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7 octobre 2022 5 07 /10 /octobre /2022 11:45
Vladimir Poutine : déni de réalité ?

 

 Un haut responsable russe appelle l'armée à ne plus "mentir" sur ses défaites : il se nomme Andreï Kartapolov, il est à la tête du Comité de Défense de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, et ancien commandant militaire.

 

Alors que les troupes de Moscou reculent sur plusieurs fronts, ce haut responsable parlementaire russe a appelé mercredi l'armée à "arrêter de mentir" sur ses défaites. Les forces ukrainiennes ont revendiqué ces derniers jours de nouveaux gains territoriaux dans l'Est et le Sud du pays.

 

"Les gens savent. Notre peuple n'est pas stupide. Et il voit qu'on ne veut pas lui dire ne serait-ce qu'une partie de la vérité. Cela peut entraîner une perte de crédibilité", a déclaré Andreï Kartapolov.

 

 "L'ennemi est sur nos terres. Tous les villages frontaliers de la région de Belgorod sont pratiquement détruits", a-t-il ajouté, alors que les tirs se sont multipliés dans cette région située à la frontière entre la Russie et l'Ukraine.

 

Ainsi, le ministère russe de la Défense ne reconnaît, lui, que très rarement les revers de ses troupes, se contentant de publier chaque jour un rapport dans lequel il énumère les lourdes pertes qu'il assure infliger à son adversaire.

Ces pertes sont probablement considérables, mais le ministère évite d'évoquer les défaites et les reculs de l'armée russe...

 

Un déni de réalité : cette guerre repose sur des mensonges, des faux-semblants, une forme de négationnisme...

Et là, le mensonge semble particulièrement grossier, à tel point qu'un responsable politique le dénonce.

 

De la même façon, Vladimir Poutine se présente comme l’agressé depuis le début du conflit. Il voit l’Ukraine comme une partie historique de son territoire.

Ce faisant, il nie la réalité...

Le nombre de soldats russes morts en Ukraine est aussi un sujet tabou : un secret d'état... De nombreux soldats auraient été envoyés à la guerre, sans savoir qu'ils partaient à la guerre : on leur a dit qu'ils allaient faire des entraînements...

 

Dès l'invasion de l'Ukraine, Poutine évoquait "une opération militaire spéciale", niant la réalité de la guerre qu'il mène depuis des mois : c'était déjà un déni de réalité.

 

Mais le discours de Poutine se fissure de plus en plus face à l'opinion publique, notamment depuis qu'il a annoncé la mobilisation de réservistes...

 

Source :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-philosophie/le-deni-peut-il-etre-une-bonne-strategie-5960121

 

 

 

 

 

Vladimir Poutine : déni de réalité ?
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5 octobre 2022 3 05 /10 /octobre /2022 09:52
Une société de zombies ?

 

Nous subissons tous plus ou moins l'influence d'internet surtout quand nous sommes inscrits sur les réseaux sociaux, Twitter, Facebook...

Sur ces réseaux, "chacun est nudgé en fonction des données qu'il a fournies...", nous met en garde Gaspard Koenig.

"Nudgé ? " Quel est ce mot barbare aux allures sympathiques ?

 

La théorie du nudge ou "coup de coude" en anglais, a été développée par le prix Nobel d'économie 2017 Richard Thaler. Cette technique issue de l'économie comportementale se propose d'influencer nos comportements dans notre propre intérêt. Une approche qui intéresse les pouvoirs publics.

 

Pour résumer : la théorie du nudge part du principe que "l'homo oeconomicus" qui prendrait toujours des décisions dans son propre intérêt, n'existe pas.

Il souffre de biais de comportements causés notamment par son environnement. Ce qui lui fait parfois prendre des décisions qui ne sont pas les bonnes pour lui (manger des frites à la cantine plutôt que de la salade, ne pas jeter ses déchets dans la bonne poubelle, ne pas attacher sa ceinture de sécurité, etc.) Le nudge vient alors modifier son environnement, et donc son "architecture de choix" pour l'inciter (et non le contraindre) à prendre la bonne décision. 

Oui mais le nudge peut s'apparenter aussi à une technique de manipulation...

 

Et les réseaux sociaux sont particulièrement aptes à nous influencer et à créer une véritable addiction, ils peuvent agir comme une drogue.

Et comme l'écrit Gaspard Koenig " on croit toujours que les addicts, ce sont les autres..."

