostrophe : "Toi, l'épouse modèle, Le grillon du foyer", mais avec un supplément d'âme, peut-être une envie de s'épanouir autrement... C'est du moins, ce qu'imagine le poète...

On retrouve une sorte d'épithète homérique dans l'expression : "Toi, l'intraitable Pénélope".

 

La question oratoire qui suit, avec sa forme interro-négative, suggère des tentations, des désirs inavoués, dans un style tout en nuances, empreint de poésie, grâce au verbe "bercer" et à l'association inattendue des adjectifs : "jolies, interlopes"...

 

"Ne berces-tu jamais
En tout bien tout honneur
De jolies pensées interlopes
De jolies pensées interlopes..."

 

On retrouve, aussi,  l'image d'une Pénélope traditionnelle puisqu'on la voit "penchée sur ses travaux de toile...", en train d'attendre un "Ulysse de banlieue."

 

Et le poète la questionne à nouveau, sur la même tonalité poétique et lyrique, avec l'évocation de sentiments nouveaux : "Les soirs de vague à  l'âme
Et de mélancolie"....

 

Cette nouvelle question oratoire fait appel à des images emplies de charmes : le ciel de lit suggère des étoiles, symboles d'évasion, de rêves amoureux, peut-être un septième ciel...


"N'as tu jamais en rêve
Au ciel d'un autre lit
Compté de nouvelles étoiles
Compté de nouvelles étoiles..."

 

Les questions s'accumulent, avec insistance, évoquant des tentations possibles et suggérant par leur forme interro-négative le fait qu'elles sont inévitables et inhérentes à la fidélité  : "L'amourette qui passe, Qui vous prend au cheveux, Qui vous conte des bagatelles"..., d'autant que ces amourettes sont personnifiées, et qu'elles sont dotées de force, comme le suggère le verbe "prendre", et même de paroles : elles permettent, ainsi, de transfigurer la réalité et de voir pousser "la marguerite au jardin potager..."

 

On retrouve là des symboles traditionnels de l'amour, "la marguerite que l'on effeuille, la pomme défendue aux branches du verger..."

 

 

Une autre interrogation évoque même le souhait d'un nouvel amour annoncé par la rencontre d'un dieu, à la fois ange et démon, "qui décoche des flèches malignes".

 

Brassens suggère à merveille toutes les ambiguités de l'amour : tourment et ravissement se mêlent...

 

Cet ange tout puissant peut en venir à bouleverser l'ordre des choses : il peut faire basculer les êtres humains, "arracher leurs feuilles de vigne".

Mais, le rêve ne prête pas à conséquences, comme le montre l'expression renouvelée : "Il n'y a vraiment pas là
De quoi fouetter un cœur
Qui bat la campagne et galope..."

Le rêve est permis, c'est "un péché véniel" et c'est la "rançon de Pénélope", le prix à payer, sans doute, de la fidélité : une forme d'insatisfaction et de recours à l'imagination, à des rêveries inabouties.

 

La mélodie, toute en douceur, lente, monotone est ponctuée de légères envolées vers le rêve...

Dans cette chanson, on retrouve tout l'univers du poète : une culture renouvelée par des expressions familières, de nombreuses allusions mythologiques, un certain humour dans la façon de déconstruire quelque peu le mythe, des images originales...

 


 

 

 

http://www.brassens-cahierdechanson.fr/OEUVRES/CHANSONS/penelope.html

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9n%C3%A9lope

 

 


 

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 13:23
Un p’tit coin d’ parapluie...

 

 

 

Les orages, la pluie ont inspiré de magnifiques chansons à Georges Brassens... Comment ne pas être sensible au charme, à l'évidence, à la simplicité de ce texte : Un p'tit coin d' parapluie ?

 

Une inconnue rencontrée sur le chemin offre au poète un moment de rêve.

Désignée par le pronom "elle", la jeune inconnue apparaît d'autant plus énigmatique et secrète : on ne connaîtra pas son nom, comme le poète l'ignorera aussi...

