ROSEMAR

Elles ont 5 et 7 ans, et s'amusent dans la piscine gonflable du jardin : un régal de les voir plonger, s'amuser, braver l'eau...
Avec leurs petites lunettes qui protègent leurs yeux, elles s'enfoncent sous l'eau, jouent à passer entre les jambes de l'autre, elles rient aux éclats et veulent prolonger le plaisir de la baignade, le plus longtemps possible dans l'après midi.
Eclaboussements, clapotis... l'eau, dans sa fluidité, leur offre ses remous, sa transparence.
Dans le jardin, les pins, les cèdres, les rosiers, les lauriers resplendissent de senteurs et répandent des éclats pleins de douceurs...
Près de la piscine, nous observons la scène, nous sourions du bonheur des petites qui nagent, se font ondoyantes, comme l'eau.
Les fillettes oublient, même, notre présence bienveillante : elles plaisantent, rient aux éclats, mêlant leurs éclats de voix aux clapotements de l'eau...
Elles s'amusent à faire des vagues, à s'éclabousser, à voir rebondir et rejaillir l'eau.
Elles se délectent des plaisirs infinis de l'eau en été, elles plongent, crachent de l'eau, s'imprègnent de sa fraîcheur bienfaisante.
Telles des sirènes, elles ont appris à apprivoiser les ondes, elles les connaissent, les apprécient.
Un nouveau jeu s'organise : une chasse au trésor, sous les eaux de la piscine : il s'agit de lancer une jolie pierre dans l'eau et d'aller la récupérer sur le fond...
Les cris de joie redoublent, s'intensifient, les filles se bousculent pour se précipiter vers l'objet convoité.
"Tu as triché ! " dit l'une d'entre elles... Et les cris recommencent, le jeu se prolonge, il faut maintenant fermer les yeux pour retrouver la jolie pierre au fond de l'eau.
Mission impossible pour les deux fillettes qui ne peuvent s'empêcher d'ouvrir les yeux.
"Tu as triché !" redit l'une... "Toi aussi !" répond l'autre.
Heureuses de ces bonheurs de l'eau, elles prolongent leurs jeux à l'infini, se lancent des défis, mesurent leurs forces et leur habileté...
Les cheveux ruisselants, elles rivalisent de rires, d'éclats de joie, de mouvements.
L'heure tourne, le soleil est encore rayonnant, mais il faut maintenant sortir de l'eau : que de regrets et de déchirements !
On pourra retourner dans la piscine bientôt... il faut maintenant se sécher : les fillettes grelottent un peu, au sortir de l'eau.
Enveloppées de serviettes, elles goûtent le bonheur de l'apaisement, après une baignade tumultueuse, pleine de jeux et de rires...
Les yeux remplis de lumières, elles se taisent et rêvent, déjà, à d'autres baignades à venir.


