Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:25
De quoi la nuit rêvent les roses...

 

 

 


Les difficultés de l'amour, un amour non partagé qui fait souffrir, tel est le thème de ce texte écrit par Aragon, mis en musique et interprété par Jean Ferrat.

Le texte s'ouvre sur une question directe, avec l'emploi de la deuxième personne du singulier : 

"Que sais-tu des plus simples choses 
Les jours sont des soleils grimés 
De quoi la nuit rêvent les roses"

Le poète nous fait entrer dans une intimité, il semble s'adresser à chacun de nous, nous montre qu'on ne voit pas, souvent, l'essentiel, "les plus simples choses"... Les roses personnifiées, dotées de rêves deviennent un mystère de plus, une énigme à déchiffrer, belle expression qui évoque tant de sentiments retenus, cachés...

On perçoit une fêlure dans l'expression : "Les jours sont des soleils grimés", comme si la lumière n'existait plus vraiment, avait disparu, pour celui qui ne peut vraiment aimer, dans la plénitude... L'idée est développée dans la phrase qui suit "Tous les feux s'en vont en fumée", les flammes de l'amour, image traditionnelle, sont comme étouffés et ne deviennent que de vaines fumées.

Le refrain résonne, alors : "Que sais-tu du malheur d'aimer ?" L'amour transformé en souffrance est mis en évidence par une question douloureuse, une interrogation, pleine de tourments et de reproches...

La vaine quête amoureuse est soulignée par le verbe "chercher" : "Je t'ai cherché au bout des chambres, Où la lampe était allumée...", une quête qui semble infinie et impossible, comme le suggère l'expression : "au bout des chambres".

On perçoit, aussi, une dissonance dans la phrase "Nos pas n'y sonnaient pas ensemble
Ni nos bras sur nous refermés..." Les négations mettent en évidence une union impossible, un désaccord.
 

Le verbe "chercher" revient, les questions sont redoublées, comme pour intensifier le désarroi : "Je t'ai cherchée à la fenêtre Les parcs en vain sont parfumés Où peux-tu où peux-tu bien être."
Une autre question montre le vide de la vie, notamment, au printemps, saison du renouveau et du bonheur, quand l'amour semble impossible : "A quoi bon vivre au mois de mai"...

Le thème de "l'attente" vient renforcer la douleur, quand la vie se résume à "nommer" quelqu'un sans l'atteindre, un être insaisissable, comme le suggère l'oxymore "toujours même et différente".

Le poète est, de plus, seul responsable de cet amour inaccessible, il ne peut que s'en "blâmer", verbe très fort qui aggrave le malheur.

La quête se transforme en une sorte d'errance immobile, un oubli de la vie et finalement devient synonyme d'une mort qui n'en finit pas...

La mélodie douce et mélancolique s'intensifie dans le refrain, comme pour souligner toutes les souffrances de l'amour...



 

 

Photo : rosemar

Repost 0
3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 15:07
Tant je t'aime que j'en tremble...

 

 



Comment ne pas être sensible à la simplicité d'une chanson d'amour ? Ce texte d'Aragon mis en musique par Jean Ferrat nous est si familier, il évoque l'évidence et la limpidité d'un amour sans fin...

La chanson s'ouvre sur l'évocation de la succession des jours et du temps, avec une énumération "dimanche ou lundi, soir ou matin, minuit, midi", les jours, les heures s'écoulent, des moments de bonheurs, d'harmonie, mais aussi de douleurs et de souffrance, comme le suggère l'antithèse : "Dans l'enfer ou le paradis..."

L'expression au pluriel "les amours aux amours ressemblent" donne une valeur universelle à ce poème, et le mot "amours" réitéré prend ici un relief particulier, gâce à l'inversion.

L'alternance, présent, imparfait, futur traduit bien la fuite du temps mais l'amour reste inaltérable, malgré ce déferlement des jours... "c'était hier et c'est demain, nous dormirons..."

La phrase qui sert de titre à la chanson, "Nous dormirons ensemble" traduit dans sa simplicité une certitude, grâce à l'emploi du futur, certitude d'un amour éternel, certitude, aussi, d'un amour partagé puisque le poète fait appel à la première personne du pluriel "nous", qui réunit les deux amoureux.

Les adverbes de temps "hier, demain" soulignent ce caractère intangible des sentiments qui animent le poète et sa compagne.