 

La pluie intense favorise la rencontre amoureuse.

Privée de parapluie, la belle inconnue a forcément besoin de secours, un secours que s'empresse de lui apporter le poète.

 

Le verbe "courir" souligne cet empressement, et le poète propose "un peu d'abri", grâce à un parapluie qu'il a volé, le matin même, à un ami.

On reconnaît bien, là, dans cette remarque, la désinvolture et l'indolence d'un poète.

 

La réponse de la belle inconnue ne se fait pas attendre... Elle accepte la proposition, avec un geste rempli de séduction :"en séchant l'eau de sa frimousse..."

 

Le refrain transforme alors la jeune fille en "ange" et le "coin de parapluie" devient "un coin de paradis".... L'inversion et la reprise de ces mots traduit bien le ravissement du narrateur.

Et le poète peut, dès lors, constater familièrement : "je ne perdais pas au change, pardi !"

Le vocabulaire religieux : "ange, paradis" transforme la jeune inconnue en une déesse, un être divin, aux attraits envoûtants.

 

La promenade sous la pluie nous permet de percevoir  "le chant joli que l'eau du ciel faisait entendre..."

La pluie personnifiée semble, alors, devenir complice du poète en berçant les personnages de son doux chant...

 

Et celui-ci commente, avec tendresse et humour, son désir de voir la pluie se prolonger à l'infini et devenir "un déluge".

"J'aurais voulu comme au déluge, 
Voir sans arrêt tomber la pluie, 
Pour la garder sous mon refuge..."

 

Le poète se veut protecteur, car le parapluie se transforme en un véritable"toit", en un "refuge".

 

Mais le rêve s'achève avec le bout du chemin qui conduit au pays de la belle...

Les routes personnifiées conduisent "bêtement" vers des pays et le poète voit sa "folie" interrompue par la fin du voyage.

La jeune fille s'éloigne, alors... après un remerciement et on la voit devenir lointaine "toute petite", vision quasi-cinématographique du personnage qui disparaît, symbolisant, pour l'inconnue, l'oubli de ce moment qui reste si intense dans l'esprit et la mémoire du poète.

 

Le refrain rythmé de sonorités de labiales, dentales, et de gutturales assez fortes nous donne l'impression d'entendre la pluie qui s'égrène sur le toit du parapluie.

Le vocabulaire familier :"rescousse, frimousse, pardi", les interventions du narrateur à la première personne, une certaine auto-dérision donnent à cette chanson une allure de confidence, remplie de charmes.

On retrouve, comme souvent dans les chansons de Brassens un subtil mélange de culture et de familiarité : l'allusion à l'épisode biblique du déluge nous fait sourire...

 

La mélodie pleine de fluidité, de limpidité restitue un moment de bonheur inoubliable...

 

 


 

 

Photo : rosemar

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 16:22
C'est un modeste...

 

 

"Les pays, c'est pas ça qui manque,
On vient au monde à Salamanque
A Paris, Bordeaux, Lille, Brest(e).
Lui, la nativité le prit
Du côté des Saintes-Maries,
C'est un modeste.


Comme jadis a fait un roi,
Il serait bien fichu, je crois,
De donner le trône et le reste
Contre un seul cheval camarguais
Bancal, vieux, borgne, fatigué,
C'est un modeste..."

 

 

Tout le monde connaît cette chanson de Georges Brassens, intitulé Le modeste...


Ce mot tout simple vient d'un nom latin "modus", "la mesure, la modération". Le modeste est celui qui sait faire preuve de retenue et de réserve...

Ce terme n'est-il pas un modèle de simplicité ? Dentales "d" et "t" se répondent en un écho, on est sensible, en écoutant ce mot, à la douceur de la sifflante "s", de la labiale "m" initiale, pouvant évoquer une bouche fermée qui ne s'exhale pas en paroles inutiles.

Le modeste refuse les excès et fait preuve d'une certaine pondération, dans ses propos... J'aime la modestie et la réserve, qualités qui ont tendance à se perdre dans le monde moderne.

