ROSEMAR
En Espagne, une nouvelle loi menace de restreindre le droit à l'avortement : régression scandaleuse qui va conduire certaines femmes à avorter clandestinement, dans des conditions inacceptables, alors que d'autres, disposant de moyens financiers, pourront se rendre à l'étranger pour pratiquer un avortement.
En France,le collectif "La Marche pour la vie" a appelé à manifester, dimanche 19 janvier, à Paris, à la veille d'un débat à l'Assemblée nationale et dopé par la décision de l'Espagne de restreindre le droit à l'interruption volontaire de grossesse.
Comment peut-on revenir en arrière ? Le recours à l'avortement doit être accessible à toutes les femmes : une grossesse non désirée peut être un désastre dans la vie d'une femme...
Sous couleur de défendre la vie, certains s'acharnent à ne pas voir tous les dangers de ces restrictions du droit à l'avortement : des femmes en détresse, des femmes isolées, des femmes désespérées face à une grossesse non désirée et qu'elles ne peuvent assumer.
Ces restrictions aggravent aussi les inégalités entre les femmes, celles qui ont des moyens et celles qui n'en ont pas, celles qui pourront se rendre à l'étranger et celles qui ne le pourront pas.
Ces droits ont été acquis de haute lutte, il est inadmissible de les voir régresser dans certains pays !
Assez d'hypocrisie ! Ce sont les femmes qu'il faut protéger, secourir en cas de détresse...
Il ne faut pas les punir doublement en leur refusant une possibilité de sortir de situations difficiles : la crise sévit un peu partout en Europe, ce n'est pas le moment de l'aggraver en faisant régresser les droits des femmes !
Le pape lui-même a voulu soutenir cette "marche pour la vie". Le pape François a exprimé « l’horreur » que suscite en lui l’avortement et appelé les gouvernements à défendre la famille.
Une "marche pour la vie" ? Et la vie des femmes saccagées par une grossesse non désirée ?
Et la vie des femmes, soumises à des difficultés grandissantes, quand elles se retrouvent seules pour assumer un enfant et son éducation ?
Et la vie des femmes qui auront recours à des moyens illicites et dangereux pour avorter ?
Il faut protéger les vivants, les femmes qui sont les plus fragiles face à la crise, faire preuve de compassion face aux malheurs du monde !
La compassion n'est-elle pas une qualité chrétienne essentielle, le secours aux plus démunis n'est-il pas indispensable ?
La religion chrétienne, arc-boutée sur cette idée de préserver la vie à tout prix, en oublie les réalités auxquelles sont confrontées certaines femmes dans un monde en crise, elle en oublie les vraies valeurs chrétiennes : l'aide apportée à celles qui souffrent, à celles qui subissent de plein fouet la crise et ses conséquences.
Oui, la vie doit être protégée, notamment la vie des femmes soumises à la crise, à la détresse, à la misère !
En temps de crise, les régressions auxquelles sont soumis les femmes et les hommes ne cessent de s'alourdir : des droits ont été acquis, il faut les défendre par tous les moyens !
Jean Ferrat a chanté, maintes fois, des textes d' Aragon, la douleur de vivre... la douleur des gens miséreux qui souffrent, vagabonds du monde.
Aragon évoque, ainsi, dans un de ses poèmes intitulé : "J'entends", mis en musique par Jean Ferrat, la résignation des pauvres, leur absence de colère, leur peu d'exigences, car ils savent se contenter d' un simple "feu" de bois pour se réchauffer.
Le poète entend, écoute leurs voix, leurs propos familiers et ordinaires et porte un regard attentif sur eux : ils ne sont que" pierres tendres tôt usées", "aux apparences brisées". L'image traduit bien la violence et les dures conditions de vie de ces êtres exclus, rejetés hors du monde : les voilà transformés en objets, pierres sur le chemin que l'on peut fouler aux pieds.
Le regard que porte le poète sur ces pauvres êtres lui "arrache l'âme" jusqu'au désespoir : on perçoit une détresse partagée par l'auteur qui ne supporte pas la vision de ce malheur absolu et injuste.
Par la triple répétition de l'adjectif "profond" associé au malheur, Aragon souligne l'abîme insondable de misère et de détresse de ces exilés du monde.
Et pourtant, tous voudraient espérer un avenir meilleur représenté par "un ciel bleu" d'azur, vaines espérances qui ne sont que "miroirs aux alouettes".
Le poète, lui-même, se berce d'espoirs, et il voit alors combien tous ces êtres lui ressemblent, sont à son image : celle d'une humanité souffrante, misérable comme le suggèrent des comparaisons : nous sommes tous des"grains de sable" insigifiants, nous sommes "sang versé et doigts blessés", images même de la douleur humaine...
Malgré ces ressemblances, la rencontre semble, pourtant, impossible entre le poète et ces êtres perdus : une trop grande distance les sépare, et c'est bien ce qui se passe, aussi, dans la réalité : on a l'impression de mondes parallèles qui se côtoient sans jamais communiquer vraiment, comme si tout dialogue était impossible à cause du fossé qui sépare les êtres.
Et pourtant, l'humanité vit sous les mêmes régles : parfois un enfer de douleurs, la mort, le port commun des hommes...mais l'impuissance à aider les plus pauvres est bien réelle et le poète affirme sa volonté d'être utile tout en constatant une forme d'incapacité..."un rêve à la fois modeste et fou"...un rêve qui semble irréalisable et qu'il faudra enterrer avec le poète comme "une étoile au fond du trou."
L'image finale de l'étoile traduit bien l'idée d'un rêve impossible : aider les plus humbles qui sont à notre image se révèle souvent une mission difficile, tant le fossé qui sépare les gens est grand.
Pourtant, ce rêve apparaît comme une lumière, il est "modeste" et devrait, de fait, être accessible à tous.
Ce poème d'Aragon plein d'humanité, d'humanisme, évoque à la fois le malheur de la condition des hommes, mais aussi les difficultés d'aller au devant des plus pauvres comme si un abîme séparait les uns et les autres...
On peut constater toute l'actualité de ce texte : avec la crise, le nombre de miséreux ne cesse de croître et ils vivent dans un un monde à part comme si un fossé les éloignait de nous.
La mélodie qui accompagne le texte oscille entre espoir et désespérance par sa limpidité, ses notes désabusées...
Vidéo : Jean Ferrat
https://youtu.be/LUb7uIYUHCo