 

Il explique bien comment fonctionne cette addiction : "Le business model repose sur l'accumulation des données. Pour extraire de la donnée, il faut générer de l'activité. Pour générer de l'activité, il faut créer une addiction. Pour créer une addiction, il faut jouer sur nos instincts les plus primaires : récompenses (likes), conflit (tweet clashes), compétition (nombre de followers). L'abêtissement du débat public, l'hystérie partisane, la dictature de l'émotion, le retour de la morale publique et la désinformation de masse sont des conséquences directes du titillement permanent que les réseaux sociaux exercent sur nos circuits neuronaux."

 

Et il ajoute : "La palette des sentiments humains se résume au smiley et à l'insulte, deux faces d'une même régression infantile. Les réseaux sociaux, tels qu'ils sont conçus aujourd'hui, minent nos démocraties."

 

La solution serait, dès lors, de se déconnecter... Mais l'addiction est si forte que la déconnexion devient de plus en plus difficile, voire impossible...

Une servitude volontaire dont nous sommes à la fois les victimes et les acteurs...

Il faut prendre conscience de l'emprise qu'exercent sur nous internet, les réseaux sociaux, pour éviter de devenir des esclaves du système...

 

Allons nous devenir une société de zombies ?

 

 

Sources :

Gaspard Koenig : La Fin de l'individu (Voyage d'un philosophe au pays de l'intelligence artificielle)

 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/hashtag/connaissez-vous-le-nudge-6076911

 

https://www.lepoint.fr/culture/diktats-des-reseaux-sociaux-les-stars-aussi-se-rebellent-06-09-2022-2488786_3.php

 

 

 

Une société de zombies ?
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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 12:19
Féminicides : "des crimes de propriétaires"...

 

 En Iran, une jeune femme a été d'abord interpellée, arrêtée pour avoir mal porté son voile. A l'issue de cette arrestation, elle est décédée...

Choquées par la mort de Mahsa Amini, les Iraniennes se lancent dans des manifestations qui secouent le pays, n’hésitant pas à retirer leur hidjab.

Déjà au moins 92 décès au cours de ces manifestations...

 

Des féminicides intolérables : un phénomène qui touche aussi la France...

L’an dernier, malgré les décisions qui faisaient suite au Grenelle des violences conjugales ouvert en 2019, 122 femmes ont été victimes de féminicide en France, un chiffre en hausse de 20% par rapport à 2020. Et d’après les derniers décomptes des associations, 94 femmes seraient déjà mortes cette année sous les coups de leur conjoint, ex-conjoint ou d'un membre de leur famille.

 

"Je trouve que c'est très important que ce terme fasse irruption depuis quelques années" insiste la ministre Isabelle Lonvis-Rome, "notamment lors du Grenelle des violences conjugales en 2019, parce qu'il fait bien état de ce que sont ces meurtres. Des meurtres qui potentiellement peuvent toucher 52 % de l'humanité. Je trouve que c'est un terme qui est très percutant, parce qu'il renvoie à la construction de la société qui a pu justement s'édifier sur des rapports de domination patriarcale du masculin sur le féminin. Et je pense que c'est la mise en exergue de cette domination qui ne passe pas forcément dans notre pays".

 

L'historienne Christelle Taraud propose la formule de "continuum féminicidaire" : "parce que ce sont toutes les violences faites aux femmes, de la naissance à la mort qui peuvent être des violences physiques, sexuelles, psychologiques, symboliques aussi. C'est cet agrégat de violences, qui constitue le crime de féminicide, étant entendu que le point d'acmé du féminicide, c'est bien sûr le meurtre de femmes parce qu'elles sont des femmes, dans un contexte individuel, mais aussi dans un contexte collectif".

 

La ministre Isabelle Lonvis-Rome le rappelle :  "Une journaliste du nom de Séverine, à la fin du XIXᵉ siècle, les appelait des crimes de proprios, des crimes de propriétaires. (…) Il y a une vingtaine d'années, ces crimes s’appelaient encore des crimes passionnels et étaient punis de six ans, huit ans d'emprisonnement". Mais notre société et notre droit commencent à réagir, "aujourd'hui, on est plutôt sur une fourchette comprise entre 18 ans et perpétuité".

 

Nos mères ont connu cette mentalité archaïque qui imposait à la femme de se soumettre aux diktats de son époux.

Mais ces temps devraient être révolus : c'est loin d'être le cas...

