La nostalgie, le temps qui passe, la jeunesse enfuie : des thèmes universels qui nous touchent tous... On les trouve réunis dans cette chanson composée et interprétée par Charles Aznavour.
Le poète s'exprime à la première personne, dans une tonalité intimiste, et il s'adresse à chacun de nous de manière directe et familière, créant une connivence....
"Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître"
Et dès ce début, il est question de la fuite inexorable du temps... le mot "temps" revient dans les vers suivants dans l'expression "en ce temps-là", et l'emploi de l'imparfait souligne aussi une évocation dans le passé...
Le décor d'autrefois même pauvre, associé à la nature, à des fleurs de lilas, est comme magnifié, d'autant que le lieu d'habitation "Montmartre" est personnifié :
"Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres"
On perçoit aussi le réalisme de l'évocation avec des détails précis, ancrés dans le réel : "Montmartre, ses lilas..."
Le logis humble est décrit comme un "nid", une image de douceur, de réconfort qui évoque encore la nature...
C'est là que l'amour s'est épanoui :
"C’est là qu'on s'est connu
Moi qui criais famine
Et toi qui posais nue"
La pauvreté extrême a réuni deux êtres : la faim, le fait de poser nue pour survivre nous font percevoir la misère des deux amoureux.
Et pourtant, le refrain vient souligner un bonheur de vivre infini malgré le dénuement... La bohème, la vie d'artiste deviennent le symbole même du bonheur...
Dans le couplet suivant, c'est l'espoir de réussir, d'atteindre "la gloire" qui motive les personnages réunis "dans les cafés voisins", et malgré la misère, la faim, c'est la certitude d'y parvenir qui les anime...
La peinture, la poésie, la création artistique sont alors sources de vie, soit qu'une toile permette à ces apprentis artistes d'obtenir "un bon repas chaud", soit que la poésie les réunisse autour d'un poêle, effaçant les rigueurs de l'hiver.
Le refrain égrène encore un bonheur renouvelé, on entend la voix de l'amoureux au présent : "tu es jolie", un discours direct qui actualise le passé. Ce bonheur, c'est aussi la confiance dans l'avenir et la certitude d'avoir du "génie".
On entre ensuite dans l'intimité du couple... On voit le peintre "devant son chevalet passer des nuits blanches" pour peindre la jeune femme qui lui sert de modèle dans toute sa nudité, sont évoqués des détails intimes, "la ligne d'un sein", "le galbe d'une hanche".
Et on les retrouve "au matin, épuisés mais ravis" en train de partager "un café crème".
C'est l'amour qui les guide, les motive, comme le montre la répétition du verbe "aimer".
Le refrain vient encore souligner leur jeunesse, et leur insouciance.
Et le retour à la réalité présente est d'autant plus cruel dans le dernier couplet : les négations s'accumulent pour signifier que ce passé de bonheur et d'insouciance s'est totalement évanoui :
"Je ne reconnais plus
Ni les murs ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse"
"Je cherche l'atelier
Dont plus rien ne subsiste"
C'est la tristesse qui domine et "les lilas sont morts". La jeunesse s'est enfuie et le décor d'autrefois n'existe plus.
La dernière phrase du refrain : "La bohème, Ça ne veut plus rien dire du tout" souligne l'anéantissement total de la vie de bohème.
Voilà une chanson qui nous touche car elle a une valeur universelle : le temps de la jeunesse, même une jeunesse difficile, paraît précieux avec le recul du temps... on est sensible aussi au réalisme de l'évocation : on a l'impression de voir une succession de scènes filmées se dérouler sous nos yeux...
La mélodie ample, douce, suggère bonheur, tendresse à l'égard de ce temps de la jeunesse... Elle devient plus vive à la fin comme pour signifier une accélération du temps qui a anéanti ce bonheur.
Pour mémoire :
La Bohème est une chanson d'amour française, composée par Charles Aznavour et écrite par Jacques Plante, sur le thème de la vie de bohème, pour l'opérette Monsieur Carnaval de Charles Aznavour en 1965. La Bohème est devenue un des classiques de la chanson française.
Les paroles :
https://www.paroles.net/charles-aznavour/paroles-la-boheme