ROSEMAR
Au sommet des colonnes, des forêts somptueuses de feuilles d'acanthe se hérissent, se dressent, et retombent en corolles.
Issu du grec ancien, "ανθός, anthos", la "fleur", le mot "acanthe" désigne une plante, aux feuilles épineuses et acérées...
Les feuilles d'acanthe composent de véritables motifs, en volutes, sur les chapiteaux corinthiens : des retombées de feuilles, pleines d'élégance, s'épanouissent, en haut des colonnes.
Le mot résonne de sa voyelle "a" reprise sous une forme nasalisée, "an", comme un écho sonore, il retentit de ses consonnes, gutturale et dentale.
Ce mot rappelle d'autres noms de fleurs : anthémis, chrysanthe, chrysanthéme, amaranthe, aux sonorités éblouissantes.
Les feuilles d'acanthe nous font voir des formes voluptueuses, des enroulements, des vagues, des motifs délicats.
Sur les hautes colonnes élancées, on admire des encorbellements, des subtilités de feuilles, celles-ci débordent sur la colonne, elles s'épanchent, formant des embruns, des dentelles finement ouvragées.
L'acanthe orne les colonnes, les sublime, en fait des oeuvres d'art lumineuses, l'acanthe dessine des fleurs d'élégance, des corolles épanouies, des basquines légères.
Les colonnes se parent de ces souplesses de feuilles, de ces friselis, de ces frémissements subtils.
Les feuilles découpées forment des réseaux et les colonnes se drapent de tissus, de mailles, d'étoffes dentelées d'une blancheur étonnante...
Les éclats de feuilles se multiplient en haut des colonnes, ils composent des motifs en relief, des arabesques, des épis de lumières.
Belle harmonie de formes pour ces oeuvres sculptées par des artistes d'autrefois, grecs ou romains...
Belle pureté dans les lignes qui se croisent et s'entrecroisent !
Des forêts de motifs, de nervures se dessinent...
Certaines feuilles semblent se mouvoir, chavirer, s'enrouler sur elles mêmes, comme agitées par des souffles d'air.
Photos : 1-2-3 : rosemar / 4 : Meneerke Bloem / 5 : Sony Mavica créative commons
On l'appelait pépé, comme on le faisait, autrefois : pépé Déri, diminutif de son prénom Frédéric, un beau prénom qui claque !
On le voit, sur une photo d'autrefois, assis sur sa barque de pêcheur, à l'Estaque, en train de ravauder ses filets, attentif à sa tâche, pendant que, derrière lui, enfants, nous mimons le salut militaire.
Tout autour, des paniers, des sacs, des jambins, des cordages, des rames, tout un attirail de pêcheur...
Tout autour, la mer, le port de l'Estaque, une bette dans le lointain, les replis de la mer, la jetée...
Le teint basané, les cheveux blancs qui dépassent d'une casquette de marin, de couleur sombre, mon grand-père s'occupe de ses filets, largement étalés sur la barque, il les ravaude, les met en ordre pour la prochaine pêche, travail attentif et patient.
Le filet de nylon, d'une blancheur éclatante, et son quadrillage de mailles régulières envahissent l'espace de la barque.
La mer est là, sereine, à peine ridée, tranquille, comme l'est mon grand-père, paisible, aux mouvements calculés et lents.
On sent l'odeur de la mer, le sel marin, les senteurs de poissons, de cordages.
On perçoit le dur labeur du pêcheur et aussi, le temps qui s'étire, le temps que l'on prend, un certain bonheur de profiter du temps qui passe.
On perçoit le temps d'autrefois, un certain art de vivre, sans se presser.
Mon frère et moi, sur le fond du bateau, nous semblons étonnés et émerveillés de ce spectacle de la mer, comme bercés par la barque.
Mon frère avec sa petite casquette de marin semble vouloir imiter mon grand-père, son salut est mal assuré, comme le mien, gestes à peine esquissés...
Mon grand-père apparaît comme le maître incontesté de sa barque : assis, impassible, il nous tourne le dos, pris par son travail, l'air sérieux, concentré, alors que nous sourions timidement pour la photo.