 

Droits des femmes bafoués, souffrances, cris de douleur, femmes insultées, humiliées, meurtries, blessées parfois à mort est-ce en France que cela se produit ?? Est-ce dans ce pays moderne, où les gens ont accès à l'instruction, à la connaissance, au savoir, que ces faits se déroulent ?
 

Malheureusement, la pandémie a eu tendance à accentuer ce problème : toujours plus de violences.


 Les femmes de milieu modeste subissent aussi plus fréquemment des violences sexuelles, des agressions verbales ou physiques à l'intérieur de leur ménage.

 

Sources :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-temps-du-debat/feminicides-1796589

 

https://www.lepoint.fr/monde/comment-la-mort-d-une-jeune-femme-a-relance-le-debat-sur-le-voile-obligatoire-en-iran-19-09-2022-2490519_24.php

 

 

 

 

Féminicides : "des crimes de propriétaires"...
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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 12:08
Senteurs de roses rouges...

 

 

Senteurs de roses rouges du jardin de l'Estaque ! Des petites fleurs d'un rouge sombre s'épanouissaient au fond du jardin, sous des althéas de couleur mauve....

 

 

Le rosier rabougri, chétif, faisait pourtant naître des fleurs aux parfums odorants.

 

 

Rares étaient ces roses aux embruns si doux.... Mais elles exhalaient des senteurs uniques, des envolées de sucs aux teintes de pourpres.

 

 

Parfums de terre et de roses mêlés ! Légers ombrages des althéas voisins et senteurs vives des petites fleurs aux teintes obscures !

 

 

Les parfums nous laissent, ainsi, des souvenirs inoubliables. Parfums de roses rouges ! Senteurs enivrantes et subtiles !

 

 

Dans un recoin sombre du jardin, ces fleurs faisaient vivre des éclats de teintes d'un rouge profond.

 

 

Et chaque fleur rare était appréciée à sa juste valeur.

 

 

On en recueillait, avec ferveur, les parfums, on les respirait d'abondance. On s'imprégnait, au passage, de ces vivacités de senteurs !

 

 

On admirait les effluves de ces envolées de roses ! Sous les althéas, les roses vibraient de tant de parfums !
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo et vidéo : rosemar

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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 12:41
Manon Lescaut : l'incipit...

 

Le mot "incipit" vient d'un verbe latin à la troisième personne et se traduit par "il commence".

L'incipit désigne donc la ou les premières pages d'un roman... Traditionnellement, l'incipit a deux fonctions essentielles :

- une fonction informative : il s'agit d'informer le lecteur sur les temps, lieux, personnages.

- une fonction attractive : il convient d'inciter le lecteur à poursuivre la lecture, et de susciter sa curiosité...

On retrouve ces deux fonctions dans l'incipit du roman de Prévost : Manon Lescaut...

 

I) Fonction informative dans un récit réaliste :

1) Le narrateur parle à la première personne "je", dès la première phrase : on sait qu'il s'agit du Marquis de Renoncour ( Le roman Manon Lescaut était à l'origine inséré dans un ensemble plus vaste : Les Mémoires d'un homme de qualité.)

Le Marquis évoque sa première rencontre avec les héros de l'histoire : Manon et Des Grieux. Le récit se présente donc comme un véritable témoignage : une façon d'authentifier le récit par l'emploi de la première personne. C'est un témoin fiable, crédible qui s'exprime, un homme de qualité.

2) Des renseignements nous sont donnés sur le cadre : un cadre ordinaire, familier, il s'agit d'une scène de rue où l'on voit la populace, "tous les habitants" se précipiter pour assister à l'arrivée d'un convoi. On perçoit quelques détails réalistes : "mauvaise hôtellerie... deux chariots couverts... des maisons... des chevaux fumants".

3) Le lieu est situé précisément : Pacy sur Eure, une ville réelle située en Normandie.

On relève aussi plusieurs noms propres : "Le Havre de Grâce... Paris (Des Grieux a suivi Manon depuis Paris)... l'Amérique : c'est la destination du convoi.

4) Des allusions à l'actualité de l'époque : la Régence... Une nouvelle colonie avait été récemment conquise par Louis XIV : la Louisiane. Pour la peupler, on avait recours à des déportations forcées de filles de joie, de détenues. Pour encadrer ces convois, on venait de créer un corps spécial de militaires : des "archers" avec un uniforme particulier "une bandoulière et un mousquet."