La jeune femme comparée à un "chemin" devient une sorte de guide unique, comme si l'amour remplissait toute la vie.

On perçoit une confiance absolue dans ce vers : "J'ai mis mon coeur entre tes mains..."

La belle expression "aller l'amble" restitue une harmonie de deux coeurs qui vont à l'unisson et qui ne peuvent se séparer.

L'absolu de cet amour se traduit par les mots très forts : " Tout ce qu'il a de temps humain, Nous dormirons ensemble".

Le ciel assimilé à un "drap" devient le décor qui embellit cet amour : "Le ciel est sur nous comme un drap." Le geste, plein de tendresse, "J'ai refermé mes bras sur toi" montre une volonté de garder et préserver cet amour, de le protéger.

L'amour est si fort qu'il se manifeste par des émotions intenses, qui se traduisent physiquement, comme le montre le verbe "trembler".

L'adverbe d'intensité "tant" souligne la violence des sentiments éprouvés et la volonté de les partager, en accord avec l'être que l'on aime, sans contraintes.

Ce texte empreint de lyrisme et d'émotion, faisant alterner première et deuxième personne, se présente comme une déclaration d'amour et une confidence.

La mélodie emplie de tendresse et d'émotion traduit une sorte d'harmonie immuable... Les sonorités de sifflante et de labiales soulignent cette impression de douceur, de bonheur partagé...

La simplicité des mots, le thème de la fuite du temps, la valeur universelle de ce texte parlent à chacun d'entre nous...
 


 https://youtu.be/Ejvg0hDhYkQ



Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble
C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble
Louis Aragon



 





Photo : rosemar

Repost 0
19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 14:55
Comme une vieille nostalgie...

 

 

 


La rumba, danse cubaine, née au 19ème siècle, symbolise bien une forme de nostalgie, un passé révolu, plein de charmes...

C'est ce symbole qu'a choisi Alain Souchon, dans une de ses chansons les plus célèbres, Y a de la rumba dans l'air.

Un air de musique évoque des décors, des images, un "smoking de travers", un casino devenu "tas de pierres".

Mais le poète semble dire à un autre personnage qu' il ne faut pas se laisser enfermer dans un passé trop lointain : il refuse de céder à cette fuite vers un autrefois perdu, comme  le suggèrent les négations dans les expressions : "'J te suis pas dans cett' galèr' Ta vie tu peux pas la r'fair'.

Les sonorités de gutturales "r" assez dures soulignent une forme de tristesse, liée à la nostalgie.

Le poète s'adresse, familièrement, à un interlocuteur, en le tutoyant, en l'appelant "pépère". Ainsi, la chanson revêt un caractère universel.

La belle expression  "chercher des morceaux d'hier" traduit bien cette quête du passé, de manière imagée et concrète, d'autant qu'il s'agit de fouiller dans "des gravats d'avant guerre."

On voit aussi un "casino" devenu "un tas de pierres." Le thème des ruines évoque, immanquablement, un passé ancien et très lointain.

Et l'auteur invite son interlocuteur à "brancher ses écouteurs par ici", à vivre, enfin, dans le présent, au lieu de se retourner vers le passé...

D'autres évocations sont liées à ce passé : la "bugatti", les "soirées de gala sur la Riviera." Et on perçoit le bonheur de celui qui se réfugie dans ces souvenirs, comme le suggèrent les mots "guili, guili", l'interjection "o la la."

Mais, pour le poète, tout cela n'est qu'illusion et il n'y voit qu'une "galère". Ce terme péjoratif et familier souligne le fait que la nostalgie peut, aussi, être source de souffrance.
 
Une autre évocation nostalgique apparaît : des amours perdues, semble-t-il avec l'image de ces " yeux de grand's fill's bleu marin's Tout's alanguies pour nuits de Chine Sur les banquettes de molesquine des Limousin's."
 
On voit, là, un monde ancien, révolu, fait de luxe, de rareté, de paresse.
 
Un" long baiser" symbolise, aussi, ce monde fait d'oisiveté, de bonheur perpétuel. Et d'ailleurs, ce baiser est désormais "fini", impossible.
 
Alain Souchon arrive à restituer toute l'ambivalence de la nostalgie : faite de bonheur et de désarroi, elle ne doit pas envahir l'esprit...

La mélodie douce, tendre et balancée, composée par Laurent Voulzy, suggère, aussi, ce mélange de bonheur révolu et de mélancolie...