Le dos penché en avant, les mains rugueuses... on sent, aussi, la lassitude du pêcheur, ses soucis, ses angoisses, l'âge qui pèse, les soucis du lendemain.
On entrevoit le dur labeur de l'ouvrier pêcheur qui doit entretenir son bateau, ses outils.
On lit la fatigue, on voit les traits marqués du pêcheur qui travaille au grand air, dans le froid ou sous les soleils accablants de l'été.
Le paysage alentour est superbe : la mer redoublée, l'infini des flots, leur murmure, l'eau moirée de mille reflets, le sac et le ressac de la mer...
Le paysage impassible nous raconte la nature immuable et les splendeurs renouvelées de la mer...
Photo sous la vidéo : Jean Pierre Bazard creative commons / Tableaux de Haquette, Maroniez et Cézanne
Dans cette belle chanson d'amour, forte et passionnée, Francis Cabrel évoque les tourments de celui qui aime : la chanson s'ouvre sur le pronom "elle", qui désigne la femme aimée... celle-ci semble dotée de tous les pouvoirs : capable de "faire changer la course des nuages", capable de "balayer les projets" de l'amoureux.
L'amour emporte tout, sur son passage, il est si fort, provoque tant de tortures qu'il "fait vieillir, bien avant l'âge".
La femme, même volage, même disparue et perdue, dans "les vapeurs des ports", est toujours présente, à l'esprit de l'homme qui aime et on perçoit, malgré toutes ses infidélités, un amour qui reste immuable.
Malgré les trahisons, les révoltes, l'amour s'impose. Le verbe "hurler", la malédiction, à laquelle est vouée la femme, suggèrent toute la violence de la passion.
L'emploi du futur : "elle te fera, tu la perdras, elle rentrera" souligne une sorte de fatalité inéluctable, à laquelle l'amoureux ne peut échapper.
Et même le pardon est inéluctable : "Elle voudra que tu pardonnes et tu pardonneras"... La volonté de la femme aimée l'emporte sur tout.
Une phrase, brève, récurrente et péremptoire, "c'est écrit", restitue cette fatalité irréversible.
L'utilisation de la deuxième personne "tu", tout au long du poème, confère une sorte d'universalité et de familiarité au message... Tout le monde a pu connaître ce sentiment du caractère impérieux de l'amour.
Le thème de l'attente transparaît dans les prières, dans les nuits passées à regarder dehors, dans les bars écumés, pour retrouver l'amoureuse perdue. Les pluriels : "les heures, tous les bars, les nuits" soulignent cette attente et cette quête inlassable.
Une succession de questions restitue l'angoisse de l'amoureux : "Qu'est-ce qu'elle aime, qu'est-ce qu'elle veut ? Qu'est-ce qu'elle rêve, qui elle voit ?"
La guerre en Palestine, la guerre en Ukraine, un avion de la compagnie Malaisia Airlines abattu en plein vol au dessus de l'Ukraine, un autre avion d'Air Algérie disparu, la crise, le chômage, le mauvais temps, les orages qui ont fait des victimes, l'actualité résonne, tous les jours, d'échos effrayants et terribles : on aurait presque envie de ne plus regarder les infos, de se couper du monde, pour ne plus assister à ce cortège inlassable et infini de mauvaises nouvelles.
Cet été 2014 est bien morose : nulle bonne nouvelle à se mettre dans la tête, nulle éclaircie qui permette de rêver à un avenir meilleur...
Les journaux déroulent leur défilé implacable de malheurs et de haines.
C'est, pourtant, l'été, le temps des vacances, le bonheur des retrouvailles avec la nature...mais même la météo est contraire et vient obscurcir le ciel estival.
Ce monde est-il en train de sombrer dans le marasme, le désarroi ? On s'inquiète, tous les jours, de la tournure de nombreux événements.
La morosité est partout : sur les journaux, dans l'air, dans le ciel...