Ces archers avaient mauvaise réputation : ils étaient cupides, brutaux. Un des archers s'exprime dans un discours direct, ce qui authentifie la scène.

5) Quelques détails réalistes émaillent le récit.

"filles enchaînées... la saleté du linge de Manon... l'hôpital" : il s'agit de l'hôpital de la Salpêtrière qui était à l'époque une prison où l'on enfermait les fous, les mendiants, les filles de joie.

 

II La fonction attractive

1) Prévost attire notre regard par une scène spectaculaire, très visuelle : la populace se précipite pour observer un convoi, une scène intense quasi cinématographique.

Le verbe "voir" est utilisé dès le début de l'extrait. Plus loin, on trouve le mot "spectacle".

Les verbes de mouvement traduisent l'élan de la foule attirée par ce spectacle : "se précipitaient... courir... la populace qui s'avançait... se poussant."

2) La curiosité des gens et du narrateur lui-même (le marquis de Renoncour) renvoie aussi à la curiosité du lecteur comme une mise en abîme : le lecteur s'identifie au narrateur et voit la scène en même temps que lui.

3) Les personnages suscitent aussi notre curiosité : 

Manon a un "air et une figure peu conformes à sa condition", elle ressemble à "une personne de premier rang". Manon se distingue des autres, elle apparaît unique.

Pourtant, Manon n'est pas vraiment décrite, elle reste une énigme, sa beauté est suggérée mais n'est pas détaillée. Elle est souvent associée aux verbes "paraître, sembler".

On connaît seulement l'impression, les sentiments qu'elle produit sur les autres : "je vis quelque chose d'assez touchant... du respect et de la pitié... " On a une connaissance lyrique du personnage qui attire immédiatement la sympathie.

Des Grieux, lui, est présenté par un des archers : c'est l'image même de la passion, de la fidélité, une figure tragique associée à des pleurs. On relève des expressions hyperboliques : "enseveli dans une rêverie profonde... je n'ai jamais vu de plus vive image de la douleur."

Le personnage est décrit aussi en termes élogieux soulignés par des adverbes d'intensité : "un air si fin et si noble". Lui aussi apparaît attirant, énigmatique : il n'est pas décrit précisément.

Les deux héros apparaissent distingués et s'opposent au milieu populaire évoqué au début.

 

III La composition du roman et sa technique

1) En fait, dès le début du roman, le lecteur apprend ce que sera le sort de Manon : elle sera déportée en Amérique : avant de connaître en détail l'histoire d'amour des deux héros, leur rencontre, leurs aventures, on sait en partie ce qui va leur arriver.

Quel est l'effet produit ? Une sorte de fatalité pèse sur les personnages comme dans les tragédies antiques où tout est raconté dans le prologue : on entre tout de suite dans le drame.

2) Le roman au XVIII ème siècle est encore influencé par l'esthétique théâtrale : on trouve dans le roman de nombreux aspects qui font songer à la tragédie classique.

Nous avons là une véritable scène de théâtre tragique : Manon est au centre de la scène, la lumière est concentrée sur elle, tout le monde la regarde : la foule, une vieille femme, l'homme de qualité...

Les autres personnages jouent le rôle de figurants. La vieille femme commente l'action comme le choeur dans les tragédies antiques. On peut noter l'expressivité de ses gestes : "joignant les mains et criant que c'était une chose barbare..."

3) On retrouve dans cet incipit les ressorts essentiels de la tragédie classique : "horreur et compassion", la terreur et la pitié, selon la définition d'Aristote. Les exclamations de la vieille femme soulignent le tragique. 

Comme au théâtre, il y a là tout un art de la préparation et de l'attente. Et bien sûr le style direct utilisé à plusieurs reprises dans cet incipit fait songer aussi à l'art théâtral.

 

 

Cet incipit parvient à intéresser le lecteur avide de connaître le destin de ces deux êtres d'exception dans un convoi de déportés. Manon et Des Grieux sont des héros romanesques fascinants.

Manon incarne la fatalité de la passion : c'est une figure de rêve, une beauté idéale qui rayonne et envoûte...

Le style reste classique : plein de pudeur, de retenue : aucune vulgarité dans l'évocation du convoi.