 

Cette chanson au style imagé, familier nous berce d'une musique pleine de réminiscences : chacun d'entre nous regarde, avec tendresse et émotion, son passé, a même, parfois,  tendance à le magnifier...
 
http://youtu.be/ZgDpyppaa74
 
 
 
 
 
http://youtu.be/DvoVOJwVhJM
 
 
 
 

Photo : rosemar

 

 

Repost 0
4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 17:03
Comme s'ils venaient au monde...

 

 

"La mer sans arrêt, Roulait ses galets... ", tout le monde connaît le début de cette célèbre chanson, interprétée et composée par Jean Ferrat, Deux enfants au soleil.

Poème d'amour et de liberté, ce texte mêle l'évocation de la mer à l'innocence de sentiments naissants qui réunissent deux adolescents... 
Dès les premiers mots, on croirait entendre le roulis des vagues sur la grève, grâce aux sonorités  réitérées de gutturale "r".

L'emploi du pronom "ils", au pluriel, dès le premier couplet, donne une valeur générale au texte, les personnages n'étant pas nommés, ni caractérisés.

Le regard des deux amoureux qui se découvrent est souligné, à deux reprises, par un imparfait à valeur durative et itérative : "Ils se regardaient".

Le décor marin, qui sert de cadre à cette rencontre, est suggéré par quelques détails :"l'odeur des pins, du sable et du thym", belle harmonie de senteurs qui enivre les sens.

Ces parfums envahissent la plage, comme le montre l'emploi inversé du verbe "baigner", dans l'expression :"l'odeur qui baignait la plage."

Le décor et les personnages en viennent à se confondre : "Ils se regardaient, comme s'ils buvaient l'eau de leurs visages", belle image qui restitue cette fusion des deux amoureux et de la nature.

On assiste, alors, à une sorte de renaissance liée à la rencontre : "c'était comme si tout recommençait..."

L'innocence des deux jeunes gens est mise en valeur par l'emploi du verbe "trembler" qui traduit une émotion intense, celle du "miracle de l'amour".

Le terme religieux "miraculeux" associé au nom "voyage", montre toute la force de cet amour.

La "nuit" survenue  saisit les deux personnages, et ils se laissent bercer par la mer... Le texte empreint de pudeur suggère, plus qu'il ne dit, et les deux amoureux se réveillent "comme s'ils venaient au monde Dans le premier matin du monde..."

Ces images, pleines de fraîcheur, soulignent une idée de renouveau et de renaissance, liée à l'amour.

Le refrain déroule, alors, à nouveau les galets de la plage et l'on voit les deux enfants "courir dans l'eau, les pieds nus", images de liberté et d'insouciance.

Des gestes tendres apparaissent : "ils se sont pris la main Et sans se défendre Sont tombés dans l'eau Comme deux oiseaux."

Cette comparaison avec deux oiseaux relie encore les deux personnages à la nature et ils semblent, ainsi, se fondre harmonieusement en elle...
Les sonorités de sifflantes "s" et de fricative "f", empreintes de douceur, suggèrent toute la tendresse et la simplicité de cette évocation.

"L'ombre des pins" semble, aussi, veiller sur les amoureux et les protéger.

Un baiser plein de fougue et de tendresse les réunit, dans ce décor idyllique, fait de liberté et de bonheur...

La mélodie tendre et lyrique s'amplifie avec l'évocation du renouveau et du "voyage miraculeux de l'amour."

Simplicité, bonheur des sens, harmonie, cette chanson de Jean Ferrat nous emmène dans un univers empli de pureté, d'innocence.

Ce poème restitue aussi une intimité : les deux amoureux sont comme isolés sur cette plage : le monde alentour disparaît ou se met à l'unisson des deux jeunes gens.


Les paroles de cette chanson, parue en 1961, ont été écrites par Claude Delécluse, parolière à qui on doit de nombeux textes interprétés par Jean Ferrat, Juliette Gréco, Isabelle Aubret, Léo Ferré, Fabienne Thibault et Hugues Aufray.


 


 https://youtu.be/ydQfmmon3tA


 https://youtu.be/8RrRHdRg2a8


 


 

Photo : Christelle

Repost 0
13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 16:48
Vive l'éclectisme !

