ROSEMAR
Un châtaignier qui chante : des poutres qui craquent dans une maison, tout le monde est sensible aux bruits du vieux bois... Jean Ferrat en a fait une chanson pleine de charme et de poésie.
Le châtaignier, devenu charpente, est personnifié : il est présenté comme l'âme de la maison. Les poutres crient, se plaignent de ne plus porter de châtaignes. Cet arbre semble envahir la demeure, "la baraque, le grenier".
Cet arbre est doté de sentiments : il semble se plaindre de l' oppression du toit qui pèse... il est, aussi, doté de souvenirs : il se souvient de ses origines, il chante, donc, la chanson des bois que seul le poète entend, une chanson pleine de douceur : on peut imaginer, alors, sous nos yeux, l'image d'un bois de châtaigniers envahis d'oiseaux.
Les verbes "entendre, chanter" répétés de manière insistante nous font écouter la musique de ces poutres de bois : la voyelle nasalisée "an" revient pour suggérer une impression de légèreté, de tendresse.
La gaieté, c'est bien l'impression qui ressort de cette chanson... D'ailleurs, le châtaignier est symbole de vie et sa chanson est remplie de douceur et de joie.
On est sensible à la belle personnification qui joue sur le sens des mots et qui fait de la poutre une femme amoureuse : "la poutre-maîtresse" doit supporter le poids de tout le toit.
Le châtaignier est aussi le protecteur de la maison, il sert d'abri contre "le froid, la neige". Des mots simples, parfois familiers "baraque, bicoque" donnent une impression de bonheur vrai.
A la fin de la chanson, l'arbre est même assimilé à un artiste qui sait charmer l'auditoire de sa voix, de ses messages, tel un amoureux de la vie : on perçoit, là, l'image même du poète qui a écrit ce texte : le châtaignier et Jean Ferrat sont ainsi réunis et associés. La complicité est évidente puisque le poète est le seul, dans la maison, à entendre la chanson de l'arbre.
On ressent tout un amour de la nature, de la simplicité, des arbres. On entend les poutres craquer et on est ébloui par l'émerveillement du poète.
La nature est en harmonie avec le monde des humains : si l'arbre se plaint, c'est pour signaler sa présence bienveillante et protectrice, si l'arbre chante, c'est pour bercer les insomnies du poète.
La mélodie légère traduit un bonheur de vivre, une grande harmonie.
La démesure, l'argent, la corruption, la tyrannie d'un pouvoir qui n'hésite pas à martyriser ses opposants, l'exploitation de pauvres migrants, les droits des homosexuels bafoués et anéantis : voilà le tableau du pays où se déroulent actuellement les jeux olympiques.
Grande célébration du pouvoir russe, de l'argent ,ces jeux ne suscitent-ils pas, à bien des égards, écoeurement, et dégoût ?
Certes, le sport mérite d'être mis à l'honneur, mais à quel prix ? Au prix de milliers de travailleurs utilisés pour faire en sorte que les installations soient livrées à temps : la Russie a fait appel à environ 16.000 étrangers pour finaliser les travaux de Sotchi. Plusieurs ONG ont dénoncé leurs conditions de travail déplorables, et les comportements xénophobes dont ils ont été victimes.
Contrastes de couleurs étonnants : sur le ciel azuré, des branches, des ramilles sombres ou lumineuses se détachent, se croisent, s'entrecroisent, se superposent en des tissus duveteux et subtils : l'azur s'étonne de ces splendeurs de l'hiver.
L'azur resplendit de ces lueurs : des résilles de feuilles automnales ruissellent sur l'arbre, s'épanchent claires, ocrées, ou obscures, créant des tableaux d'une infinie douceur.
Sur l'onde bleutée du ciel, des brindilles menues, fines, subtiles captent le regard, tissent des motifs variés de blessures, de tresses lumineuses.
Les branches s'éclairent de la lumière du soleil, d'autres se révèlent en habit de deuil et de tristesse, d'autres noircies pleurent l'hiver.
Eclairs de feu et de noir se mêlent dans ce tableau somptueux : les arbres se parent des fourreaux de l'hiver, ils s'habillent de teintes sombres ou lumineuses... roux, blancs, bruns se mêlent dans une harmonie de teintes inouie.
Le ciel bleu avive les couleurs sombres, leur donne de l'éclat, le ciel bleu crie les splendeurs de l'hiver.
Les arbres se dressent sur l'azur, majestueux, superbes et triomphants, ils imposent leur silhouette de fils, d'entrelacs, de filaments.
Les arbres se hissent, formant des réseaux de lumières...les branches les plus sombres ressortent, se détachent, fumerolles de noir sur le ciel clair.
Les arbres rayonnent, resplendissent d'embruns, d'écumes de roux, de blanc, d'ocre.
Ils illuminent l'azur d'une nuée de ramures, d'un brouillard de filaments ténus et subtils.
Le ciel bleu, serein, est ébloui, subjugué par ce spectacle....
Photos : rosemar
"La mer perfide hululait doucement", écrit Giono, au début de son roman, Naissance de l'Odyssée : Ulysse écoute le murmure de la mer, alors qu'il est étendu, harassé de fatigue, sur une plage. Il vient d'échapper à un naufrage et semble renaître peu à peu à la vie.
Que de poésie dans cette simple phrase ! Que de résonnances !
Le verbe "hululer", employé dans cette expression, crée un effet poétique particulier, ce verbe étant le plus souvent associé à un oiseau nocturne : il signifie "crier ou pousser un long gémissement" : grâce à ce mot, la mer s'anime sous nos yeux, lance des cris.
