ROSEMAR


En une cinquantaine d'années, le monde a connu des bouleversements inédits, la société française s'est complètement transformée. On a assisté à des mutations extraordinaires...
Les mariages d'autrefois, "solides, durables", ont été remplacés souvent par des unions plus éphémères : les familles recomposées, parfois monoparentales se sont substituées aux familles stables d'autrefois. Dorénavant, beaucoup d'hommes et de femmes élèvent seul(e)s leurs enfants.
Beaucoup de couples sont séparés et se partagent la garde de leurs enfants... Les conséquences de ces changements sont multiples : le cadre familial s'est élargi parfois, les enfants ont acquis plus de libertés, plus d'autonomie, ils peuvent tirer parti de ces nouveaux modèles ou en souffrir. Les femmes, aussi, ont conquis une forme d'indépendance bénéfique. Désormais, la plupart d'entre elles travaillent et ne vivent plus sous l'autorité d'un mari.
Dans le domaine technologique aussi, les changements sont considérables : les ordinateurs ont envahi nos maisons et nous pouvons ainsi accéder à des myriades d'informations, la communication est instantanée et immédiate. Nous sommes abreuvés d'images qui nous submergent et nous emportent.
La consommation des biens est devenue effrénée et insensée : portables, ordinateurs, iPads, iPods sont des objets de convoitise pour nombre d' adolescents. Autrefois, les gens s'appliquaient à économiser, à réutiliser les objets, les transmettre : les femmes qui ne travaillaient pas avaient le temps de cuisiner, de coudre, de tricoter : les vêtements étaient souvent confectionnés par les mères de famille, puis ravaudés et réutilisés, rien ne se perdait ou presque.
Dorénavant, tout s'achète et se consomme dans l'instant, pour être sans arrêt renouvelé : on est bien dans l'univers des "Choses" de Perec : nous nous laissons envahir par les objets, les produits de toutes sortes dans une consommation inlassable et effrénée.
Tout s'accélère et se consume : notre monde nous entraîne irrémédiablement vers ce qui est éphémère... Comment résister à ce flot qui nous emporte ?
Pourtant, des progrès considérables ont été accomplis : les femmes ont conquis des droits nouveaux, elles peuvent travailler, être indépendantes, elles sont plus libres de choisir leur vie. Le confort s'est accru dans bien des domaines : toutes les maisons sont équipées d'une salle de bain, d'une cuisine moderne, de chauffage.
Dans le même temps, la croissance à tout prix nous entraîne vers un monde inhumain où l'argent règne en maître, où les hommes sont sacrifiés sur l'autel de la compétitivité et du profit, où on nous propose sans cesse de nouveaux produits à acheter, à consommer alors que nous n'en avons nul besoin.
Comment ne pas être troublé, déstabilisé par tant de mutations ?
La question la plus préoccupante est la notion de croissance : tous les pays sont en quête de cette merveilleuse et sacro-sainte croissance qui est censée nous sauver de tous nos malheurs.
Mais peut-on croître indéfiniment, à une vitesse accélérée ? Peut-on croître indéfiniment dans un monde fini et limité ?
Dans la mesure où les progrès s'accélèrent, où la croissance nous entraîne dans un monde infernal de pollution, de gaspillages, de consumérisme, n'est-il pas insensé de poursuivre dans cette voie ?
Ne serait-il pas temps de trouver d'autres solutions ? Dans la perspective actuelle, le monde va être confronté à des problèmes de plus en plus graves : chômage, appauvrissement des ressources et des hommes, dégradation croissante de la planète.


J'aime la couleur du couchant, doré de miel, somptueux paysages sans cesse renouvelés...
Jaune d'or et de lumière ! J'aime la jonquille aux reflets éblouissants, le bouton d'or et ses pétales flamboyants !
J'aime le feu qui pétille et crépite dans la cheminée : le feu s'anime, danse, sous nos yeux éblouis, le feu virevolte, tourbillonne, nous emporte dans ses rêves de lumière...