 


Vive l'éclectisme ! Sur un blog, il est permis d'aborder toutes sortes de sujets : actualités, politique, expériences, littérature, poésie, musique, chansons, cinéma, peinture, étude de mots... Pourquoi toujours évoquer les mêmes thèmes ? La diversité apporte une saveur particulière, un bonheur de dire et d'exprimer des idées, des impressions, des sensations diverses.

J'aime l'éclectisme, il permet d'échapper à la routine quotidienne, souvent pesante pour chacun d'entre nous, il nous offre une évasion vers des sentiers différents, des respirations nouvelles, des ouvertures.

Un blog donne à chacun cette liberté de penser : une occasion de partager des émotions, des lectures, des mots que l'on apprécie...

Le plaisir des mots a tendance à se perdre : retrouvons-le dans l'éclectisme, afin d'échapper à une certaine monotonie de la vie...

Chaque mot peut être une occasion d'explorer sa composition, son étymologie, ses sonorités, ses divers sens figurés....

Les mots sont  des aides précieuses que nous oublions trop souvent de goûter, eux qui nous permettent d'exprimer ce que nous ressentons, eux qui nous accompagnent tous les jours dans notre vie, eux qui nous apportent l'essentiel : la communication, l'échange...

Chaque mot comporte une histoire, est rempli de connotations, d'anecdotes, de souvenirs, chaque mot peut être comme une découverte.

La poésie elle-même permet de redécouvrir le monde, elle le réinvente, nous en fait mieux percevoir les contours, elle magnifie tout ce que nous ne voyons plus, faute d'attention sur ce qui nous entoure.


L'art pictural nous offre tant de merveilles à admirer : paysages de Cézanne inondés de soleils, scènes champêtres de Watteau, champ de coquelicots de Monet, tableaux éblouissants des peintres impressionnistes...


La culture si diverse et les arts nous apportent un éclectisme bénéfique, une façon de renouveler le quotidien.

La littérature est, aussi, une source inépuisable d'éclectisme, avec tant de genres littéraires : romans, poésies, théâtre, essais.

La littérature, mine d'éclectisme, aborde tous les sujets, elle fait appel à une mise en forme, à des styles très différents, elle nous fait voyager dans le temps et l'espace : on aime la pensée mouvante et paradoxale de Montaigne, le rire bouffon et dénonciateur de Rabelais, on se laisse bercer par la poésie de Verlaine, on rêve sur des vagues marines  avec Baudelaire, on apprécie les satires de Voltaire, on rit, avec Molière, de défauts éternels, l'hypocrisie, la bêtise, la fausse science...

On est subjugué par des histoires fantastiques, qui nous emmènent entre rêve et réalité, on connaît toutes sortes d'émotions : peur, angoisse, admiration, étonnement, incertitudes...  

On admire le style épuré et classique de La Bruyère, la gouaille et le parler populaire de Céline, la langue imagée de Giono.

La musique, les chansons sont, aussi, sources d'épanouissements et de plaisirs nouveaux : que de diversité dans cet univers, tant de beautés et d'harmonies que l'on n'a jamais fini d'épuiser ! Vivaldi, Bach, Mozart, Massenet, Quantz, Puccini, et tous les autres nous emportent dans des tourbillons d'émotions...

Chaque instrument a ses caractéristiques et ses attraits : la guitare, éblouissante, la flûte, enchanteresse, la harpe et sa magie de sons limpides !

L'actualité, aussi, riche d'événements, parfois dramatiques, révoltants ou cocasses est une source d'inspiration permanente et sans cesse renouvelée...

Le monde actuel si complexe nous permet d'aborder toutes sortes de sujets.

Vive l'éclectisme ! Il nous offre l'occasion d'échapper à la monotonie ambiante, c'est, sans conteste, une façon de vivre en harmonie avec le monde, de nous intéresser à tout ce qui fait la vie...

Avec l'éclectisme, on choisit dans une variété infinie de sujets !

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

Vive l'éclectisme !
Repost 0
6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 15:04
Au rythme de la flûte...

 

 

"Mais il arriva, du fond de la salle, un bourdonnement de surprise et d'admiration. Une jeune fille venait d'entrer. 


  Sous un voile bleuâtre, lui cachant la poitrine et la tête, on distinguait les arcs de ses yeux, les calcédoines de ses oreilles, la blancheur de sa peau. Un carré de soie gorge-de-pigeon, en couvrant les épaules tenait aux reins, par une ceinture d'orfèvrerie. Ses caleçons noirs étaient semés de mandragores - et d'une manière indolente, elle faisait claquer de petites pantoufles en duvet de colibri. 