La mer est doublement personnifiée puisqu'elle est, aussi, qualifiée de "perfide".
Ce mot "hululer" très expressif est, en fait, une onomatopée qui reproduit dans ses sonorités le cri de l'animal, le hurlement plaintif de quelqu'un qui crie, qui se lamente : la voyelle et la consonne redoublées miment ce cri : on a l'impression de l'entendre. On perçoit des bruits qui reviennent, le sac et le ressac de la mer, ses flux et ses reflux.
De nombreux mots qui évoquent des cris, des paroles sont des onomatopées : ainsi, les deux verbes "murmurer, marmonner" désignent le fait de parler entre ses dents, de manière indistincte...
La mer mugit et Ulysse, qui semble épuisé de fatigue, se laisse bercer par ces échos qui lui parviennent des flots, des échos pleins de douceur. Ses jambes sont comparées à des "algues", ses bras à des"fumées d'embrun".
Ainsi fusionnent le monde humain et la nature : ils semblent se confondre.
Comment ne pas être sensible à l'originalité de la phrase de Giono qui contient à la fois l'idée de cruauté des flots, et une impression agréable : le murmure des vagues sur la grève, un murmure apaisant ? Comment ne pas être sensible à cette harmonie qui réunit l'homme et la mer ?
La phrase construite sur des jeux d'opposition attire aussi notre attention, nous étonne, nous éblouit.
Une simple phrase nous fait entrer dans un univers poétique, fait d'images, de personnification, de contraste : c'est, là, la magie de l'assemblage des mots ! c'est, là, la magie du langage !
Les sonorités elles mêmes sont révélatrices : on perçoit la rudesse de la perfidie, à travers la consonne "r" contenue dans ce mot, et on ressent une forme de délicatesse grâce à la sifflante s" de l'adverbe "doucement".
Voilà une harmonie faite de contrastes d'idées et de sonorités, voilà une harmonie qui nous séduit et nous captive.
Sans cesse, dans son oeuvre, Giono nous montre une nature animée, vivante, mystérieuse : il réunit le monde humain à la nature qui l'entoure...
Personnifications, images, fusion de deux univers différents, Giono nous fait goûter à l'essence même de la poésie.


Tout le monde connaît cette chanson intitulée :"Elle est d'ailleurs", un poème d'amour d'une grande limpidité, tout en douceur et simplicité : Jean Pierre Lang et Pierre Bachelet ont écrit et composé, là, un chef d'oeuvre de poésie.
Le regard de la jeune femme, reflet de l'âme et de l'être est d'abord souligné : des "lumières" au fond des yeux, qui rendent "aveugles ou amoureux" : c'est bien l'éblouissement de l'amour qui est ici évoqué... puis ses "gestes de parfum" sont mis en valeur, belle expression qui associe la perception visuelle et la sensation olfactive : on perçoit un sillage qui suit la bien-aimée, femme de mystère, lointaine, inaccessible.
On voit des gestes si émouvants que le poète est comme étourdi, ebloui : il se transforme lui-même et devient "bête" stupéfiée, face à tant d'harmonie.
La femme silencieuse et lointaine est d'autant plus éblouissante : " elle a de ces manières de ne rien dire qui parlent au bout des souvenirs", l'oxymore "ne rien dire/ parler" accroît l'impression de mystère qui entoure la jeune femme.
Les gestes, les mouvements les plus simples sont magnifiés : une manière de traverser une rue au quotidien, une façon de se pencher à une fenêtre.
L'évocation se précise avec la description des mains, celles d'une "dentellière" : la référence au célèbre peintre Vermeer transforme la femme aimée en une oeuvre d'art, un tableau plein de lumières et d'éclats.
Enfin, la silhouette apparaît : une silhouette vénitienne, digne d'une peinture de Véronèse. Venise, ville de splendeurs, des arts les plus divers est ainsi associée à la bien-aimée.
Le refrain insiste sur la force de cet amour, qui mène à une forme d'esclavage devant "un sourire et un visage"... Le poète est prêt à suivre cette mystérieuse inconnue partout... l'amour conduit inévitablement à une sorte de douce aliénation.
Le refrain insiste sur l'idée de distance, d'éloignement : "Elle est d'ailleurs".
La jeune femme semble appartenir à un autre monde : les mots, et l'amour, pour elle, sont "sans valeur" et elle laisse le poète sans réponse, dans l'incertitude.
Ainsi, le poète retranscrit tous les mystères de l'amour, souvent inexplicable : un regard, des gestes, une silhouette suffisent à émouvoir.
La sifflante "s" est utilisée de manière récurrente, donnant une impression de douceur infinie : " ces lumières, c'est sûr, souvenirs, traverser, ce sourire, ce visage, sillages, elle passe, sans valeur, cette silhouette, ses persiennes, ce geste, esclavage".
Le thème de l'étrangeté de l'amour est bien illustré dans tout le texte : incompréhensible, il est auréolé de mystères, de brumes, d'incertitudes.
La femme devient un être difficile à cerner, alors que ressortent sa grâce et sa beauté. Les mots sont pleins de force et d'émotions : le poète tombe "en esclavage", il devient "chien", les mains de la jeune femme pourraient "damner l'âme d'un Vermeer."
La séduction est, ainsi, présentée comme un pouvoir irrésistible, auquel l'amoureux ne peut échapper.
La mélodie douce, mélancolique s'égrène lancinante et traduit bien l'admiration, le bonheur, l'émotion de croiser la femme aimée et rêvée.