J'aime la douceur de ce mot... Mais, pour beaucoup, la modestie n'est plus une vertu, elle se mue en discrétion, sournoiserie, mutisme.

Dans un monde où règnent la futilité, l'intempérance, l'arrogance, la vraie modestie n'a plus guère sa place.

Vive la modestie ! Elle est réservée, souvent, aux gens humbles et simples.

J'en fais partie ! Issue du peuple, j'entends rester dans cette réserve et cette pudeur : j'entends ne pas renier mes origines...

Je refuse d'utiliser un langage ordurier, démesuré... je refuse de mépriser et d'invectiver les autres.

L'orgueil des grands de ce monde, leur morgue ne me conviennent pas... J'entends réhabiliter la modestie et la mesure, je refuse les excès de l'intempérance, je dénonce l'hybris sous toutes ses formes.

L'hybris, la démesure, le superflu ne sont-ils pas les principaux défauts de notre monde ? Consommation débridée, gaspillages, excès de langage, insultes, mépris de l'humanité, mépris des autres sont l'essence de notre monde.

Il faut les dénoncer et souligner l'importance du respect qui passe par une certaine modération, une modestie de bon aloi...

Le modeste ne gêne pas les autres, refuse de se montrer ostensiblement aux autres, il fait preuve de pudeur.

Le modeste reste dans les limites de la raison, de la réflexion, mais dans un monde où s'imposent le règne de l'image, la démesure du progrès et ses excès, la course à l'innovation, à la consommation d'objets futiles, la modestie semble ne plus être à l'honneur...

Quand on évoque la modestie, on songe, bien sûr, à Georges Brassens, lui-même, on songe aussi à ce grand humaniste que fut Montaigne, un auteur plein de grandeur et d'humilité : dès le début des Essais, Montaigne affirme que son but est modeste et qu'il ne prétend enseigner aucune doctrine...

La modestie : voilà une vertu oubliée, livrée en pâture à ceux qui prétendent s'imposer, sans modération.




 


http://youtu.be/97j_6wIDly0


 


 

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 16:10

 

-Petit Trianon - Belvédère - Bas-relief - Saturne auteur
Il porte un joli nom Saturne ! Un nom aux sonorités de sifflante, de dentale, de gutturale, consonnes contrastées emplies de douceur, d'éclats, de rudesse !

Le maître du temps, Saturne chez les romains, a inspiré une chanson pleine de charme et d'humour à Georges Brassens...

 

Qualifié de "morne", de "taciturne", au début du texte, le dieu Saturne apparaît froid, impitoyable, lointain, inaccessible au commun des mortels.

 

"Dieu inquiétant", mystérieux, tel est bien ce maître du temps qui passe, malgré son joli nom.

 

On le voit s'amuser à "bousculer les roses", jeu cruel, car le dieu joue à blesser, de sa marque, des fleurs fragiles, symboles et raccourcis saisissants de la vie humaine.

 

Un jeu de mots subtil apparaît alors : "le temps tue le temps, comme il peut"...L'expression "tuer le temps" semble prendre, ici, tout son sens, car Saturne s'amuse à pousser les roses vers le déclin et la mort...

 

Soudain, le poète s'adresse à la femme qu'il aime, de manière familière, avec une apostrophe élogieuse "ma belle ". Et, il prend conscience de la fuite du temps : c'est elle, la victime du temps... D'une manière imagée et somptueuse, Georges Brassens évoque un changement subtil : "Toi qui as payé la gabelle / Un grain de sel dans tes cheveux."

 

L'expression répétée suggère bien l'action inexorable du temps, mais le poète commente, aussitôt, en associant la "belle" à "l'automne" et affirme, familèrement, la beauté de sa bien-aimée : "c'est pas vilain, les fleurs d'automne."

 

L'image de la fleur réapparaît et sa splendeur semble inaltérable.