 Sur le haut de l'estrade, elle retira son voile - c'était Hérodias, comme autrefois dans sa jeunesse - puis elle se mit à danser. 

Ses pieds passaient l'un devant l'autre, au rythme de la flûte et d'une paire de crotales. Ses bras arrondis appelaient quelqu'un qui s'enfuyait toujours. Elle le poursuivait, plus légère qu'un papillon, comme une Psyché curieuse, comme une âme vagabonde et semblait prête à s'envoler. "


C'est ainsi que Flaubert dépeint la danse de Salomé, dans un de ses Contes, intitulé Hérodias... La description montre toute la puissance d'évocation de Flaubert : la jeune fille danse, au son de la flûte, et envoûte les spectateurs de ses gestes ondoyants. La flûte accompagne et souligne ses arabesques.


Le mot "flûte", si familier, donne une impression de légèreté, d'élégance, grâce à sa fricative initiale "f", pleine de douceur, ses éclats de voyelles feutrées "u" et "e".

La fricative peut suggérer le souffle du flûtiste dans l'instrument... Cette consonne élancée nous montre, aussi, la forme de l'objet, plein de finesse.

On entend des airs champêtres d'autrefois : le son de la flûte, simple roseau utilisé par des bergers et des pâtres, nous émeut et nous séduit, par sa rusticité et sa simplicité.

On songe à d'autres instruments proches, la clarinette, le piccolo, des mots pleins de résonances et de lumières...

La flûte plus simple, encore, nous emporte vers des temps anciens, mythiques, à l'époque d'Homère ou de Virgile, vers des paysages apaisés et sereins... des bords de rivières, des arbres aux ombrages bienveillants, des pins aux rondeurs anisées, des cyprès élégants et fuselés...

Tityre, Mélibée, Corydon, des bergers d'autrefois, dans un décor champêtre, s'expriment comme des poètes, composent des chants harmonieux, jouent, sur leur "calame", des airs envoûtants.

Le musicien nous transmet, par son souffle, tant d'émotions, de vertiges de sensations, de pureté, d'harmonie !


On perçoit, aussi, des airs célèbres : la flûte enchantée de Mozart, féérie musicale, empreinte de fantaisie... Tamino, Papageno, la reine de la nuit, Pamina ! Des noms mystérieux, aux sonorités lointaines et exotiques, pleines de poésie !
Une flûte qui envoûte des bêtes sauvages... Des personnages aux pouvoirs merveilleux...
Force, beauté, sagesse viennent triompher de toutes les épreuves que traversent les personnages !

 

On est  ébloui par le concerto pour flûte traversière de Vivaldi, on est subjugué par les concertos de Quantz pour flûte et orchestre, on est séduit par la musique somptueuse de Mozart.

 

On se laisse emporter par les sons étranges de la flûte de Pan...

La flûte, souvent associée à des pouvoirs magiques et étranges, met, ainsi,  en évidence tous les charmes de la musique, capable de bercer les coeurs, de les transformer, de métamorphoser la vie...

On songe à une autre légende plus tragique : celle du joueur de flûte de Hamelin.... racontée, notamment, par les frères Grimm. Elle évoque un désastre survenu en 1284 en Allemagne. Le maire de la ville promit au joueur de flûte une somme de mille écus s'il parvenait à débarrasser la ville des rats qui l'infestaient. L'homme, grâce à sa flûte, attira les rats qui le suivirent jusqu'à la Weser, la rivière qui arrose la ville, où ils se noyèrent. Les habitants  refusèrent, alors, de payer le joueur de flûte en le chassant, même, à coup de pierres. On sait comment se vengea le musicien... Il entraîna, de son instrument, tous les enfants de la ville qui se noyèrent dans le fleuve.

Cette légende montre bien tous les pouvoirs ensorceleurs que recèle la musique : elle enchante les esprits, les envoûte...

La flûte signe, ainsi,  une forme d'élégance et de mystères...

 

Ce mot venu, peut-être, du verbe latin, "flare", "souffler" semble évoquer une sorte de souffle spirituel et magique...


 

Pour compléter, un article sur la musique des chalumeaux :

 

http://rosemar.over-blog.com/article-la-musique-des-chalumeaux-123265229.html
 

 

 

 

 

Flûtes   photo de Christel42   creative commons

Flûtes photo de Christel42 creative commons

Au rythme de la flûte...
Repost 0
2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 15:43
Seul sur la colline...

