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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 13:19
Une société du chiffre...

 

 

 

 

Nous vivons dans une société du chiffre, dans un monde de rentabilité à  outrance : les marchés se focalisent sur les chiffres de la croissance. Si ces chiffres sont bons, tout va bien. Si la croissance est à la baisse, c'est un sujet permanent d'inquiétude...

 

Les établissements scolaires sont, maintenant, tenus de faire du chiffre : chaque année, sont publiés les chiffres de réussite au baccalauréat et les lycées sont classés en fonction de ces critères.

Le chiffre ! Le maître mot de nos sociétés !

 

"Travailler plus pour gagner plus...", on se souvient, aussi, de ce slogan célèbre qui a été en faveur, lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

 

Et dans de nombreux domaines, le chiffre est essentiel.

Les médecins, dès que leurs patients entrent dans leur cabinet, exigent d'eux leur carte vitale, avant même de s'enquérir de leur santé.

Dans les cliniques, les hôpitaux, la rentabilité est à l'ordre du jour : multiplication de certains examens, interventions chirurgicales, scanners, radios, échographies, à la chaîne.

Certains médecins privilégient des traitements onéreux, peu pratiques pour le patient : prescription d'une série de piqûres qu'on peut remplacer par des médicaments plus faciles à absorber, et moins chers.

 

Dans les entreprises, les actionnaires réclament du chiffre, toujours plus de chiffre.

 

Les chaînes de télévision sont notées et cotées en fonction de l'audience qu'elles recueillent pour tel ou tel programme.

On a, ainsi, appris que M6 avait obtenu une audience exceptionnelle, lors de la diffusion du match France Islande ! 17 millions de spectateurs, un record !

 

Mais, ne serait-il pas temps de revenir à plus d'humanité ?

Ne serait-il pas temps d'oublier le chiffre ?

Les êtres humains ne sont pas faits pour vivre sous le règne du chiffre. Ils ont besoin, en maintes circonstances, d'un certain humanisme.

Et cet humanisme tend à disparaître dans un monde voué au chiffre, et à la rentabilité.

L'être humain s'enrichit d'expériences, de contacts avec autrui : soumis à cette pression du chiffre, il ne peut plus s'épanouir et acquérir l'indispensable sérénité dont il a besoin.

 

Arrêtons de nous soumettre au chiffre ! La tyrannie du chiffre nous conduit aux pires dérives !

L'être humain n'est pas fait pour vivre sous la domination de la rentabilité : ce n'est pas, là, le but d'une vie.

 

Il faut redonner d'autres repères, d'autres objectifs à l'être humain et à la société dans son ensemble.

Le chiffre ne nous rend pas heureux, il annihile l'individu, le soumet à une rentabilité, l'inclut dans une masse, au lieu de lui accorder toute sa valeur.

C'est l'humanisme qui enrichit l'homme, c'est l'humanisme qui lui apporte un épanouissement et un bonheur de tous les jours.

 

 

 

 

 

 

Une société du chiffre...
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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 13:40
Pour redécouvrir Rabelais... le thème de l'éducation...

 

 

 

Dans le Gargantua, de nombreux chapitres sont consacrés à l'enfance du héros...

 

Aucune oeuvre du 16 ème siècle n'explore autant ce temps de l'enfance : Rabelais évoque la sexualité infantile, la découverte de la propreté, et, bien sûr, le thème de l'éducation, si important pour les humanistes...

Voilà un thème on ne peut plus moderne : l'éducation reste un sujet d'une brûlante actualité, un problème contemporain qui nous concerne tous.

 

Le jeune Gargantua est d'abord confié à un premier maître qui s'appelle "Thubal Holoferne", un grand docteur en théologie, dont le nom biblique a une fonction critique : il révèle l'aspect poussiéreux du personnage....

Ce précepteur représente les théologiens de la Sorbonne, des sophistes qui dissertent dans le vide.