 

L'invitation qui suit est pleine de charmes et d'insistance, avec l'impératif répété "viens", avec l'apostrophe, "ma favorite" qui magnifie la femme, avec cette demande pressante, pour visiter le jardin et "effeuiller la marguerite."

 

Le poète réaffirme l'idée de beauté, en employant le pluriel : "je sais par coeur toutes tes grâces..." Et, à la fin du poème, par une belle inversion, Saturne, si puissant, apparaît vaincu...

 

Belle parodie de ces poèmes d'antan, où le temps est victorieux, où les poètes essaient de convaincre de toutes jeunes filles de les aimer, car le temps presse et détruit inexorablement toutes beautés !

 

Et la jeune fille en fleur, appelée de manière amusante "la petite pisseuse d'en face", est invitée à aller "se rhabiller".

 

La mélodie, assez lente et pesante, semble mimer le rythme du temps qui passe.

 

On perçoit, dans cette chanson, tout l'art de Georges Brassens : le poète mêle, harmonieusement, des références littéraires, un langage familier, un humour plein d'élégance...

 

 

http://youtu.be/bOpfbj5-rGg

 

 

 

 

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saturne versailles auteur urban

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Photos : auteurs : Starus / Urban / Rufus46/ Twice25  creative commons



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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 15:05

 

pins 2

 

Georges Brassens aborde dans ses chansons toutes sortes de sujets universels : l'amour, l'amitié, la guerre et il évoque, aussi, la mort dans un de ses plus beaux poèmes : La Supplique pour être enterré sur la plage de Sète... Que de références, que d'échos dans ce magnifique texte ! Et, surtout, que d'humour pour évoquer un sujet qui pourrait être grave !
 
 
En fait, ce poème sous forme de testament devient une sorte d'éloge de la vie, de ses bonheurs, de ses joies, de ses plaisirs...
 
Si le poète nous fait part de son désir d'être enterré sur la plage de Sète, il en profite aussi pour glisser quelques références littéraires : la camarde figure allégorique de la mort,Gavroche, Mimi Pinson, Paul Valéry bien sûr et son cimetière marin. Brassens nous montre, ainsi, son attachement à la culture, avec un certain détachement tout de même... lui qui a mis en musique tant de poètes : Villon, Banville, Hugo, Aragon, Paul Fort.
 
Que d'inventions poétiques dans ce texte ! La mer devient "l'encre bleue" qui va permettre d'écrire le codicille, le testament de l'auteur.
 
Le "caveau de famille étant donc plein ", Brassens demande à être enterré sur la plage de Sète, au bord de la mer, auprès des dauphins.
 
Et l'ami Georges en profite pour énumérer tous les plaisirs de la vie... le sable fin, les premières amourettes avec de jeunes sirènes," les baigneuses" qui pourront s'abriter à l'ombre de sa tombe, les enfants qui pourront faire "des châteaux de sable", la nature avec le "pin parasol" qui couvrira sa tombe, permettant à ses amis d'éviter toute" insolation" !
 
La musique, les parfums sont aussi convoqués, apportés par le vent, "le mistral et la tramontane", airs de musique qui évoquent des danses joyeuses..."fandango, tarentelle, sardane."
 
Quel bonheur ! Tout y est : amour, amitié, sensations, nature bienveillante... plaisirs simples de la vie.
 
Et le texte s'achève avec l'évocation de l'ondine qui viendra sommeiller sur la tombe du poète, bonheur ultime ! On peut voir aussi dans les derniers vers une condamnation des grandeurs de ce monde avec les "pharaons" ou les "Napoléons" et leurs tombes grandiloquentes et pompeuses.
 
L'image finale est superbe : le poète transformé en "éternel estivant et qui fait du pédalo "sur la plage de Sète !
 
L'humour est constamment présent et la mort n'est ici qu'un prétexte pour parler de la vie, pour abattre les préjugés, dénoncer le goût de la grandeur, et montrer que le bonheur est fait de joies très simples et ordinaires : une plage au soleil, de grands pins, la mer, la musique du vent.
 
