Les Chinois sont partout : ainsi, des Chinois achètent en France des centaines d’hectares de terres agricoles... mais ils achètent aussi des terrains aux Etats-Unis... Malins, ces Chinois !
"La rivalité entre la Chine et les États-Unis se joue aussi sur le sol américain, avec une tendance qui inquiète sérieusement le Pentagone : les Chinois rachètent massivement des terres agricoles dans le pays. S'ils concurrencent les fermiers américains, ils s'installeraient également sur des terrains très proches de sites militaires sensibles... Pour faire du renseignement au profit de Pékin ?
C'est l'une des régions les plus agricoles des États-Unis : la Caroline du Nord. Ici, beaucoup de terres ne sont plus américaines, mais chinoises. La Chine rachète petit à petit toutes les fermes des environs. Elle y a même construit la plus grande usine de viande porcine au monde, bien loin de l'empire du Milieu. Pas de drapeau, ni de signes distinctifs, mais une simple pancarte : Smithfield. Derrière ce nom couleur locale, une entreprise privée en contrat avec le gouvernement chinois. Les caméras ne sont pas les bienvenues.
En Caroline du Nord, 99% des cochons élevés sont désormais chinois.
"Ils ont mis des gens comme moi sur la paille. Ils ont un monopole sur tout. Ils ont même des bouchers, la nourriture pour les cochons. On ne peut pas les concurrencer", assure Mitchell Porter, éleveur porcin. Lui est l'un des rares à posséder encore quelques bêtes. "C'est bizarre pour moi de voir un pays étranger produire de la nourriture ici. Je ne comprends pas pourquoi on les laisse contrôler nos intérêts. Qu’est-ce qui nous dit qu’ils ne vont pas arrêter quand ça leur chante ?", s'interroge-t-il.
Mais au-delà de la souveraineté alimentaire, il y a plus grave, selon les fermiers alentour. Sur la parcelle voisine, Paige Smart, agricultrice au S&K Farm Market, s'inquiète de la proximité des terres chinoises avec des bases militaires américaines.
"Je peux en citer au moins quatre, à moins de deux heures de route. La principale est à peine à 15 kilomètres. On se demande quelles sont les intentions des Chinois ici. C’est assez effrayant", dit-elle.
Cela lui rappelle de vieux souvenirs, quand en 2023, un ballon chinois accusé d'espionnage avait survolé la zone. "Le ballon a fini son périple juste à côté de notre ferme. Vous voyez les traces des avions de chasse qui encerclaient le ballon pour la battre. Apparemment, ici, c’est un endroit clé pour les Chinois", raconte l'agricultrice.
Et la Caroline du Nord est loin d'être une exception. Sur une carte se trouvent les comtés où des Chinois ont acheté des terres agricoles au cours dernières années, de parfois seulement quelques kilomètres carrés. Beaucoup se trouvent à proximité de bases militaires stratégiques.
Pour Holden Triplett, ancien directeur du FBI à Pékin, spécialiste du contre-espionnage, il n'y a pas de doute : "On a déjà vu ce schéma. Ils n'achètent pas des terres n’importe où ou par hasard. Nos renseignements ont des informations fiables, qui disent que c’est une opération en cours. Ils peuvent utiliser ces terres pour du renseignement, intercepter des communications... Et surveiller ce qui rentre et sort des bases est beaucoup plus simple en étant sur place."
Le gouvernement américain est d'autant plus inquiet que depuis une loi de 2017, les entreprises privées chinoises aux intentions purement commerciales peuvent être contraintes par Pékin à participer à des opérations de renseignement. Mais certaines éveillent très vite les soupçons. Dans les plaines du Dakota du Nord, des champs à perte de vue, et une base militaire. C'est l'une des plus stratégiques du pays. C’est là que sont testés les drones du futur et les innovations de défenses anti-aériennes. Une société chinoise a voulu s’installer à peine à 20 km de là.
"Notre propriété était juste là", montre Gary Bridgeford, un agriculteur. Il dit avoir été approché pour un contrat juteux et l'obligation de signer un accord de confidentialité. "On était déjà en plein processus de vente quand j’ai su qui était vraiment derrière. Ils offraient un prix de promoteur, plutôt que le prix classique d’un projet agricole. Plus de deux fois ce que j’aurais pu obtenir pour ces terres normalement", poursuit-il.
Les voisins ont tiré la sonnette d’alarme, intrigués par une succession d’éléments suspects. "Au début, ils s’appelaient Fufeng. Quand on a commencé à s’y intéresser, c’est devenu Fufeng USA, ils ont changé leur nom", note Craig Spicer, propriétaire d’une société de transport agricole. "Dans leur usine de maïs, ils voulaient des tours de refroidissement de 90 mètres de haut. C’est du jamais vu. Des tours aussi hautes, la norme c’est 45 mètres, c’est tout. (...) Sûrement pour accéder au ciel et à toutes les informations qui s’y trouvent", observe quant à lui Frank Matejcek, un autre agriculteur.
Le Pentagone est intervenu et a cassé la vente. "La base aérienne voisine craignait une opération d’espionnage", soutiennent les agriculteurs.
L'entreprise chinoise n’a pas souhaité répondre aux questions des journalistes. Ce sont finalement des investisseurs belges qui ont acheté les terres. Le gouvernement américain vient d’annoncer un projet de loi pour interdire à l’avenir à la Chine et aux autres pays étrangers rivaux d’acheter les terres agricoles ici aux États-Unis."
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