Les fouilles récentes, menées dans le Rhône, ont permis de faire ressurgir tout un pan du passé de la ville d'Arles, colonie romaine fondée par Jules César en 46 avant J. C.
Une barge romaine, datant du premier siècle après J C, a été découverte dans le Rhône et reconstituée : ce chaland, de plus de 30 mètres, est exposé dans le musée, avec sa lourde cargaison de pierres. Ces pierres servaient, sans doute, à paver les rues, à construire des maisons, notamment en Camargue. C’est la première fois qu’un bateau d’époque romaine est, ainsi, présenté au public, avec la quasi-totalité de son équipement de bord : de la vaisselle, des outils, du bois de chauffage coupé....
Etonnante technique et savoir-faire des charpentiers de l'époque ! On peut, d'ailleurs, voir leurs outils : gros maillets d'une taille impressionnante, pointes, sandales cloutées...
Des amphores encadrent la barque de leurs teintes claires et ocrées.
On peut admirer différents vestiges dégagés dans le Rhône : un buste de César, d'une étonnante vérité dans l'expression, de nombreux chapiteaux corinthiens, une antéfixe en forme de masque tragique, une statuette d'un captif gaulois en bronze, un relief en bronze doré d'une victoire.
On peut s'attarder devant une statue en marbre de Neptune aux cheveux et à la barbe bouclée.
Une tête d'Aphrodite attire tout particulièrement l'attention : sur un fond de mur rouge, le marbre blanc laisse voir toute la pureté des traits : des cheveux ondulants encadrent l'ovale du visage. Découverte, plus anciennement, dans les ruines du théâtre antique d'Arles en 1823, cette tête avait d'abord été identifiée comme la représentation de l'impératrice Livie, l'épouse d'Auguste ultérieurement divinisée.
Une danseuse ou ménade, sur un bas relief laisse contempler les plis ondoyants de sa tunique, admirable restitution de mouvements.
On peut découvrir, aussi, les énormes pieux de fondation du cirque, faits de bois variés : chêne, pin sylvestre, pin parasol.
Pour les amateurs d'épigraphie, des stèles funéraires offrent leurs inscriptions à déchiffrer. Mosaïques, sarcophages, maquettes de vaisseaux complètent cet ensemble.
On peut, à loisir, observer la minutie des artisans de l'époque : fioles à onguents, amphorisques, poids en forme de bustes, vases à tête humaine, poteries en forme d'oiseaux, toute une collection de lampes à huile aux motifs en reliefs.
Sur un monument funéraire, on peut voir caracoler un cheval de course, crinière au vent.
C'est évidemment le chaland, disposé au centre du musée, imposant et impressionnant, dans ses dimensions, qui attire tous les regards...
Il a été reconstitué minutieusement, pièce par pièce, et son état de conservation est remarquable : protégé par les limons du fleuve, ce bateau de commerce nous est parvenu, quasiment intact.
On est sensible à l'art et la technique mis en oeuvre dans la construction de ce navire, on est étonné de l'habileté des artistes qui ont créé tant d'objets raffinés.
Les fouilles menées, récemment, dans le Rhône ont été particulièrement fructueuses. Ce musée, aux attraits divers, est l'occasion d'une plongée dans l'antiquité gallo-romaine.
On peut espérer, encore, de nouvelles découvertes de ces trésors de l'époque romaine ! Le fleuve recèle encore bien des mystères et les prochaines fouilles révèleront, sans doute, d'autres aspects passionnants de la civilisation gallo-romaine...
Photos : rosemar

Une photo d'enfance...
Je dois avoir 2 ou 3 ans, nous passons des vacances à Cotignac, dans une vieille maison louée par mes grands parents pour l'été.
Dans un cadre champêtre, près d'un olivier centenaire, au tronc noueux, je pose pour la photo, assise sur une balançoire, une poupée est installée sur mes genoux.
Tenue légère d'été, short, tricot bariolé à manches courtes, les cheveux bruns agrémentés d'un ruban de couleur claire, je souris timidement à l'objectif.
La poupée placée sur mes jambes est, aussi, en équilibre sur la balançoire.
Je regarde d'un oeil étonné celui ou celle qui prend la photo, le regard sombre mais souriant.
Tout autour, la campagne environnante déploie ses arbres, deux oliviers tortueux, des herbes hautes, quelques pins dans le lointain...
On entrevoit un paysage sauvage, on perçoit les odeurs de thym de la campagne provençale...
Cotignac, c'était le retour à la campagne, c'était le lavoir et ses remous d'eau qui me fascinaient et m'inquiétaient, à la fois.
Cotignac, c'était le calme, la ville oubliée, les nuits étoilées, le charme de la vie d'autrefois.
Un monde harmonieux, fait de sérénité, de temps retrouvé pendant les vacances...
C'était les sentiers des collines, des balades dans les environs, des falaises impressionnantes qui surplombent le village, des lieux mystérieux, une redécouverte de la nature.
C'était toutes les senteurs de la nature provençale : les odeurs de thym, de romarin, la terre couverte d'aiguilles de pins, les oliviers et leurs troncs noueux...
C'était l'été, le temps des vacances.
La balançoire représentait, pour la petite fille que j'étais alors, une distraction exceptionnelle, d'autant plus exceptionnelle, qu'elle se trouvait dans un cadre champêtre, au milieu des pins, des oliviers, dans un paysage nouveau, sous le chant exacerbé des cigales...
Et, n'ayant pas l'habitude de l'objet, j'ai l'air de m'agripper aux cordes, de me tenir solidement des deux mains.
J'essaie de prendre confiance, de me rassurer, de maîtriser mes gestes...
Cette belle photo d'enfance, dans un paysage de campagne, fait ressurgir des souvenirs d'autrefois... un bonheur simple, sans artifice, des plaisirs au contact de la nature, des odeurs, des parfums du passé, des émotions, des découvertes... des vacances, sans fioritures, dans un cadre plein de charmes.
Le soleil, au fond de la photo, irradie le paysage, tandis que l'ombre des oliviers et des arbres environnants donne fraîcheur et apaisement à l'emplacement de la balançoire : mon sourire traduit un bonheur, une sérénité, une joie de la découverte...