"Le magasin de mon marchand de bric-à-brac était un véritable Capharnaüm...
Des armoires éventrées s'échappaient des cascades de lampas glacé d'argent, des flots de brocatelle criblée de grains lumineux par un oblique rayon de soleil ; des portraits de toutes les époques souriaient à travers leur vernis jaune dans des cadres plus ou moins fanés.
Le marchand me suivait avec précaution dans le tortueux passage pratiqué entre les piles de meubles, abattant de la main l'essor hasardeux des basques de mon habit, surveillant mes coudes avec l'attention inquiète de l'antiquaire et de l'usurier."
C'est ainsi que Théophile Gautier décrit la boutique d'un antiquaire, un marchand de curiosité, au début d'une des ses nouvelles fantastiques, intitulée Le pied de momie : on peut y voir un véritable bric-à-brac d'objets divers et, notamment, des armoires éventrées d'où s'échappent "des cascades de lampas".
Le nom "lampas", peu utilisé, d'un emploi rare et littéraire, attise, aussitôt, la curiosité d'un lecteur avide de mots, un peu mystérieux et secrets.
Ce terme nous étonne, nous éblouit par sa rareté, ses éclats de consonnes : labiale pleine de séduction, sifflante finale emplie de douceur, et assez inhabituelle en fin de mot...
La voyelle nasalisée "am" suggère légèreté, finesse, volatilité.
Que signifie ce terme étrange, aux consonances éblouissantes ? Quel est ce mot venu d'une boutique de bric-à-brac ?
Quel mystère se cache derrière ce terme énigmatique ?
"Glacé d'argent", le lampas semble revêtir plus de valeur, encore, il révèle une richesse, une beauté, une surface lisse, miroitante, des reflets argentés.
Et voilà que le lampas éblouit encore plus le regard ! Il semble même évoquer une source lumineuse !
Le mot "lampas" exerce une fascination, par son exotisme, sa nouveauté : une trouvaille dans ce magasin de bric-à-brac !
Ce mot désigne, en fait, une étoffe de soie, à grands dessins, avec des motifs en relief. Tissu somptueux, le lampas peut recouvrir un fauteuil, un divan, il peut servir à confectionner des vestes, des vêtements luxueux.
Le lampas attire le regard, par son côté soyeux, sa brillance... Le lampas reflète la lumière, renvoie des éclats, et on comprend que le narrateur de la nouvelle de Théophile Gautier soit séduit par ces tissus qui tombent en cascades, de vieilles armoires : le contraste est saisissant entre les meubles éventrés et la richesse du tissu, d'autant qu'un rayon de soleil vient en souligner l'élégance.
Le mot "lampas" a des origines incertaines, on le rapproche, parfois, du nom "lambeau" qui peut évoquer, aussi, des morceaux de tissus.
Mais on voit bien que le nom "lampas" est plus noble, plus exotique, plus mystérieux dans les sonorités et la réalité qu'il désigne.
Voilà, encore, un terme évocateur, au charme étrange ! Un mot rare et surprenant, un mot qui nous fait rêver par ses tonalités poétiques, ses sonorités pleines de séductions...
Un mot qui suscite des interrogations, un mot empreint de mystères...
Le lampas en soie révèle des reflets chatoyants et moirés....
Un article sur la nouvelle de Théophile Gautier :



















