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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 12:41
Manon Lescaut : l'incipit...

 

Le mot "incipit" vient d'un verbe latin à la troisième personne et se traduit par "il commence".

L'incipit désigne donc la ou les premières pages d'un roman... Traditionnellement, l'incipit a deux fonctions essentielles :

- une fonction informative : il s'agit d'informer le lecteur sur les temps, lieux, personnages.

- une fonction attractive : il convient d'inciter le lecteur à poursuivre la lecture, et de susciter sa curiosité...

On retrouve ces deux fonctions dans l'incipit du roman de Prévost : Manon Lescaut...

 

I) Fonction informative dans un récit réaliste :

1) Le narrateur parle à la première personne "je", dès la première phrase : on sait qu'il s'agit du Marquis de Renoncour ( Le roman Manon Lescaut était à l'origine inséré dans un ensemble plus vaste : Les Mémoires d'un homme de qualité.)

Le Marquis évoque sa première rencontre avec les héros de l'histoire : Manon et Des Grieux. Le récit se présente donc comme un véritable témoignage : une façon d'authentifier le récit par l'emploi de la première personne. C'est un témoin fiable, crédible qui s'exprime, un homme de qualité.

2) Des renseignements nous sont donnés sur le cadre : un cadre ordinaire, familier, il s'agit d'une scène de rue où l'on voit la populace, "tous les habitants" se précipiter pour assister à l'arrivée d'un convoi. On perçoit quelques détails réalistes : "mauvaise hôtellerie... deux chariots couverts... des maisons... des chevaux fumants".

3) Le lieu est situé précisément : Pacy sur Eure, une ville réelle située en Normandie.

On relève aussi plusieurs noms propres : "Le Havre de Grâce... Paris (Des Grieux a suivi Manon depuis Paris)... l'Amérique : c'est la destination du convoi.

4) Des allusions à l'actualité de l'époque : la Régence... Une nouvelle colonie avait été récemment conquise par Louis XIV : la Louisiane. Pour la peupler, on avait recours à des déportations forcées de filles de joie, de détenues. Pour encadrer ces convois, on venait de créer un corps spécial de militaires : des "archers" avec un uniforme particulier "une bandoulière et un mousquet."

Ces archers avaient mauvaise réputation : ils étaient cupides, brutaux. Un des archers s'exprime dans un discours direct, ce qui authentifie la scène.

5) Quelques détails réalistes émaillent le récit.

"filles enchaînées... la saleté du linge de Manon... l'hôpital" : il s'agit de l'hôpital de la Salpêtrière qui était à l'époque une prison où l'on enfermait les fous, les mendiants, les filles de joie.

 

II La fonction attractive

1) Prévost attire notre regard par une scène spectaculaire, très visuelle : la populace se précipite pour observer un convoi, une scène intense quasi cinématographique.

Le verbe "voir" est utilisé dès le début de l'extrait. Plus loin, on trouve le mot "spectacle".

Les verbes de mouvement traduisent l'élan de la foule attirée par ce spectacle : "se précipitaient... courir... la populace qui s'avançait... se poussant."

2) La curiosité des gens et du narrateur lui-même (le marquis de Renoncour) renvoie aussi à la curiosité du lecteur comme une mise en abîme : le lecteur s'identifie au narrateur et voit la scène en même temps que lui.

3) Les personnages suscitent aussi notre curiosité : 

Manon a un "air et une figure peu conformes à sa condition", elle ressemble à "une personne de premier rang". Manon se distingue des autres, elle apparaît unique.

Pourtant, Manon n'est pas vraiment décrite, elle reste une énigme, sa beauté est suggérée mais n'est pas détaillée. Elle est souvent associée aux verbes "paraître, sembler".

On connaît seulement l'impression, les sentiments qu'elle produit sur les autres : "je vis quelque chose d'assez touchant... du respect et de la pitié... " On a une connaissance lyrique du personnage qui attire immédiatement la sympathie.

Des Grieux, lui, est présenté par un des archers : c'est l'image même de la passion, de la fidélité, une figure tragique associée à des pleurs. On relève des expressions hyperboliques : "enseveli dans une rêverie profonde... je n'ai jamais vu de plus vive image de la douleur."

Le personnage est décrit aussi en termes élogieux soulignés par des adverbes d'intensité : "un air si fin et si noble". Lui aussi apparaît attirant, énigmatique : il n'est pas décrit précisément.

Les deux héros apparaissent distingués et s'opposent au milieu populaire évoqué au début.

 

III La composition du roman et sa technique

1) En fait, dès le début du roman, le lecteur apprend ce que sera le sort de Manon : elle sera déportée en Amérique : avant de connaître en détail l'histoire d'amour des deux héros, leur rencontre, leurs aventures, on sait en partie ce qui va leur arriver.