Soleils chaleureux de l'été du midi, soleils impérieux sur la mer, reflets aveuglants, étincelants sur les vagues sans cesse renouvelées... Mille soleils !
Lumières du sud pleines de langueur, si intenses !
J'aime les genêts couleur de miel, aux senteurs inoubliables et apaisantes, papillons d'or qui illuminent les paysages du sud...
J'aime les roses dorées, en somptueux habits de lumières, aux pétales épanouis qui se teintent de couleurs mordorées.
Champs de blé sous le soleil éclatant, champs de blé qui ondoient sous le vent et bruissent de lumières !
Fleurs pleines d'éclats : jonquilles couronnées, renoncules éblouissantes, anthémis, cytise, gentianes !
J'aime la fleur d'anthémis à la douce corolle, aux teintes nuancées, aux légères tiges ondoyantes.
Fleurs de forsythia abondantes aux grappes lumineuses qui rayonnent sur les branches !
J'aime la cigale rayonnante et ses chants mélodieux...cigales d'or aux couleurs d'ambre et de splendeur ! Douces musiques, doux échos répercutés dans les pins du midi !

Récession, chômage, émigration : l'Espagne vit des heures sombres... Après la Grèce, c'est au tour de l'Espagne d'affronter les pires difficultés : les manifestations contre le gouvernement en place se multiplient. Jeudi 25 avril, des heurts violents se sont produits entre les forces de l'ordre et les opposants au régime...
A Madrid des policiers, face à des jets de projectile, ont dispersé à coups de matraque des groupes de jeunes qui manifestaient en réclamant la démission du gouvernement. Quinze personnes ont été interpellées. Vingt-neuf personnes ont été légèrement blessées, dont treize policiers.
La bataille, la guerre contre les pauvres s'intensifient ! Il faut, c'est bien connu, s'attaquer aux plus faibles car la conquête et la victoire sont alors plus faciles !
Mais la désespérance des peuples peut conduire à des soulèvements, des révoltes...
Les jeunes touchés par le chômage voient leur avenir compromis irrémédiablement et leur ressentiment est légitime dans ce pays qui n'offre aucun espoir, aucune perspective, aucune solution à sa jeunesse si ce n'est l'exil.
"Ce gouvernement est une honte, les jeunes n'ont pas d'emplois" déclare une des manifestantes."La solution est de renverser le gouvernement, une ruine qui mène le pays à une catastrophe sociale" affirme un autre espagnol.
Après l'Espagne, ce sera le tour de l'Italie qui, elle aussi, connaît de nombreux problèmes : et partout les politiques appliquées sont les mêmes et n'ont qu'un résultat désastreux : asphyxier l'économie et réduire les peuples au désespoir...
L'Espagne souffre, elle se vide de sa population, de ses forces vives : on peut parler d'un pays à l'agonie.... Le gouvernement envisage aussi de revoir le système des retraites, ce qui pourrait ,selon la presse, déboucher sur un recul de l'âge de départ au-delà des 67 ans prévus par la loi actuelle...
Les professeurs devront enseigner la morale... Tâche difficile dans une société où les élites donnent souvent des exemples déplorables d'immoralisme : mensonges, malversations, fraudes fiscales, abus en tous genres, salaires exorbitants etc.
Le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, a confirmé que la morale laïque serait enseignée à partir de 2015 aux écoliers et aux collégiens : une heure minimum dans le primaire par semaine, une heure au collège, et pour le lycée, au minimum 18 heures annuelles.
Mais, au fond, l'enseignant qui fait son travail, qui transmet sans cesse des connaissances, des valeurs de travail, de sérieux, de compétences n'est-il pas à même de donner des exemples ? Ne fait-il pas de la morale tous les jours ? Le professeur inculque sans cesse la tolérance, le respect des autres, l'écoute, la politesse, la rigueur...