Tout semble tourner mal, se détériorer... Même le journal Agoravox a perdu sa présentation originale et si particulière : ce journal s'est aligné et formaté sur tant d'autres publications, avec une présentation uniformisée, sous forme de colonne interminable...
Il faut voir la cascade de mauvaises nouvelles qui se déversent....une avalanche d'articles sur la Palestine, Israël, l'antisémitisme, sur cet avion abattu en Ukraine, sur le président F. Hollande accablé de tous les lazzis possibles et imaginables.
Vive la diversité et le pluralisme ! Vive la liberté d'expression !
On est accablé par le déversement, sans fin, de nouvelles alarmantes, on étouffe sous le poids de la colonne !
Mieux vaut, sans doute, éviter de se laisser prendre au vertige d'internet, mieux vaut ne plus se laisser accabler par tant d'horreurs et de misères !
On a envie de respirer un air pur, moins pesant, on a envie de souffles nouveaux, de respirations...
On a envie de passer du temps au jardin, de sentir le parfum des fleurs, de marcher dans la nature, d'oublier ce monde infernal, fait de violences et de haines.
On a envie d'oublier un monde informatisé, encadré, quadrillé, on a envie de liberté !
Face à une information accablante et désolante, mieux vaut fermer l'ordinateur, mieux vaut oublier cette uniformité écrasante d'informations aux relents d'apocalypse !
La nature, ses couchers et ses levers de soleil, le vent, la campagne environnante nous attendent.
L'odeur des pins, de la mer, le parfum des roses, les couleurs infinies de verts, les éclats nuancés du ciel nous appellent...
Photos : rosemar


Nous gardons tous des souvenirs des lieux de notre enfance : maison d'autrefois, cuisine, chambre, terrasse...
La terrasse, en particulier, est un lieu de découvertes : ouverte sur l'extérieur, elle permet de s'aérer, de goûter l'air du temps, de jouer.
La terrasse de notre enfance était une cour rectangulaire, assez pauvre et dénudée, cernée, d'un côté, par un mur gris, couvert de dessins à la craie, de l'autre, par un grillage.
Une table en bois, éraflée, avec des abattants, se dressait près du mur, garnie d' un seau et d' un vieux pot de fleurs.
Au fond, la porte d'entrée de la maison, mi-bois, mi-vitrage, un rideau de lanières en plastique aux couleurs bariolées, un vieux mur lézardé.
Près de la porte, était disposée une caisse à jouets, sorte de caisson en bois où l'on rangeait des objets divers...
Calés sur le bord, dans un coin, on pouvait voir des rames, un salabre, un parasol... Près de la table une chaise longue en tissu rayé.
Aucun luxe, un certain dépouillement dans le décor, une terrasse d'autrefois animée par nos petits jeux d'enfants : la marelle, le hula hoop ou le cerceau, le diabolo, la corde à sauter, des balles, des billes.
Ma grande soeur excellait à lancer le diabolo, et à le rattraper, avec habileté, sur le fil en nylon... J'essayais, pour ma part, de faire tourner le hula hoop, autour de ma taille et j'ai dû acquérir, à ce jeu, une certaine souplesse.
Des chats peuplaient aussi la terrasse et faisaient toute notre joie : chat tigré, chat grisé et blanc, chat noir.
Petits, ils égayaient la terrasse de leurs jeux, de leur mines, de leurs découvertes...
Des chats aux minois inoubliables, charmeurs, tantôt attentifs, tantôt rieurs.
La terrasse permettait de prendre le frais, le soir, aux beaux jours, de goûter à la clarté de la lune, de paresser au soleil pendant l'été...
La terrasse nous offrait un havre de paix, à l'abri des regards extérieurs : même pauvre, c'était un luxe !
On pouvait y faire la lessive en été, étendre du linge : ma mère sortait sa vieille machine à essorer, avec un rouleau où l'on passait le linge.
On pouvait, à loisir, toucher l'eau et savourer le bonheur des lessives d'autrefois, en plein air...
En été, mes parents installaient une bassine assez grande pour que nous puissions barboter et clapoter dans l'eau.