Gargantua est, ensuite, éduqué toujours selon  des méthodes médiévales, par "maître Jobelin Bridé", et ce nom est, encore une fois, un sobriquet qui sert à dénoncer la stupidité de cet éducateur...

 

Ainsi, les noms ont souvent une signification dans l'oeuvre de Rabelais : "nomen est omen", le nom est un présage, disait-on souvent à cette époque.

 

Rabelais s'attache à ridiculiser les méthodes d'éducation vieillissantes et dépassées de ces précepteurs...

 

Il dénonce, avec virulence, la paresse, la vulgarité du jeune Gargantua soumis à ces maîtres : l'élève se réveille tard le matin, puis on le voit se vautrer dans son lit, grâce à une succession de verbes expressifs et évocateurs : "se gambayait, penadait et paillardait parmi le lit" ("il gambadait, bondissait, se vautrait dans son lit.")

 

Les imparfaits à valeur itérative soulignent tout le temps perdu à se livrer à ces vaines activités...

 

La toilette se résume à la plus simple expression :"se peigner de peigne d'Amain, c'était des quatre doigts et le pouce..."

L'hygiène et les exercices physiques sont, ainsi, totalement négligés.

 

Le vocabulaire grossier qui suit souligne le manque d'éducation du jeune élève : "fientait, pissait, rendait sa gorge, rotait, pétait, bâillait, crachait... se morvait en archidiacre..."

 

Gargantua engloutit, ensuite, un repas copieux où la diététique est complètement absente : "belles tripes frites, belles carbonnades, beaux jambons, belles cabirotades, et force soupes de prime..."

L'énumération et les pluriels soulignent la démesure et l'excès de ce déjeuner... Le gigantisme des personnages est, comme souvent dans l'oeuvre de Rabelais, au service de la satire.

 

Et comme Ponocrates, un nouvel éducateur, lui adresse des remontrances, Gargantua lui répond, avec une assurance pleine d' insolence.

Ponocrates, dont le nom signifie "la force du travail", représente, lui, une éducation nouvelle, moderne qui privilégie l'effort et la véritable culture...

 

Gargantua prononce, alors, un discours creux et vain, il se réfère à des autorités, celles de ses maîtres, au lieu d'argumenter en bonne et due forme...

Il montre, ainsi, qu'il ne sait pas réfléchir par lui-même et qu'il se soumet à des autorités...

 

La satire de l'éducation religieuse est à la fois savoureuse et virulente : le bréviaire, le livre de messes est lourd, gros pesant, difficilement maniable, couvert de crasse... l'objet perd sa valeur première, objet de culture il devient, ici, gênant pour l'esprit : son contenu n'est même pas évoqué, mais seulement son poids : "onze quintaux, six livres"... De plus, il est "empantoflé", c'est à dire enfermé dans une housse, il n'a pas pour vocation d'être ouvert, il ne sert à rien... 

 

Le nombre de messes est impressionnant "vingt six ou trente messes..." ce qui aboutit à un véritable abrutissement de l'individu...

 

Le "diseur d'heures", l'homme d'église est, aussi, ridiculisé : comparé  à une "duppe", c'est à dire une"huppe", il est déshumanisé, de plus, c'est un ivrogne qui se donne des excuses : il boit pour immuniser son haleine "à force sirop vignolat."

Le vocabulaire médical prête à sourire en la circonstance... On peut remarquer la savoureuse périphrase d'apothicaire désignant ici le vin  : "le sirop vignolat"!

 

Les prières sont "marmonnées" : on les répète machinalement, sans vraiment les comprendre. Le verbe "éplucher" souligne l'aspect mécanique de cette récitation de prières, un verbe concret étant utilisé pour une activité spirituelle.

 

Les "patenôtres", ou les chapelets ont des dimensions extraordinaires, chaque grain ayant la taille d'une tête d'homme. Là encore, c'est le poids de l'objet qui l'emporte sur toute autre considération.