La morale vaut surtout par l'exemple, mais quand les hommes politiques défient cette morale, quand les parents dénigrent les enseignants, quand une certaine hiérarchie méprise les professeurs, les traite comme des numéros, est-il possible de mettre en valeur la morale ?
N'est-ce pas la société qui doit aussi transmettre cette rigueur morale ? N'est ce pas la société qui doit refuser les injures, les insultes, le rejet des différences ?
Si l'enseignant se doit de montrer une exemplarité, les autres ne peuvent s'en dispenser : sinon, tout s'effondre : il faut vraiment redonner du sens à l'honnêteté qui est souvent méprisée, aux règles de politesse qui ne sont plus respectées, au travail bien fait...
Comment transmettre de telles notions si la société les bafoue sans cesse, si le professeur lui-même n'est pas reconnu, si sa fonction est dévalorisée ?
Dans une société où l'argent est mis sur un piédestal, où il règne en maître, où seuls sont respectés ceux qui le possèdent, comment retrouver du sens pour les vraies valeurs ?
Dans une société où les banques, le monde de la finance imposent leurs lois et dirigent le monde, où les plus faibles sont écrasés, comment définir la morale ?
Dans un monde où l'on demande des sacifices aux plus pauvres afin de résoudre une crise qui n'en finit jamais, en quoi consiste la morale ?
Le capitalisme triomphant dans lequel nous vivons, la société de consommation effrénée qui nous emporte nous font oublier l'essentiel : le respect de l'autre, la solidarité, l'humanité même... l'essence de l'homme, le partage, la compréhension des souffrances des autres... Le capitalisme instaure les rivalités, l'égoisme, l'appât du gain... Et quelle est la part de morale possible dans un tel monde ?
Le travail, en France, accule certains à la désespérance et les suicides d'ouvriers, de salariés se multiplient sous la pression constante des plans de restructuration visant à la performance, à la croissance des entreprises : au nom du profit, que de vies humaines sont sacrifiées !
Un salarié de Renault s'est ainsi donné la mort dans la nuit de dimanche à lundi sur son lieu de travail à l'usine de Cléon en Seine-Maritime, laissant une lettre dans laquelle il dénonce "pression" et "chantage" de la part du groupe...
Il faut rappeler que trois salariés de l'usine Renault se sont suicidés sur leur lieu de travail entre 2006 et 2007. En octobre 2006, un ingénieur de 39 ans s'était donné la mort en se jetant d'une passerelle du Technocentre de Renault à Guyancourt, dans les Yvelines. Ce suicide avait été suivi d'un second en janvier 2007, puis d'un troisième le mois suivant.
Le monde du travail devient parfois inhumain et absurde : il pousse les salariés au pire, à l'inéluctable, à l'irréversible... La hiérarchie se fait de plus en plus pesante et lointaine surtout dans de grands groupes où les différents rouages font pression les uns sur les autres.
C'est Boris Vian qui évoque dans L'écume des jours, roman prémonitoire publié en 1947 l'univers des usines effrayant et terrible... un univers qui écrase et annihile les individus : d'ailleurs dans ce monde froid et glacé, l'individu n'existe plus : il devient un rouage de l'immense machine... il disparaît et s'efface devant le Dieu de la compétitivité et du profit !
Le travail a-t-il pour but d'anéantir les hommes ? Ne devrait-il pas procurer épanouissement et bonheur ? Alors que certains sont privés de ce précieux travail et connaissent le chômage, d'autres meurent de leur travail et de leurs conditions de vie dans des usines...
On perçoit bien les incohérences de notre monde : les hommes ont besoin de travailler pour vivre et ce travail leur enlève la vie ! Ce travail ne leur offre aucun avenir, aucune perspective : de plus en plus de salariés vivent dans des conditions inadmissibles... Et les nouveaux accords sur l'emploi, l'ANI, risquent fort d'aggraver la situation : on a de plus en plus l'impression de régresser et de retourner dans une époque révolue où l'ouvrier était soumis au bon vouloir et aux caprices d'une hiérarchie impitoyable...