Quel est l'effet produit ? Une sorte de fatalité pèse sur les personnages comme dans les tragédies antiques où tout est raconté dans le prologue : on entre tout de suite dans le drame.

2) Le roman au XVIII ème siècle est encore influencé par l'esthétique théâtrale : on trouve dans le roman de nombreux aspects qui font songer à la tragédie classique.

Nous avons là une véritable scène de théâtre tragique : Manon est au centre de la scène, la lumière est concentrée sur elle, tout le monde la regarde : la foule, une vieille femme, l'homme de qualité...

Les autres personnages jouent le rôle de figurants. La vieille femme commente l'action comme le choeur dans les tragédies antiques. On peut noter l'expressivité de ses gestes : "joignant les mains et criant que c'était une chose barbare..."

3) On retrouve dans cet incipit les ressorts essentiels de la tragédie classique : "horreur et compassion", la terreur et la pitié, selon la définition d'Aristote. Les exclamations de la vieille femme soulignent le tragique. 

Comme au théâtre, il y a là tout un art de la préparation et de l'attente. Et bien sûr le style direct utilisé à plusieurs reprises dans cet incipit fait songer aussi à l'art théâtral.

 

 

Cet incipit parvient à intéresser le lecteur avide de connaître le destin de ces deux êtres d'exception dans un convoi de déportés. Manon et Des Grieux sont des héros romanesques fascinants.

Manon incarne la fatalité de la passion : c'est une figure de rêve, une beauté idéale qui rayonne et envoûte...

Le style reste classique : plein de pudeur, de retenue : aucune vulgarité dans l'évocation du convoi.

 

 

 

Le texte :

 "Ayant repris mon chemin par Évreux, où je couchai la première nuit, j’arrivai le lendemain pour dîner à
Pacy, qui en est éloigné de cinq ou six lieues. 
Je fus surpris en entrant dans ce bourg, d'y voir tous les habitants en alarme. Ils se précipitaient de leurs maisons pour courir en foule à la porte d'une mauvaise hôtellerie, devant laquelle étaient deux chariots couverts. Les chevaux, qui étaient encore attelés et qui paraissaient fumants de fatigue et de chaleur, marquaient que ces deux voitures ne faisaient qu'arriver. Je m'arrêtai un moment pour m'informer d'où venait le tumulte ; mais je tirai peu d'éclaircissement d'une populace curieuse, qui ne faisait nulle attention à mes demandes, et qui s'avançait toujours vers l'hôtellerie, en se poussant avec beaucoup de confusion. Enfin, un archer revêtu d'une bandoulière, et le mousquet sur l'épaule, ayant paru à la porte, je lui fis signe de la main de venir à moi. Je le priai de m'apprendre le sujet de ce désordre. Ce n'est rien, monsieur, me dit-il ; c'est une douzaine de filles de joie que je conduis, avec mes compagnons, jusqu'au Havre-de-Grâce, où nous les ferons embarquer pour l'Amérique. Il y en a quelques-unes de jolies, et c'est apparemment ce qui excite la curiosité de ces bons paysans. J'aurais passé après cette explication, si je n'eusse été arrêté par les exclamations d'une vieille femme qui sortait de l'hôtellerie en joignant les mains, et criant que c'était une chose barbare, une chose qui faisait horreur et compassion. De quoi s'agit-il donc ? lui dis-je. Ah ! monsieur, entrez, répondit-elle, et voyez si ce spectacle n'est pas capable de fendre le cœur ! La curiosité me fit descendre de mon cheval, que je laissai à mon palefrenier. J'entrai avec peine, en perçant la foule, et je vis, en effet, quelque chose d'assez touchant. Parmi les douze filles qui étaient enchaînées six par six par le milieu du corps, il y en avait une dont l'air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une personne du premier rang. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l'enlaidissaient si peu que sa vue m'inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins de se tourner, autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux yeux des spectateurs. L'effort qu'elle faisait pour se cacher était si naturel, qu'il paraissait venir d'un sentiment de modestie. Comme les six gardes qui accompagnaient cette malheureuse bande étaient aussi dans la chambre, je pris le chef en particulier et je lui demandai quelques lumières sur le sort de cette belle fille. Il ne put m'en donner que de fort générales. Nous l'avons tirée de l'Hôpital, me dit-il, par ordre de M. le Lieutenant général de Police. Il n'y a pas d'apparence qu'elle y eût été renfermée pour ses bonnes actions. Je l'ai interrogée plusieurs fois sur la route, elle s'obstine à ne me rien répondre. Mais, quoique je n'aie pas reçu ordre de la ménager plus que les autres, je ne laisse pas d'avoir quelques égards pour elle, parce qu'il me semble qu'elle vaut un peu mieux que ses compagnes. Voilà un jeune homme, ajouta l'archer, qui pourrait vous instruire mieux que moi sur la cause de sa disgrâce ; il l'a suivie depuis Paris, sans cesser presque un moment de pleurer. Il faut que ce soit son frère ou son amant. Je me tournai vers le coin de la chambre où ce jeune homme était assis. Il paraissait enseveli dans une rêverie profonde. Je n'ai jamais vu de plus vive image de la douleur. Il était mis fort simplement ; mais on distingue, au premier coup d'oeil, un homme qui a de la naissance et de l'éducation. Je m'approchai de lui. Il se leva ; et je découvris dans ses yeux, dans sa figure et dans tous ses mouvements, un air si fin et si noble que je me sentis porté naturellement à lui vouloir du bien. Que je ne vous trouble point, lui dis-je, en m'asseyant près de lui. Voulez-vous bien satisfaire la curiosité que j'ai de connaître cette belle personne, qui ne me paraît point faite pour le triste état où je la vois ? Il me répondit honnêtement qu'il ne pouvait m'apprendre qui elle était sans se faire connaître lui-même, et qu'il avait de fortes raisons pour souhaiter de demeurer inconnu. Je puis vous dire, néanmoins, ce que ces misérables n'ignorent point, continua-t-il en montrant les archers, c'est que je l'aime avec une passion si violente qu'elle me rend le plus infortuné de tous les hommes."