 

Rabelais, en se livrant à une caricature, dénonce le type d'éducation délivrée au Moyen âge : à aucun moment l'élève n'est invité à comprendre, à assimiler des connaissances, il en devient totalement passif, inculte et paresseux...

Ponocrates aura fort à faire, pour réparer toutes les errances d'une telle éducation...

 

A suivre...

 

 

Chapitre 21....

 

http://sami.is.free.fr/Oeuvres/rabelais_gargantua.htm

 

Le texte :

 

 
"Il dispensoit doncques son temps en telle façon que ordinairement il s'esveilloit entre huyt et neuf heures, feust jour ou non; ainsi l'avoient ordonné ses regens antiques, alleguans ce que dict David : Vanum est vobis ante lucem surgere.
 
Puis se guambayoit, penadoit et paillardoit parmy le lict quelque temps pour mieulx esbaudir ses esperitz animaulx ; et se habiloit selon la saison, mais voluntiers portoit il une grande et longue robbe de grosse frize fourrée de renards; après se peignoit du peigne de Almain, c'estoit des quatre doigtz et le poulce, car ses precepteurs disoient que soy aultrement pigner, laver et nettoyer estoit perdre temps en ce monde.
 
Puis fiantoit, pissoyt, rendoyt sa gorge, rottoit, pettoyt, baisloyt, crachoyt, toussoyt, sangloutoyt, esternuoit et se morvoyt en archidiacre , et desjeunoyt pour abatre la rouzée et maulvais aer : belles tripes frites, belles charbonnades, beaulx jambons, belles cabirotades et forces soupes de prime .
 
Ponocrates luy remonstroit que tant soubdain ne debvoit repaistre au partir du lict sans avoir premierement faict quelque exercice. Gargantua respondit :
 
« Quoy ! n'ay je faict suffisant exercice ? Je me suis vaultré six ou sept tours parmi le lict davant que me lever. Ne est ce assez? Le pape Alexandre ainsi faisoit, par le conseil de son medicin Juif, et vesquit jusques à la mort en despit des envieux. Mes premiers maistres me y ont acoustumé, disans que le desjeuner faisoit bonne memoire; pour tant y beuvoient les premiers. Je m'en trouve fort bien et n'en disne que mieulx. Et me disoit Maistre Tubal (qui feut premier de sa licence à Paris) que ce n'est tout l'advantaige de courir bien toust, mais bien de partir de bonne heure; aussi n'est ce la santé totale de nostre humanité boyre à tas, à tas, à tas, comme canes, mais ouy bien de boyre matin; unde versus :
 
Lever matin n'est poinct bon heur;
Boire matin est le meilleur.
 
Après avoir bien à poinct desjeuné, alloit à l'église, et luy pourtoit on dedans un grand penier un gros breviaire empantophlé, pesant, tant en gresse que en fremoirs et parchemin, poy plus poy moins, unze quintaulx six livres. Là oyoit vingt et six ou trente messes. Ce pendent venoit son diseur d'heures en place empaletocqué comme une duppe, et très bien antidoté son alaine à force syrop vignolat; avecques icelluy marmonnoit toutes ces kyrielles, et tant curieusement les espluchoit qu'il n'en tomboit un seul grain en terre.
 
Au partir de l'eglise, on luy amenoit sur une traine à beufz un faratz de patenostres de Sainct Claude, aussi grosses chascune qu'est le moulle d'un bonnet, et, se pourmenant par les cloistres, galeries ou jardin, en disoit plus que seze hermites.
 
Puis estudioit quelque meschante demye heure, les yeulx assis dessus son livre; mais (comme dict le comicque) son ame estoit en la cuysine.
 
Pissant doncq plein urinal, se asseoyt à table, et, par ce qu'il estoit naturellement phlegmaticque, commençoit son repas par quelques douzeines de jambons, de langues de beuf fumées, de boutargues, d'andouilles, et telz aultres avant coureurs de vin."
 

 

 

 

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