 

 

 

Le texte :

 "Ayant repris mon chemin par Évreux, où je couchai la première nuit, j’arrivai le lendemain pour dîner à
Pacy, qui en est éloigné de cinq ou six lieues. 
Je fus surpris en entrant dans ce bourg, d'y voir tous les habitants en alarme. Ils se précipitaient de leurs maisons pour courir en foule à la porte d'une mauvaise hôtellerie, devant laquelle étaient deux chariots couverts. Les chevaux, qui étaient encore attelés et qui paraissaient fumants de fatigue et de chaleur, marquaient que ces deux voitures ne faisaient qu'arriver. Je m'arrêtai un moment pour m'informer d'où venait le tumulte ; mais je tirai peu d'éclaircissement d'une populace curieuse, qui ne faisait nulle attention à mes demandes, et qui s'avançait toujours vers l'hôtellerie, en se poussant avec beaucoup de confusion. Enfin, un archer revêtu d'une bandoulière, et le mousquet sur l'épaule, ayant paru à la porte, je lui fis signe de la main de venir à moi. Je le priai de m'apprendre le sujet de ce désordre. Ce n'est rien, monsieur, me dit-il ; c'est une douzaine de filles de joie que je conduis, avec mes compagnons, jusqu'au Havre-de-Grâce, où nous les ferons embarquer pour l'Amérique. Il y en a quelques-unes de jolies, et c'est apparemment ce qui excite la curiosité de ces bons paysans. J'aurais passé après cette explication, si je n'eusse été arrêté par les exclamations d'une vieille femme qui sortait de l'hôtellerie en joignant les mains, et criant que c'était une chose barbare, une chose qui faisait horreur et compassion. De quoi s'agit-il donc ? lui dis-je. Ah ! monsieur, entrez, répondit-elle, et voyez si ce spectacle n'est pas capable de fendre le cœur ! La curiosité me fit descendre de mon cheval, que je laissai à mon palefrenier. J'entrai avec peine, en perçant la foule, et je vis, en effet, quelque chose d'assez touchant. Parmi les douze filles qui étaient enchaînées six par six par le milieu du corps, il y en avait une dont l'air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une personne du premier rang. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l'enlaidissaient si peu que sa vue m'inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins de se tourner, autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux yeux des spectateurs. L'effort qu'elle faisait pour se cacher était si naturel, qu'il paraissait venir d'un sentiment de modestie. Comme les six gardes qui accompagnaient cette malheureuse bande étaient aussi dans la chambre, je pris le chef en particulier et je lui demandai quelques lumières sur le sort de cette belle fille. Il ne put m'en donner que de fort générales. Nous l'avons tirée de l'Hôpital, me dit-il, par ordre de M. le Lieutenant général de Police. Il n'y a pas d'apparence qu'elle y eût été renfermée pour ses bonnes actions. Je l'ai interrogée plusieurs fois sur la route, elle s'obstine à ne me rien répondre. Mais, quoique je n'aie pas reçu ordre de la ménager plus que les autres, je ne laisse pas d'avoir quelques égards pour elle, parce qu'il me semble qu'elle vaut un peu mieux que ses compagnes. Voilà un jeune homme, ajouta l'archer, qui pourrait vous instruire mieux que moi sur la cause de sa disgrâce ; il l'a suivie depuis Paris, sans cesser presque un moment de pleurer. Il faut que ce soit son frère ou son amant. Je me tournai vers le coin de la chambre où ce jeune homme était assis. Il paraissait enseveli dans une rêverie profonde. Je n'ai jamais vu de plus vive image de la douleur. Il était mis fort simplement ; mais on distingue, au premier coup d'oeil, un homme qui a de la naissance et de l'éducation. Je m'approchai de lui. Il se leva ; et je découvris dans ses yeux, dans sa figure et dans tous ses mouvements, un air si fin et si noble que je me sentis porté naturellement à lui vouloir du bien. Que je ne vous trouble point, lui dis-je, en m'asseyant près de lui. Voulez-vous bien satisfaire la curiosité que j'ai de connaître cette belle personne, qui ne me paraît point faite pour le triste état où je la vois ? Il me répondit honnêtement qu'il ne pouvait m'apprendre qui elle était sans se faire connaître lui-même, et qu'il avait de fortes raisons pour souhaiter de demeurer inconnu. Je puis vous dire, néanmoins, ce que ces misérables n'ignorent point, continua-t-il en montrant les archers, c'est que je l'aime avec une passion si violente qu'elle me rend le plus infortuné de tous les hommes."

Extrait de la première partie de Manon Lescaut - L'abbé Prévost


 

 

Manon Lescaut : l'incipit...
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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 09:44
Société : du dédain pour les faibles...

