On perçoit dans cette chanson de Michel Fugain un magnifique et vibrant hommage à la beauté infinie du monde, à ses merveilles si nombreuses qu'une vie humaine ne suffirait pas à les découvrir...
Le texte à la première personne du singulier se présente sous la forme d'un discours direct très simple qui nous touche, il évoque un manque de temps : le mot "temps" apparaît à la rime à cinq reprises dans le refrain... comme une obsession, une urgence qui pèsent sur le narrateur...
Et, cela, malgré tous les moyens imaginés et improbables :
"Même en courant
Plus vite que le vent
Plus vite que le temps
Même en volant"
On retrouve là un thème littéraire et poétique très ancien, celui de la fuite irrémédiable du temps et de la brièveté de la vie humaine... mais ce thème est traité de manière originale, sans aucune amertume.
Confronté à "Toute l’immensité D’un si grand univers", le poète a conscience que les richesses de ce monde sont infinies pour une vie humaine.
Et même une vie de centenaire n'y suffirait pas...
Alors comment faire ?
Comment faire ? Sinon s'ouvrir au monde, s'émerveiller, se montrer curieux, attentif au monde, s'enthousiasmer, ce que fait le poète :
"J’ouvre tout grand mon cœur
J’aime de tous mes yeux"
Ces expressions hyperboliques restituent ce désir de ne rien rater et de s'enivrer de ce monde...
Mais devant tant de beautés, "tant de coeurs", "tant de fleurs", encore des expressions hyperboliques, le poète ne peut que constater une forme d'échec...
"Trop peu, trop court, trop court" : ces expressions répétitives, insistantes traduisent une impossibilité...
Dans le dernier couplet, c'est l'amour lui-même qui paraît limité par le temps. Le verbe "aimer" répété à trois reprises restitue ce besoin d'aimer à l'infini... un besoin encore restreint par le temps...
Voilà une chanson qui nous touche, car elle a une valeur universelle : tout le monde est sensible à la fuite du temps et à la brièveté de la vie. Et la chanson nous donne aussi une leçon de vie : s'émerveiller devant la beauté du monde, aimer sans perdre de temps.
La mélodie nous fait entendre et percevoir, par sa douceur, toutes les splendeurs de l'univers...
Sur ce thème, une citation de Jean-Claude Guillebaud : "S'émerveiller du monde, de la vie, des humains, me semble aujourd'hui la moindre des choses."
Pour mémoire :
"Je n'aurai pas le temps est une chanson écrite par Pierre Delanoë, composée et interprétée par Michel Fugain en 1967. Il s'agit du premier succès de Michel Fugain, à l'époque influencé et encouragé par son ami Michel Sardou, afin qu'il se lance dans l'interprétation.
En 2008, l'astrophysicien et vulgarisateur scientifique canadien Hubert Reeves écrit un livre sur sa vie et son activité de scientifique qu'il intitule Je n'aurai pas le temps en référence à la chanson de Michel Fugain qu'il a entendue lors de son interprétation par une chorale dirigée par son fils mais aussi en raison de son âge qui l'empêchera de continuer ses recherches « au-delà de quelques années ». Il le précise dans le premier chapitre de cet ouvrage où il reprend la seconde strophe de la chanson."
Les paroles :
https://www.paroles.cc/chanson,je-n-aurai-pas-le-temps,24628
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