 

La différence isole, souvent, les êtres humains : on se souvient de ce célèbre poème de Baudelaire, L'albatros, où l'oiseau, capturé par des marins, devient l'image même du poète, incompris, méprisé par le commun des mortels...

 

On retrouve ce thème dans une célèbre chanson des Beatles, intitulée "The foll on the hill"...  le thème de la solitude d'un être différent, considéré comme fou, est traité, dans ce texte, avec poésie et tendresse.


Le personnage, placé en hauteur, sur une colline, semble, par sa position, dominer et poser un regard détaché sur le monde... Il s'inscrit, aussi, dans une continuité, comme le montre l'expression "day after day", "jour après jour", au début du texte. La colline, sur laquelle il se trouve, apparaît comme un beau symbole de liberté et d'indépendance.

On perçoit une sérénité absolue de ce personnage, réduit, pourtant, à la solitude et l'isolement, puisque le dialogue avec les autres semble impossible...

Ce fou sur sa colline n'est-il pas le symbole de tout homme différent, mis au ban de la société, rejeté par tous, montré du doigt ?

 

La foule représentée par le pronom "ils" au pluriel, le met à l'écart, le rejette à cause de ses différences.
On perçoit, ainsi, une foule conformiste, anonyme qui refuse de reconnaître des êtres différents et les rejette.

L'existence de cet homme à part est niée, comme le prouve la négation répétée "nobody"... "But nobody wants to know him, Nobody ever hears him, Nobody seams to like him."

Pourtant, le refrain montre que ce personnage est à l'écoute du monde et de la nature : il admire des couchers de soleil, et semble observer toutes les saisons... Le verbe "voir" répété est, ici, essentiel et souligne l'importance du regard porté sur le monde qui l'entoure.

Sensible à la beauté du monde, ce "fou" fait songer à un poète incompris, mis à l'écart, vilipendé par la foule.


Le couplet suivant nous fait voir le personnage "la tête dans les nuages".
Ce rêveur sympathique, rejeté de tous, se signale par une voix forte, alors que personne ne veut entendre ses messages... Beau contraste qui souligne encore l'isolement de cet être.

L'expression, "l'homme aux mille voix" suggère la valeur et le nombre de messages que le personnage pourrait délivrer aux hommes. Mais, il se heurte, inéluctablement, à un désamour, une forme de haine.


Belle chanson qui évoque le thème de l'exclusion par des images pleines de poésie, ce texte nous émeut, tout en délivrant une leçon de tolérance : les hommes oublient trop souvent de respecter les différences, ils les condamnent, les stigmatisent, les taxent même de folie... 

La mélodie très douce souligne la profonde tendresse qui se dégage de cet être humain, mis au ban de la société....Elle se fait même un peu sauvage pour montrer l'esprit de liberté qui anime ce personnage et l' emmène hors des sentiers battus.

Cette chanson des Beatles écrite par Paul McCartney est parue en 1967, sur l'album Magical Mystery Tour...


 

 

Le poème de Baudelaire :
 
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_baudelaire/l_albatros.html

 La chanson des Beatles, texte et traduction :


http://www.lacoccinelle.net/244763.html


 

 

Photo : Fr Latreille   Creative commons


 

Repost 0
17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 19:01
Les mots disparaissent à travers l'univers...

 


Une chanson, emplie de poésie, où les mots sont comparés à "une pluie sans fin", où ils disparaissent à "travers l'univers", et semblent, ainsi, s'évaporer, telle est l'ouverture de cette chanson des Beatles, écrite et composée par John Lennon en 1969...


Dès le début, on entend des "mots qui volent", "Words are flowing out", sans doute des paroles prononcées avec une certaine virulence, ces mots sont comparés à "une pluie sans fin", "endless rain", symboles de tristesse, mais ces mots s'évanouissent, aussitôt, comme s'ils n'avaient pas vraiment d'importance...


"Regrets et joie" s'opposent, évoquant des sentiments contradictoires qui envahissent l'esprit, comme le suggèrent ces images associées à l'eau : "des bassins de regrets", "des vagues de joie"... "Pools of sorrow, waves of joy". Les participes présents, qui suivent, s'opposent, encore, restituant un déchirement, un trouble : "me possédant, me caressant"...


