Coccinelle en haut de l'article auteur : Cayron Gilbert creative commons
ROSEMAR

Aspioles de vermillons, rosaces de pourpre, balantines de fleurs enroulées sur elles-mêmes...
Teintes de feux, soie de papillon fragile et gracile, la balsamine enflamme ses corolles de rouges imprimées d'un blanc de lys... veloutines, pétales largement déployés offerts au regard, la balsamine libère ses éclats de couleurs...
Des tiges de veines rouges, des feuilles finement dentelées d'épis légers subliment les fleurs.
Les feuilles allongées, panaches élégants, veinées de rouge, lancent leurs flammes de verts autour des pétales, elles s'enroulent autour des fleurs somptueuses.
Eclats d'amarante, de blanc, la balsamine découpe ses pétales en ailes de papillons veloutées et subtiles...
Balsamine ! Baumes de couleurs, baumes d'élégance, de finesse !
Sous la fleur, une tige souple s'évase, aux couleurs de roses, fine, délicate, légère !
Douceur et éclats des teintes !
Les feuilles d'un vert sombre s'éblouissent des couleurs de la fleur... Fleur de l'ombre, fleur discrète et flamboyante à la fois, la balsamine s'épanouit sous nos yeux, s'arrondit de ses calices feutrés...
Elle fait voltiger des papillons de fleurs, des pétales en formes d'ailes aériennes, des rosaces, des volutes, des enroulements de couleurs.
Elle déroule des formes voluptueuses, des couleurs contrastées, des tourbillons, des valses qui virevoltent !
Sur le vert foncé des feuilles, les pétales flamboient, font exploser leurs couleurs de blanc, de feux !
"On n’a pas évoqué une chose quand on l’a appelée par son nom. Les mots, les mots, on a beau les connaître depuis son enfance, on ne sait pas ce que c’est", a écrit Henri Barbusse, dans L’Enfer...
Les mots constituent un réseau, un monde complexe de significations diverses, de sons différents, d'échos, de résonnances, de musiques. Ils nous permettent de penser, de communiquer, de dire, d'exprimer tellement de nuances !
D'abord, ils mettent en jeu des sonorités plus ou moins douces, des voyelles plus ou moins aiguës. Les mots associés ne créent-ils pas une sorte d'harmonie musicale ? On peut, grâce à eux, entendre la violence terrifiante et terrible d'un combat, la douceur apaisée d'un soir d'automne, un moment de mélancolie alanguie.
On peut entendre un cri de douleur : "Ah longues nuits d'hiver de ma vie bourrelles/ Donnez moi patience et me laissez dormir !", écrit Ronsard, dans un de ses derniers poèmes, où il évoque ses souffrances, ses nuits d'insomnie.
Les mots chantent, crient, parlent, racontent : ils ont parfois plusieurs sens : la "grève" nous fait voir une plage qui se déroule à l'infini, ce même mot nous fait entendre des ouvriers en colère qui manifestent, qui hurlent, qui défendent leurs droits.
Le nom commun "pompe" désigne tantôt le faste, la magnificence, tantôt un appareil qui sert à pomper de l'eau, il peut, même, évoquer familièrement une paire de chaussures.
Certains termes ont un sens péjoratif, d'autres une connotation élogieuse et valorisante : un "bellâtre", une "pécore" nous sont peu sympathiques. D'autres sont dotés de suffixes à valeur affectueuse : une "fillette", une "maisonnette".
Les mots peuvent se combiner entre eux : véritables carambolages de mots ! Le verbe "écrabouiller" est bien la contraction de deux vocables : "écraser et bouillie".
Les mots comportent aussi de nombreuses connotations par association d'idées : la mer évoque l'immensité, le voyage, la liberté, le mouvement, l'évasion.
Les mots forment des ensembles, des familles indissociables : clamer, clameur, acclamer, déclamer, s’exclamer, proclamer, réclamer...Clara, clarifier, clarinette, Clarisse, clarté, déclarer...
Les mots possèdent une histoire, leur sens évolue, dérive, se modifie à travers le temps....

Le supermarché : voilà un lieu banal et ordinaire, que tout le monde fréquente, même les pauvres, même des SDF, on en voit de plus en plus errer dans les galeries ou à l'intérieur du magasin.
Le supermarché nous fait, parfaitement, découvrir ce que sont devenues nos sociétés... un monde d'inégalités permanentes : le rayon discount côtoie le rayon bio, réservé aux plus riches.
Le supermarché est savamment organisé et orchestré pour inciter à l'achat compulsif : à l'entrée du magasin, on trouve une sorte de sas qui a pour but de monopoliser l'attention sur l'actualité du moment, Noël, le printemps qui arrive, Pâques, la Toussaint, le premier mai etc.
Le rayon beauté est habilement placé après l'entrée, puis viennent celui des vêtements et enfin celui des achats plus ordinaires et quotidiens.
La musique rythme le passage des clients, une musique d'ambiance souvent assez douce pour créer une impression agréable.
Le client flâne dans les rayons, choisit lui-même ses fruits, ses légumes, y passe de plus en plus de temps, tout semble offert et si accessible !
Le supermarché devient un vrai temple de la consommation, avec ses rites, ses habitudes : le choix du caddie, les sacs à emporter pour récupérer les marchandises, les achats, souvent, dans le même ordre immuable, le paiement en caisse, avec, parfois, des files d'attentes.
Le paiement s'effectue, désormais, le plus souvent, par carte bancaire, parfois par chèque, plus rarement en liquide...
Le supermarché n'est-il pas un condensé de nos sociétés, n'est-il pas un révélateur ? On ne voit pas la couleur de l'argent mais c'est bien l'argent qui est au centre du système : la carte bancaire facilite les achats... plus de compte savant à faire, plus de rendu de monnaie, tout semble si accessible, si facile : il suffit de taper toujours le même numéro pour payer ses achats.
Le supermarché s'embourgeoise : on y trouve, de plus en plus, des produits de luxe regroupés dans un même rayon : des produits rares, exotiques, biologiques, et évidemment les prix se hissent à la hauteur de ces marchandises d'exception.
Les rayons sont spacieux, larges et permettent une bonne circulation des caddies, le client est habilement cerné par toutes sortes de produits qui s'étalent et s'étagent.
Les prix sont, sans cesse, revus à la hausse : d'ailleurs la note, en fin de parcours, est de plus en plus salée : dans ce lieu de consommation, on use de tous les moyens pour inciter les gens à acheter, à se sentir bien, à apprécier l'ambiance...
Le supermarché ne nous donne-t-il pas une impression d'autonomie, de liberté totale ? On choisit les produits, on les pèse sur des balances prévues à cet effet au rayon fruits et légumes, mais en fait, les gens sont canalisés, robotisés, conditionnés pour l'achat.
Les couleurs, les affiches voyantes dirigent les regards, les orientent : l'homme devient un robot acheteur et ne peut guère y échapper...
Bercés par la musique, éblouis par les emballages, les clients suivent docilement l'ordre des rayons.
Le supermarché nous permet de regrouper nos achats : pratique, spacieux, entouré de galeries marchandes, d'un parking pour se garer, il devient un lieu incontournable, indispensable : qui pourrait désormais, s'en passer ?
Notre monde est devenu celui des super et des hypermarchés : monde de démesure, de consommation, de confort, oui, le supermarché résume parfaitement nos sociétés...
Luxe, pauvreté, apparences trompeuses, inconscience, aveuglement, hubris,argent caché, secret, abondance, surabondance, gaspillage, tout y est.