 

Dans une société où triomphent la performance, la rapidité, l'efficacité, les faibles sont les premières victimes du dédain...

On les efface, on veut les oublier, surtout ne pas les voir... comme s'ils dérangeaient la bonne conscience...

 

C'est ainsi que les vieux sont relégués dans des maisons de retraite, désignées par cet acronyme : EHPAD.

"Ces machines à broyer les vieux le font en toute impunité avec la complicité des États. On tue les vieux dans les Ehpad du monde entier. Dans ces zones de non-droit, mauvais traitements et défaut de soins ne sont que des "dysfonctionnements" graves, pour Brigitte Bourguignon, Ministre de la Santé, empêchant la bientraitance, mais qui ne relèvent pas de la justice. Il est pourtant urgent de regarder la réalité en face et d'agir."

 

Les faibles, ce sont aussi les gens malades, parfois abandonnés sur des lits d'hôpitaux, dont on connaît aussi les dysfonctionnements graves : manque de personnel, de moyens, de lits, etc.

 

Les faibles, ce sont encore les pauvres, "un qualificatif minorant exprimant le dédain", comme l'écrit Christian Vigouroux.

Eux aussi, on préfère ne pas les voir : les SDF dans nos rues sont souvent invisibles pour la plupart des passants, on ne les voit pas, on ne les regarde pas...

 

Et puis, il y a les gros, les enrobés, les obèses, ceux qui sont en surpoids...

"Il ou elle souffre, en France, en Allemagne et ailleurs, de l'assimilation trop automatique par les tiers et les employeurs entre surpoids et absence de volonté, de maîtrise de soi au-delà même des canons de la beauté. Cette présomption de faiblesse projetée sur le gros est le premier facteur de dédain à son détriment." écrit Christian Vigouroux.

Et il rajoute : "Le dédain des gros(ses) est aujourd'hui un phénomène d'avenir : l'obésité en augmentation chez les Français, la hausse de l'indice de masse corporelle est particulièrement sensible parmi les plus jeunes. Elle frappe en priorité les milieux défavorisés et concerne plus le Nord-Est que le Sud-Ouest. Le dédain retrouve ses cibles favorites."

 

Ainsi, dans nos sociétés vouées à la vitesse, les catégories les plus faibles sont les cibles et les victimes du dédain : on refuse de les prendre en considération, on les cache, on les occulte, on ne veut pas les voir...

 

 

Sources : 

Un ouvrage de Christian Vigouroux : La société du dédain

 

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/on-tue-les-vieux-dans-les-ehpad-du-monde-entier-avec-la-complicite-des-etats

 

 

 

 

Société : du dédain pour les faibles...
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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 11:15
Russie : le choix de l'exil...

 

"Des files d'attente impressionnantes à l'aéroport de Moscou... aux postes frontières, en voiture ou à pied, des milliers de Russes ont fait le choix de l'exil, depuis l'annonce d'une mobilisation des réservistes par Vladimir Poutine pour le front ukrainien.

Des hommes, des femmes, des enfants prennent la direction de la Turquie, de la Finlande mais aussi de la Géorgie.

 

Plus de 20 kilomètres de file d'attente aujourd'hui pour passer en Géorgie : dans des milliers de voitures, des Russes fuyant la mobilisation des réservistes décrétée par Vladimir Poutine.

Les voici côté Géorgien après deux à trois jours d'embouteillages.

A Tbilissi, la capitale du pays, nouvelle file d'attente pour se procurer une carte Sim et téléphoner localement.

 

Valises sur le trottoir des hommes expliquent que jusqu’à présent, les Russes laissent passer presque tout le monde, moyennant parfois des pots de vin, jusqu’à 180 euros.

Souvent ces hommes disent qu’ils n’ont pas encore été convoqués par les autorités militaires, mais ils partent par précaution. 

"C’est allé trop loin. Ce que nous propose le gouvernement ne me convient pas. On a deux solutions : soit on est mobilisé et on va au front, soit on va en prison, si on refuse. Bien sûr tout le monde ne sera pas mobilisé, mais tu ne sais pas si ça va tomber sur toi ou sur quelqu’un d’autre", dit un Russe.

"J'ai eu peur, enfin, j'ai pas eu peur d'aller à la guerre, j'ai peur que la situation en Russie se dégrade, qu'il n' y ait plus du tout d'emplois par exemple.", explique un autre Russe.