Le refrain traduit, malgré tout, une sorte de paix retrouvée, une douceur infinie... il fait songer à une méditation,  un mantra, un hymne sacré, répété, une formule mystique et mystérieuse : "Jaï Guru Deva Om, Jaï Guru Deva…Om, Nothing's gonna change my world."
L'exotisme des mots employés, leur étrangeté contribuent à l'extraordinaire poésie de ce texte.


La phrase réitérée, au futur "rien ne changera mon monde"  traduit une certitude, et montre que, malgré tous les soucis quotidiens, la vie continue : il ne faut pas s'en inquiéter, au fond, il ne faut pas accorder trop d'importance à de simples mots, à des difficultés passagères.


Le couplet suivant évoque "des images de lumière vacillante", comparées à "un million d'yeux", expression pouvant suggérer une inquiétude qui sollicite et toumente le poète, d'autant que ces lumières sont comme des appels, venus de tout l'univers.


Assimilées à des "méandres", eux-mêmes devenus "vents sans repos", ces lumières semblent particulièrement violentes, puisqu'elles "dégringolent aveuglément".


On retrouve, plus loin, un contraste entre les "rires" et "les ombres de la terre", comme pour mettre en évidence une incertitude et une angoisse. 


Mais, c'est finalement l'amour qui triomphe et semble appeler le poète "à travers l'univers", un amour symbolisé par "un million de soleils"...


Cette chanson nous emporte dans un tourbillon d' images et de comparaisons, on ressent une oscillation permanente entre bonheur et tristesse, on perçoit des contrastes qui restituent la tessiture même de la vie, on découvre un message plein d'optimisme, à la fin, où l'amour triomphe de tous les obstacles.


La mélodie très douce et le refrain traduisent une harmonie, une paix infinie...

Les nombreuses sonorités de fricative "f", et de sifflante "s" contribuent à cette harmonie :

 

Words are flowing out like endless rain into a paper cup,
They slither while they pass, they slip away across the universe
Pools of sorrow, waves of joy are drifting through my open mind,
Possessing and caressing me.


Cette chanson nous montre que la violence fait partie du quotidien de chacun d'entre nous : elle se déchaîne en paroles, elle divise et déchire les individus, parfois, même, des couples, mais l'amour, le partage devraient  l'emporter sur tout le reste.

A travers l'univers, l'amour doit rester ce qui fait vivre le monde, c'est l'amour qui nous emporte vers la vie et le bonheur...

 

Ce message, maintes fois délivré par des poètes, n'est-il pas essentiel ? On songe, par exemple, à ce poème de Victor Hugo, intitulé Crépuscule ou à un autre texte adressé à sa fille : le poète nous invite à aimer le monde et les êtres qui nous entourent, pour mieux apprécier la vie...

 



 

En complément, les deux textes de Victor Hugo :

 

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/crepuscule.html



http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/a_ma_fille.html




 

Les mots disparaissent à travers l'univers...
Les mots disparaissent à travers l'univers...
Les mots disparaissent à travers l'univers...
Repost 0
21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 12:37
Quelle gaieté dans cet hymne au soleil !



Une chanson consacrée au soleil, quoi de plus banal ? On en connaît tant, depuis O sole mio, cet air napolitain que tout le monde a fredonné...

Tout le monde a chanté, aussi, cette chanson des Beatles, Here comes the sun. Ecrit et mis en musique par George Harrison, ce texte a fait le tour du monde.

Quelle simplicité, quelle évidence dans cette musique et ces paroles évoquant le retour tant attendu du soleil ! Simplicité des mots, venus du quotidien, simplicité de la syntaxe, de la musique...

Le soleil associé à un verbe de mouvement paraît doté de vie : "Here comes the sun", le verbe est répété, à plusieurs reprises, dans le refrain.

L'apostrophe "little darling" "petite chérie" suggère un poème d'amour, et l'évocation d'un hiver long et froid fait espérer le retour tant attendu du soleil.

Le soleil semble, ainsi, avoir disparu pendant des années interminables.

Et aussitôt qu'il revient, les sourires réapparaissent, aussi ! Le thème de la glace qui fond vient renforcer, de manière symbolique, le retour du bonheur...

Quand la glace fond, n'est ce pas un signe d'amitié, d'amour ?

Des mots simples :"Tout va bien , tout est bien" traduisent un bonheur tout aussi simple... Les verbes "dire", "être" réitérés restituent une ambiance familière.