Extrait de la première partie de Manon Lescaut - L'abbé Prévost


 

 

Manon Lescaut : l'incipit...
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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 09:44
Société : du dédain pour les faibles...

 

Dans une société où triomphent la performance, la rapidité, l'efficacité, les faibles sont les premières victimes du dédain...

On les efface, on veut les oublier, surtout ne pas les voir... comme s'ils dérangeaient la bonne conscience...

 

C'est ainsi que les vieux sont relégués dans des maisons de retraite, désignées par cet acronyme : EHPAD.

"Ces machines à broyer les vieux le font en toute impunité avec la complicité des États. On tue les vieux dans les Ehpad du monde entier. Dans ces zones de non-droit, mauvais traitements et défaut de soins ne sont que des "dysfonctionnements" graves, pour Brigitte Bourguignon, Ministre de la Santé, empêchant la bientraitance, mais qui ne relèvent pas de la justice. Il est pourtant urgent de regarder la réalité en face et d'agir."

 

Les faibles, ce sont aussi les gens malades, parfois abandonnés sur des lits d'hôpitaux, dont on connaît aussi les dysfonctionnements graves : manque de personnel, de moyens, de lits, etc.

 

Les faibles, ce sont encore les pauvres, "un qualificatif minorant exprimant le dédain", comme l'écrit Christian Vigouroux.

Eux aussi, on préfère ne pas les voir : les SDF dans nos rues sont souvent invisibles pour la plupart des passants, on ne les voit pas, on ne les regarde pas...

 

Et puis, il y a les gros, les enrobés, les obèses, ceux qui sont en surpoids...

"Il ou elle souffre, en France, en Allemagne et ailleurs, de l'assimilation trop automatique par les tiers et les employeurs entre surpoids et absence de volonté, de maîtrise de soi au-delà même des canons de la beauté. Cette présomption de faiblesse projetée sur le gros est le premier facteur de dédain à son détriment." écrit Christian Vigouroux.

Et il rajoute : "Le dédain des gros(ses) est aujourd'hui un phénomène d'avenir : l'obésité en augmentation chez les Français, la hausse de l'indice de masse corporelle est particulièrement sensible parmi les plus jeunes. Elle frappe en priorité les milieux défavorisés et concerne plus le Nord-Est que le Sud-Ouest. Le dédain retrouve ses cibles favorites."

 

Ainsi, dans nos sociétés vouées à la vitesse, les catégories les plus faibles sont les cibles et les victimes du dédain : on refuse de les prendre en considération, on les cache, on les occulte, on ne veut pas les voir...

 

 

Sources : 

Un ouvrage de Christian Vigouroux : La société du dédain

 

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/on-tue-les-vieux-dans-les-ehpad-du-monde-entier-avec-la-complicite-des-etats

 

 

 

 

Société : du dédain pour les faibles...
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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 11:15
Russie : le choix de l'exil...

 

"Des files d'attente impressionnantes à l'aéroport de Moscou... aux postes frontières, en voiture ou à pied, des milliers de Russes ont fait le choix de l'exil, depuis l'annonce d'une mobilisation des réservistes par Vladimir Poutine pour le front ukrainien.

Des hommes, des femmes, des enfants prennent la direction de la Turquie, de la Finlande mais aussi de la Géorgie.

 

Plus de 20 kilomètres de file d'attente aujourd'hui pour passer en Géorgie : dans des milliers de voitures, des Russes fuyant la mobilisation des réservistes décrétée par Vladimir Poutine.