Le dieu Neptune est aussi évoqué au cours du poème, un dieu qui, à Sète, ne se prend pas trop au sérieux et ne fait pas trop de dégâts... en cas de naufrage, il faut sauver le vin et le pastis d'abord... encore le bonheur ici associé au bon vin et aux plaisirs de la table !
 
Ce texte nous permet de voir toute la simplicité, l'humilité de ce grand poète : c'est aussi une invitation à profiter de la vie...
 
La mélodie est superbe dans sa nonchalance et traduit bien l'idée d'harmonie et d'insouciance présentes dans tout le texte.
 
Photos : Rosemar et Wikipédia
 
Vidéo : G. Brassens
 
 
 
 
 
plage 
                  
 
 


 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:19

 gasti 6

 

L'amour qui rend fou est bien un thème littéraire de tous les temps : ne dit-on pas : "être fou d'amour "ou "aimer à la folie" ? L'amour revient souvent sous la plume des plus grands poètes. Il donne lieu à des oeuvres touchantes, émouvantes que l'on n'oublie pas.

 

Victor Hugo, le plus prolixe de nos poètes nous a laissé un de ces poèmes d'amour qui reste à jamais gravé dans les esprits. Ce poème intitulé "Guitare" extrait du recueil "Les rayons et les ombres" ne vous rappelle peut-être rien mais c'est un des plus connus de Victor Hugo car il a été mis en musique et adapté par Georges Brassens sous le titre "Gastibelza".

 

Gastibelza ! Comment oublier un tel nom aux sonorités si flamboyantes ? Le héros de l'histoire, c'est bien lui, l'homme à la carabine, brigand peut-être mais brigand amoureux !

 

Hugo nous fait entendre la chanson de ce brigand énamouré, qui ne peut oublier celle qu'il nomme sa "sénora", celle qui éclipse la beauté d'une reine, une femme fatale dont il perçoit les dangers mais qu'il ne peut s'empêcher d'aimer...

Le texte est ponctué par ce refrain mélancolique : "Le vent qui vient à travers la montagne/ Me rendra fou. "

 

La belle s'appelle "Sabine", la perfide Sabine qui dans les derniers vers du poème finit par se vendre au plus offrant, c'est une femme vénale qui donne "Tout son amour/ Pour l’anneau d’or du Comte de Saldagne /Pour un bijou ". Dès lors, le brigand qui se confond avec le poète perd la raison : "Le vent qui vient à travers la montagne m'a rendu fou" écrit-il.

 

Le poème est plein d'harmonie notamment grâce à l'emploi de noms propres aux sonorités espagnoles et exotiques : "le mont Falu, Antequarra,Tolède, Saldagne, Gastibelza", le nom même du héros malheureux de l'histoire...

 

On retrouve dans ce texte des lieux communs de la littérature : l'amour qui rend fou, la femme qui entraîne le malheur, la femme à la beauté idéale, la belle qui suscite même l'amour du roi...

 

La simplicité émouvante du texte sous forme de ballade avec son refrain nous touche... Le bonheur des villageois qui célèbrent l'arrivée de la nuit en chantant et dansant contraste avec la tristesse, le désarroi de l'homme amoureux trahi dans ses attentes et qui en perd la raison.

 

Victor Hugo alterne dans ce poème vers longs et vers courts créant ainsi un rythme régulier de chanson... Le titre prévu aurait été d'abord « Ce que m’a raconté une guitare ». La guitare symbolisait alors l’Espagne chère à V. Hugo auteur d'Hernani et Ruy Blas, l'Espagne qui est largement présente dans le poème grâce aux noms des personnages et aux lieux évoqués...

 

http://youtu.be/2BzH4T7ic-s

 

 

 

 

http://youtu.be/6l1KTexH2T4

 

 

Un peu de guitare aussi :

 

 

 

http://youtu.be/YRJF6RPg8pQ

 

 gasti 4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 gasti 5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gasti 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gastibelza

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

brassens

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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