 

Deux autres Russes sont eux aussi arrivés récemment, l'un était en voyage professionnel, au moment de l'annonce de la mobilisation, l'autre était en vacances en Géorgie. Tous les deux ont décidé de s'installer à Tbilissi.

 

Ils racontent ce que vivent leurs amis restés en Russie : "Tous se demandent comment se cacher, comment éviter la mobilisation, comment contourner les bureaux de recrutement militaire, comment sortir le moins possible, ne pas prendre le métro, par exemple, parce qu'il y a des caméras de surveillance."

 

Ces nouveaux arrivants russes ne sont pas forcément les bienvenus en Géorgie. Sur un graffiti récent, ils sont invités avec des mots assez crus, à rentrer chez eux."

 

Les témoignages recueillis lors de ce reportage montrent un refus de la guerre et une volonté d'y échapper : de nombreux Russes refusent le sacrifice exigé par Poutine.

 

Le front ou la prison : évidemment, beaucoup de Russes, face à cette alternative, choisissent de fuir...  il reste à connaître le nombre exact de ces exilés.

 

 

Source :

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/mobilisation-des-reservistes-par-vladimir-poutine-des-milliers-de-russes-font-le-choix-de-lexil_5380792.html

 

 

Russie : le choix de l'exil...
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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 12:55
La beauté des cygnes...

 

Sur l'eau sombre, des nuées de plumes vaporeuses... 

 

 

Silhouettes gracieuses, cous souples, embruns de plumes neigeuses... les cygnes se donnent en spectacle...

 

 

Magnifique ronde de plumages soyeux aux teintes douces de roses et de blancs !

 

 

Tableau ondoyant et envoûtant !

 

 

Becs lustrés de rose, cernés de noir, les jeunes cygnes, à la toilette, arrondissent leurs cous  majestueux...

 

 

 

Joli ballet plein d'élégance et d'harmonie ! 

 

 

 

Un duvet léger ennuage leurs frimousses : images attendrissantes sur le plan d'eau !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo et vidéo : rosemar

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23 septembre 2022 5 23 /09 /septembre /2022 10:19
Explosion du nombre de solitaires...

Le capitalisme extrême, son mode de vie effréné font que les gens sont complètement isolés...

Matthieu Chaigne, auteur de La Fabrique des Solitaires, étudie les raisons de notre isolement croissant...

 


"Une société d'individus solitaires... même des jeunes peuvent être touchés par l'isolement relationnel...

Des ruptures liées à l'organisation du territoire, liées aussi au digital ont créé cette société d'individus solitaires qui ne permettent plus de faire nation...

Les pavillons, les maisons avec digicodes, les étudiants dans leur chambre de bonnes, les barres HLM, le numérique, la précarité accentuent la solitude.

Depuis les années 50, on a assisté à un grand développement du périurbain : un modèle pavillonnaire de maisons juxtaposées les unes aux autres, un modèle qui répond à un idéal : avoir un bout de jardin à soi, pouvoir avoir une maison qu'on achète, et en même temps, ce pavillon peut se refermer sur ses habitants.

Car le modèle pavillonnaire n'a pas été pensé pour créer du lien, il y a une juxtaposition de pavillons avec un déficit de lieux pour se retrouver pour se rassembler.

 

La société du tout marchand isole aussi les individus : aujourd'hui, tout s'achète, tout se vend, tout a un prix.

Vous pouvez louer le véhicule de votre voisin sur une plateforme, vous pouvez louer une après-midi piscine chez votre voisin, même les services d'entraide ont désormais un prix... ce qui distille un doute : l'autre, finalement, a des intérêts contradictoires avec les miens.

Un tiers des Français pensent que la plupart des gens cherchent à profiter d'eux.

Nous sommes entrés dans une société de la méfiance où l'autre a potentiellement des intérêts contradictoires avec les nôtres.

Ce qui a un impact politique : on ne peut plus faire nation, si celui qui est à côté de moi, forcément, a des valeurs contradictoires avec les miennes.

 

Des pays ont créé des ministères de la solitude : le Royaume-Uni, le Japon ont bien compris que la société d'isolement que nous avons créée avait un impact majeur : nous empêcher de vivre ensemble...

 

Le communautarisme a aussi un lien avec la solitude : le point de départ, c'est notre nature humaine... du point de vue des sciences comportementales, des chercheurs américains démontrent que nous sommes des animaux sociaux : quand nous ne sommes pas connectés avec les autres, par défaut, nous allons chercher à appréhender ce qu'ils pensent, ce qu'ils disent.

