Dans le cadre de la fête de la science...
La bibliothèque Carré d'Art de Nîmes a invité Renaud Hétier, enseignant-chercheur en sciences de l'éducation : Renaud Hétier consacre ses recherches à l'écoanxiété et aux outils pédagogiques (littérature, contes, images) pouvant être utilisés avec les jeunes...
Il est l'auteur de deux ouvrages : Saturation, et L'humanité contre l'Anthropocène, résister aux effondrements.
Dans un premier temps, Renaud Hétier nous présente le plan de sa conférence :
1) L'anthropocène
2) Comment résister à l'effondrement ?
3) Importance du rapport à la nature dès l'enfance
4) La sensibilisation culturelle
I L'anthropocène
En 2000, le chimiste et Prix Nobel de chimie néerlandais Paul Josef Crutzen évoque pour la première fois le terme d' "Anthropocène". Antérieurement, au temps de l'Holocène, c'est la révolution agricole, rendue possible par le climat tempéré, qui avait engendré la civilisation néolithique.
L 'entrée dans l'Anthropocène est causée quant à elle par la "révolution industrielle" et donne naissance à notre civilisation productiviste et urbaine. Les activités humaines deviennent destructrices, elles deviennent une force géologique : ainsi, par exemple, la pollution plastique s'infiltre partout...
Un débat a vu le jour sur la réalité géologique de l'anthropocène : cela commencerait par la maîtrise du feu ou à partir de l'invention de l'agriculture mais cela ne bouleverse pas le système terre.
Cela pourrait venir de la conquête du Nouveau Monde : les colonisateurs créent un effondrement des populations autochtones.
Selon d'autres, l'anthropocène viendrait du décollage de la société de consommation massive dans les années 50. A partir des années 50, tout augmente : transports, tourisme, industries, consommation d'eau, d'engrais, de papiers, etc.
Nous n'avons pas eu conscience que nous autres les humains nous avons pu nous développer parce que nous avons trouvé des conditions favorables. L'histoire du progrès a été continue. Mais si on modifie ces conditions, l'habitabilité du système terre est menacée.
Ainsi, les calottes glaciaires en renvoyant les rayons solaires maintiennent une certaine stabilité du climat. Mais quand ces calottes glaciaires fondent et renvoient moins les rayons, on assiste à un réchauffement : plus la glace fond, plus il va faire chaud.
Des événements climatiques catastrophiques surviennent alors : un effondrement écologique se produit avec le début du capitalisme, au 15ème siècle, et la conquête du Nouveau Monde : c'est la première mondialisation, avec des violences sur certaines populations, puis c'est la marche vers l'industrialisation, les populations rurales s'urbanisent.
C'est le début de l'hyperconsommation, et d'une forme d'abstraction des relations qui se font de plus en plus à distance. La virtualisation s'impose, les jeux vidéos deviennent la première industrie culturelle. L'IA générative se développe. Nous perdons de plus en plus le contact avec la nature.
II Comment lutter contre cet effondrement ?
Ce effondrement est la conséquence de notre propre effondrement : à travers les différentes étapes, plus nous comptons sur nos technologies, plus nous perdons nos forces propres. Plus on utilise notre corps, plus il est opératoire. Avec la sédentarisation, les forces vont manquer.
Il convient de travailler notre autonomie en exerçant nos propres forces. Un travail sur soi-même doit être accompli : retrouver le sentiment d'être, des forces d'ordre psychologique.
Nous avons peur du vide : tout le monde est pris par un écran dans les autobus, les trains, à l'arrêt des bus... Le smartphone vient occuper le vide qui génère de l'angoisse...
III Importance du rapport à la nature
Il est important, dès lors, d'exercer les enfants au vide. Les enfants doivent apprendre à attendre, à patienter. Quand on attend, on fait silence... en forêt, on entend le bruit du vent dans les feuilles, le bruissement des animaux, on observe les arbres, la végétation, on découvre le monde. En réitérant ces expériences, on apprend à faire attention aux choses.
Pour qu'une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longuement. Mais avec l'accélération du monde moderne, notre attention se fragmente : sur un ordinateur, on peut faire plusieurs choses en même temps, l'attention est fragmentée.
Être, c'est déjà quelque chose, être peut suffire avant de faire quoi que ce soit.