On pouvait s'asseoir sur le pas de la porte, deviser, observer la rue et ses passants.
La terrasse n'était pas un jardin fleuri, verdoyant, c'était, pourtant, une sorte de luxe !
La terrasse nous donnait une impression de liberté, d'ouverture, elle nous offrait un cadre extérieur : on y sentait les odeurs marines qui nous parvenaient du petit port de l'Estaque, on y percevait les bruits de la mer...
On y ressentait l'air ambré des flots de la Méditerranée toute proche...
Quand des enfants meurent, à cause de la folie meurtrière des hommes, quand des enfants meurent, sous des bombes, victimes de la haine, de la fureur, de l'horreur de la guerre, comment pourrait-on l'accepter ?
Quand des enfants, à l'avenir rayonnant, sont anéantis par la violence inouie d'armes modernes, quand des enfants sont fauchés par le déchaînement de conflits sans fin, comment ne pas se révolter ?
Un reportage, lors du journal télévisé de 20 heures, sur France 2, le samedi 19 Juillet, nous montre deux jeunes enfants palestiniens enveloppés dans des linceuls, victimes d'une guerre aveugle : ils ont été atteints par une bombe israélienne, dans leur maison, où ils se croyaient à l'abri.
Deux enfants de 4 et 7 ans sont ramenés dans ces linceuls chez eux, avant d'être conduits au cimetière et enterrés.
La bombe a traversé le mur de la cuisine, et les a ensevelis sous les décombres.
On voit le désarroi, les larmes, la détresse des parents, de toute une famille en deuil... on voit l'aberration, l'horreur d'une guerre qui atteint des innocents, des enfants dont l'avenir aurait pu être brillant.
Devant la morgue de Gaza, des parents pleurent, des scènes qui se répètent inlassablement : 73 enfants sont morts, depuis le début de l'offensive israélienne.
On a envie de dire et de crier, face à ces images : Assez ! Assez de massacres, assez de tueries gratuites, assez d'horreurs !
Assez d'ignominies ! On ne peut, ainsi, lancer des bombes à l'aveuglette !
La guerre n'est pas un jeu virtuel, et quand elle atteint les plus faibles, les plus fragiles, des enfants sans défense, elle est encore plus ignoble !
Assez de barbaries ! Vit-on, vraiment, au xxI ème siècle ?
Après tant de siècles de guerres inutiles et vaines, les peuples ne sont-il pas capables de percevoir que tous ces conflits sont la pire des solutions ?
Autour d'Israël et de la Palestine, c'est l'escalade sans fin de la violence.
Il faut que les deux camps prennent, enfin, conscience que la mort de jeunes enfants, de victimes civiles entretient une haine irréconciliable.
L'engrenage infernal se met en place : il faut que les israéliens accordent aux Palestiniens le droit de vivre dans leur pays, il faut qu'ils arrêtent la colonisation, à marche forcée, des territoires palestiniens.
Il faut que, de part et d'autre, un accord soit trouvé et que cessent les pires abominations qui soient.
La mort d'un enfant n'est pas acceptable, comment les israéliens, eux-mêmes, ne prennent-ils pas conscience qu'ils desservent à tout jamais, leur propre cause, en tuant des enfants ?
Comment peuvent-ils continuer à vivre en conscience, en pensant à la mort de ces enfants ?
Comment peut-on admettre de telles horreurs ?
Les Palestiniens ont le droit de vivre dans leur pays : on ne peut leur contester ce droit, ils ne peuvent être chassés de leur patrie.
La droite israélienne au pouvoir mène une politique de va-t-en guerre qui conduit à une violence folle et aveugle : il faut dénoncer cette attitude irresponsable !
L'extrémisme, le fanatisme des deux camps, celui du Hamas et du gouvernement israélien doivent cesser.
Quand des enfants meurent, l'humanité, les valeurs humaines s'effondrent, il ne reste plus que l'horreur d'un avenir sans issue.
Le journal de France 2 : le reportage à 10 minutes
http://www.francetvinfo.fr/replay-j...