Des rêves de vie meilleure, des rêves d'un ailleurs, des rêves de voyage vers des îles lointaines, qui n'en a jamais fait ? Encore plus quand on vit dans la misère...
C'est pourquoi cette chanson nous touche, car elle nous emmène dans ces rêves de bonheur idyllique, loin d'une réalité sombre et dure.
La chanson s'ouvre sur l'évocation des "docks", où "arrivent les bateaux" : le narrateur qui parle à la première personne raconte "le poids, l'ennui" qui lui "courbent le dos", symboles d'une vie triste, lourde, pesante...
En contraste, les bateaux, eux, apparaissent pleins de vie, de ressources : ils sont ainsi personnifiés :
"Ils arrivent le ventre alourdi
De fruits les bateaux"
Et la personnification valorisante se poursuit dans les vers suivants :
"Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux
Des idées vagabondes"
L'évocation fait aussi appel aux sens : sensation visuelle, d'abord avec des "reflets de ciel bleu", puis olfactive, avec cette expression :
"Traînant un parfum poivré
De pays inconnus
Et d’éternels étés"
Ces sensations sont merveilleusement agréables : "ciels bleus", "éternels étés" "Où l’on vit presque nus Sur les plages..."
C'est un monde idyllique qui est décrit, une utopie...
Et le narrateur, en contraste, évoque le lieu où il vit :
"Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord"
Le "gris" représente toute la tristesse, l'ennui d'un monde sans relief, que le narrateur voudrait quitter. On aime, au passage, l'expression imagée et familière : "débarbouiller le gris", c'est comme si l'on entendait la voix de ce narrateur, désireux de fuir un monde trop triste, et employant déjà le vocabulaire de la navigation, avant même de partir : " en virant de bord"...
C'est alors qu'intervient le refrain, avec des impératifs, comme une supplication, comme un cri :
"Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil"
Rêves de pays lointains, idylliques, quand la misère accable l'être humain : on est sensible à ces rêves d'une vie meilleure pour tous ceux qui vivent dans la misère... et on perçoit aussi avec l'utilisation du verbe "sembler" une forme d'illusion dont se berce le narrateur. Mais cette illusion est indispensable pour survivre.
Et le rêve semble se réaliser quand le narrateur "un verre à la main, avec des marins", "parlant de filles et d'amour", se voit en pensée, "enlevé et déposé un merveilleux été sur la grève..."
Le verbe de perception visuelle qui suit : "je vois" montre que ce rêve semble se concrétiser, un rêve d'amour :
"je vois tendant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au devant de moi"
L'indicatif, la personnification de l'amour rendent ce rêve quasi réel... Et la magnifique image qui suit : "Je me pends au cou de mon rêve" montre toute l'importance de ce rêve.
Et le rêve se poursuit, comme un espoir d'échapper à l'adversité :
"Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin"
Le narrateur en vient à évoquer l'espoir d'un prochain départ sur un "rafiot craquant De la coque au pont". On retrouve ici un vocabulaire familier qui nous fait entendre la voix du personnage.
Le narrateur imagine alors son voyage, "travaillant dans la soute à charbon", ne ménageant pas sa peine pour atteindre son rêve et le réaliser.
Et c'est un tableau idyllique qui suit, déferlent alors des images d'îles lointaines "Où rien n’est important Que de vivre"..., des rêves de "filles alanguies" qui "vous ravissent le coeur", un monde d'amour, de douceur, d'abondance, de beauté symbolisée par "les colliers de fleurs", tressées...
Le dernier couplet souligne encore ce besoin de partir vers un ailleurs que l'on pense meilleur :
"Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords"
Le verbe "fuir" montre une urgence, comme une libération, ce que suggère bien l'envie de partir "sans bagages".
On est ému dans cette chanson par le contraste entre le réalisme des évocations et les rêves de bonheur auxquels aspire le narrateur...
La mélodie vive marque comme un besoin impérieux de s'évader, et dans le refrain, elle se fait plus caressante, plus douce, comme un espoir infini de renouveau...
Pour mémoire :
Emmenez-moi (ou Take Me Along en anglais) est une chanson interprétée par Charles Aznavour, publiée pour la première fois en 1967.
Les paroles de la chanson sont de Charles Aznavour, alors que la musique et son arrangement sont de Georges Garvarentz.
Les paroles :
https://www.paroles.net/charles-aznavour/paroles-emmenez-moi