Il convient aussi de faire une expérience de la solitude : on se retrouve alors face à soi-même. Supporter la solitude, c'est développer des capacités de penser, d'imaginer, le désir d'être et non d'avoir, de faire... il s'agit d'être créatif, de se donner ses propres objets. On est capable de penser, de rêver, de créer un monde.
Les classes dehors permettent une sensibilisation à la nature, la végétalisation des cours offre la possibilité d'observer la nature, et c'est apaisant.
Informer, expliquer, éviter le flou et le climatoscepticisme : c'est important aussi.
Un véhicule sur deux vendu en France est un SUV !
IV La sensibilisation culturelle
La littérature de jeunesse doit avoir une substantialité : parler de quelque chose d'important, elle doit être accessible.
Par exemple, cet ouvrage intitulé Les choses précieuses, écrit par Astrid Desbordes, illustré par Pauline Martin... Un magnifique hymne à la nature. En voici le résumé :
Parfois, quand Archibald se promène dans les rues, il s’arrête devant les vitrines pour regarder des choses belles et chères et souvent il aimerait les acheter.
Mais à bien y réfléchir, Archibald se dit que ces objets, une fois qu’on les possède, finissent enfermés dans des tiroirs, ou des armoires.
Au contraire, dans la nature, rien n'est enfermé... ni le vent, ni le rossignol, ni la rivière, ni la neige, ni le soleil.
"Depuis que je suis né, ils prennent soin de moi, je ne vois rien de plus précieux !" dit Archibald.
Il réalise que le rossignol qui lui apprend à chanter, le grand pommier qui lui offre un goûter, ou bien la lune qui reste allumée toute la nuit pour le rassurer… ces choses-là, elles, sont en liberté, elles ne lui appartiennent pas, elles ne sont ni rares ni chères et pourtant, quand Archibald y pense, il ne voit rien de plus précieux au monde.
Cet ouvrage permet de sensibiliser les enfants à une forme de spiritualité.
Un autre exemple de livre intéressant :
Ö de Guridi
L’ours Ö a décidé de ne pas hiberner !
L’occasion pour Guridi d’aborder le thème de l’écologie (réchauffement climatique, pollution).
Dans cet album tout commence par la couverture, le titre d'abord ce ö rond et intrigant, l'illustration ensuite noir sur fond blanc représentant un ours assis, pensif, rêveur, peut-être un peu triste… Voici qui annonce une étonnante lecture et étonnant cet album sans texte l'est sans aucun doute. On y découvre l'histoire de ö, un ours qui décide de se balader dans la neige plutôt que d'hiberner comme ses congénères. Il va dès lors découvrir les petits plaisirs de l'hiver, les flocons qui tombent sur son museau, les glissades sur la glace, la buée sortant en grand nuage de la gueule, les bonhommes de neige,... Mais aussi être confronté. à l'idiotie de l'humain, incapable de jeter ses déchets dans une poubelle. de cette lecture il résulte un album au discours écologique qui vaut surtout pour la beauté de ses illustrations en noir et blanc remplies de poésies et de vie.
Encore un autre livre :
Ton coeur bat au rythme de la terre de Claire Cantais :
Une jeune fille s’ennuie dans le train. Elle n’a plus de batterie sur sa tablette et finit par s’endormir. Elle se met à rêver d’une femme à la peau bleue et aux cheveux flamboyants qui lui souffle doucement de la suivre pour un périple imaginaire au cœur des forêts, le long des plages, au fond de la mer et dans le désert. Esprit de la nature, elle l’invite à un voyage initiatique au contact des éléments pour faire l’expérience physique de la fraîcheur du sous bois, du vent sur sa peau, de la fragrance des fleurs, du grondement de la cascade... Elle lui révèle la beauté de la flore et de la faune jusqu’aux secrets cachés des insectes, elle lui montre la nature riche, belle, généreuse.
Le train arrive en gare et la jeune fille se réveille. À la nuit tombée, elle court danser dans les herbes pour sentir le vent dans ses cheveux. Elle a appris à écouter son cœur battre au rythme de la terre.
https://www.revue-projet.com/comptes-rendus/2021-12-poche-l-humanite-contre-l-anthropocene/10929
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