Les salafistes vont offrir à l'individu isolé une identité, des rites qui vont scander sa journée, ils vont lui offrir, via l'oumma une communauté à laquelle il va appartenir. 

Nous avons besoin de nous sentir membres d'une communauté.

 

Comment nous, République, pouvons-nous créer une communauté nationale qui intègre les gens, notamment à travers les rites ? Les rites sont un moyen  de créer des liens entre les gens et de démontrer qu'au delà de nos différences nous avons une fraternité commune.

La consommation a été un moyen de créer ce qu'on appelle la société de consommation : on se sentait membre d'une même communauté, parce qu'on achetait les mêmes produits.

 

Mais, cette société de consommation n'existe plus aujourd'hui, en raison d'une paupérisation de la classe moyenne qui ne peut plus acheter comme tout le monde...

La société de consommation ne permet plus de créer une adhésion commune.

 

Le service militaire était un rite républicain qui permettait un brassage, c'était un rite de passage, un rite initiatique : des gens qui n'avaient absolument pas la même culture faisaient ensemble une même activité.

 

Aujourd'hui, l'objectif est de recréer des rites... S'impliquer pour les autres, ce pourrait être une façon de rétablir des rites... s'impliquer pour la santé, pour l'écologie, etc."

 

Le problème est que nos sociétés génèrent de l'individualisme, encore plus avec l'avènement d'internet.

 

Source :

 

https://tv.marianne.net/rencontres/-comment-notre-societe-produit-des-individus-m

 

 

 

Explosion du nombre de solitaires...
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21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 08:33
Une célèbre chanteuse russe dénonce la guerre en Ukraine...

 

Elle s'appelle Alla Pougatcheva : elle n'est pas connue en France, mais en Russie, elle est l'une des chanteuses pop les plus célèbres... c'est même probablement la femme la plus célèbre de Russie. C'est un peu l'équivalent russe de Johnny Halliday.

 

50 ans de carrière, débutée sous l'URSS, des chansons qui appartiennent au patrimoine populaire, des divorces à la pelle, autant de mariages, le dernier avec un comédien de 27 ans de moins qu'elle, qui critique régulièrement le pouvoir de Moscou...

 

Elle même n'a pas hésité à dénoncer l'offensive russe en Ukraine dans un message publié sur Instagram.

 

Une sortie particulièrement remarquée dans un pays où la répression dissuade d'évoquer l'invasion de l'Ukraine.

 

Sur son compte Instagram, suivi par près de 3,5 millions de personnes, Alla Pougatcheva, 73 ans, a réagi à l'annonce, vendredi, du placement de son mari, le comédien Maxime Galkine, sur la liste infamante des "agents de l'étranger" en Russie. 

 

"Je vous demande de me classer parmi les agents de l'étranger de mon cher pays", a écrit Alla Pougatcheva, dans un message à l'intention du ministère russe de la Justice.

"Car je suis solidaire avec mon mari, une personne honnête, intègre et sincère, un véritable patriote russe, incorruptible, qui souhaite que sa Patrie prospère et vive en paix", a-t-elle indiqué.

 

Selon elle, "son mari ne souhaite que la liberté d'expression, et surtout la fin de la mort de nos garçons pour des objectifs illusoires qui font de notre pays un paria et qui pèsent sur la vie de nos citoyens."

 

Des propos particulièrement violents qui ont suscité des milliers de réactions sur les réseaux sociaux. Le porte parole de Vladimir Poutine manifestement un peu gêné n'a pas souhaité commenter cette sortie.

 

Les médias officiels en ont repris uniquement le début mais en omettant toute référence à l'Ukraine.

 

Ainsi, peu à peu, des critiques s'élèvent en Russie contre "l'opération militaire spéciale" de Vladimir Poutine...

 

Cette chanteuse pop ne mâche pas ses mots : elle défend la liberté d'expression dont on connaît les limites en Russie. Elle évoque clairement les résultats désastreux de cette guerre : la mort de jeunes soldats, et elle va même jusqu'à dénoncer des "objectifs illusoires."

 

 

Sources :

 

https://www.tf1info.fr/international/russie-une-superstar-de-la-variete-russe-s-oppose-a-la-guerre-en-ukraine-2232700.html

 

 

https://fr.euronews.com/2022/09/18/russie-la-chanteuse-alla-pougatcheva-critique-la-guerre-en-ukraine

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