Les sonorités de sifflante "s", tout au long du texte, nous disent et nous racontent cette douceur de la tendresse et du bonheur retrouvés :

"Here comes the sun, here comes the sun,
Voici le soleil, voici le soleil,
And I say it's all right
Et je dis que tout est bien

Little darling, it's been a long cold lonely winter
Petite chérie, nous avons eu un long et froid hiver solitaire
Little darling, it feels like years since it's been here
Petite chérie, cela semble faire des années qu'il avait disparu..."

La mélodie, elle-même, très douce souligne une impression de sérénité, de calme, d'harmonie. Le son de la guitare acoustique sublime le texte. Comment ne pas être sensible à la simplicité de cette chanson, à sa pureté évidente ?

Comment résister à cet appel du soleil ?

Quelle gaieté dans cet hymne au soleil qui paraît comme une entité vivante ! Quels éclats de rires et de bonheur nous transmet la musique !

On peut bien parler d'un chef d'oeuvre de simplicité et de clarté !


http://youtu.be/BxzEeKfpyIg

Quelle gaieté dans cet hymne au soleil !
Quelle gaieté dans cet hymne au soleil !
Quelle gaieté dans cet hymne au soleil !
Repost 0
25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 12:00
Une chanson qui évoque le passé avec un simple mot, yesterday...



Une chanson qui évoque le passé, d'un simple mot "yesterday", "hier", un passé qui paraît si proche et si lointain, en même temps, voilà le thème de ce texte célèbre des Beatles...


Dès le premier couplet, le passé et le présent sont opposés en un contraste saisissant : "yesterday", now", "hier, maintenant". Les deux mots s'opposent, en début de vers...


Cet "hier" est magnifié, exempt de soucis et de poblèmes alors que le présent intensifie et fait perdurer des angoisses...


Et la phrase "I believe in yesterday" vient souligner une sorte de credo voué au passé.


L'adverbe "suddenly", répété à deux reprises, souligne la brutalité du changement : des images très fortes apparaissent : une "ombre" qui se glisse, qui pèse comme une menace, symbole de désespoir, et le constat de n'être plus que la "moitié" de soi...


L'explication de ce désarroi est donnée dans le couplet qui suit : un amour disparu, sous forme d'une question : "pourquoi devait-elle partir ?"


Le pronom "elle" employé restitue une forme d'éloignement, la jeune femme n'est pas nommée, comme si elle était devenue inaccessible, elle est partie sans donner d'explication et le poète se pose des questions : des paroles malencontreuses et blessantes ont été peut-être prononcées...


On perçoit le doute, l'incertitude de l'amoureux, son incompréhension...


Et désormais "yesterday", "hier" devient une absence, un manque incommensurable


L'amour apparaît dans le passé comme un "jeu" mais le poète marque une volonté de se cacher, de se retirer du monde, face à l'absence..


La mélodie emplie de nostalgie souligne le texte...


Quelle pureté dans cette chanson ! "Yesterday" dev
ient le symbole de toute nostalgie, ce simple mot qui sert de titre nous parle et nous fait percevoir le temps qui passe irrémédiablement, qui nous bouscule et nous entraîne...



Yesterday a été composé par Paul McCartney... Elle est parue sur l’album Help ! le 6 août 1965 au Royaume-Uni. Elle a connu un succès planétaire puisque ce fut la chanson la plus reprise de tous les temps...

Ray Charles, Franck Sinatra, Count Basie, Marvin Gaye, Sarah Vaughan, Elvis Presley, Oscar Peterson ont, ainsi, interprété cette chanson...​

La simplicité du texte, des mots, l'universalité du thème, la fuite du temps donnent à cette chanson une valeur intemporelle : comment ne pas y être sensible ?

Photos : rosemar

http://youtu.be/S09F5MejfBE

Une chanson qui évoque le passé avec un simple mot, yesterday...
Une chanson qui évoque le passé avec un simple mot, yesterday...
Repost 0

Présentation

  • : Le blog de rosemar
  • Le blog de rosemar
  • : Pour le plaisir des mots : poésie, chanson, littérature, actualités, politique, éducation...
  • Contact

Profil

  • rosemar
  • Esprit libre et indépendant ,contestataire
  • Esprit libre et indépendant ,contestataire

Texte Libre

fleurs 4fleurs 3coqulicot

Recherche

Http://fatizo.over-Blog.com/