Les voici côté Géorgien après deux à trois jours d'embouteillages.

A Tbilissi, la capitale du pays, nouvelle file d'attente pour se procurer une carte Sim et téléphoner localement.

 

Valises sur le trottoir des hommes expliquent que jusqu’à présent, les Russes laissent passer presque tout le monde, moyennant parfois des pots de vin, jusqu’à 180 euros.

Souvent ces hommes disent qu’ils n’ont pas encore été convoqués par les autorités militaires, mais ils partent par précaution. 

"C’est allé trop loin. Ce que nous propose le gouvernement ne me convient pas. On a deux solutions : soit on est mobilisé et on va au front, soit on va en prison, si on refuse. Bien sûr tout le monde ne sera pas mobilisé, mais tu ne sais pas si ça va tomber sur toi ou sur quelqu’un d’autre", dit un Russe.

"J'ai eu peur, enfin, j'ai pas eu peur d'aller à la guerre, j'ai peur que la situation en Russie se dégrade, qu'il n' y ait plus du tout d'emplois par exemple.", explique un autre Russe.

 

Deux autres Russes sont eux aussi arrivés récemment, l'un était en voyage professionnel, au moment de l'annonce de la mobilisation, l'autre était en vacances en Géorgie. Tous les deux ont décidé de s'installer à Tbilissi.

 

Ils racontent ce que vivent leurs amis restés en Russie : "Tous se demandent comment se cacher, comment éviter la mobilisation, comment contourner les bureaux de recrutement militaire, comment sortir le moins possible, ne pas prendre le métro, par exemple, parce qu'il y a des caméras de surveillance."

 

Ces nouveaux arrivants russes ne sont pas forcément les bienvenus en Géorgie. Sur un graffiti récent, ils sont invités avec des mots assez crus, à rentrer chez eux."

 

Les témoignages recueillis lors de ce reportage montrent un refus de la guerre et une volonté d'y échapper : de nombreux Russes refusent le sacrifice exigé par Poutine.

 

Le front ou la prison : évidemment, beaucoup de Russes, face à cette alternative, choisissent de fuir...  il reste à connaître le nombre exact de ces exilés.

 

 

Source :

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/mobilisation-des-reservistes-par-vladimir-poutine-des-milliers-de-russes-font-le-choix-de-lexil_5380792.html

 

 

Russie : le choix de l'exil...
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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 12:55
La beauté des cygnes...

 

Sur l'eau sombre, des nuées de plumes vaporeuses... 

 

 

Silhouettes gracieuses, cous souples, embruns de plumes neigeuses... les cygnes se donnent en spectacle...

 

 

Magnifique ronde de plumages soyeux aux teintes douces de roses et de blancs !

 

 

Tableau ondoyant et envoûtant !

 

 

Becs lustrés de rose, cernés de noir, les jeunes cygnes, à la toilette, arrondissent leurs cous  majestueux...

 

 

 

Joli ballet plein d'élégance et d'harmonie ! 

 

 

 

Un duvet léger ennuage leurs frimousses : images attendrissantes sur le plan d'eau !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo et vidéo : rosemar

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23 septembre 2022 5 23 /09 /septembre /2022 10:19
Explosion du nombre de solitaires...

Le capitalisme extrême, son mode de vie effréné font que les gens sont complètement isolés...

Matthieu Chaigne, auteur de La Fabrique des Solitaires, étudie les raisons de notre isolement croissant...

 


"Une société d'individus solitaires... même des jeunes peuvent être touchés par l'isolement relationnel...

Des ruptures liées à l'organisation du territoire, liées aussi au digital ont créé cette société d'individus solitaires qui ne permettent plus de faire nation...

Les pavillons, les maisons avec digicodes, les étudiants dans leur chambre de bonnes, les barres HLM, le numérique, la précarité accentuent la solitude.

Depuis les années 50, on a assisté à un grand développement du périurbain : un modèle pavillonnaire de maisons juxtaposées les unes aux autres, un modèle qui répond à un idéal : avoir un bout de jardin à soi, pouvoir avoir une maison qu'on achète, et en même temps, ce pavillon peut se refermer sur ses habitants.

Car le modèle pavillonnaire n'a pas été pensé pour créer du lien, il y a une juxtaposition de pavillons avec un déficit de lieux pour se retrouver pour se rassembler.

 

La société du tout marchand isole aussi les individus : aujourd'hui, tout s'achète, tout se vend, tout a un prix.

Vous pouvez louer le véhicule de votre voisin sur une plateforme, vous pouvez louer une après-midi piscine chez votre voisin, même les services d'entraide ont désormais un prix... ce qui distille un doute : l'autre, finalement, a des intérêts contradictoires avec les miens.

Un tiers des Français pensent que la plupart des gens cherchent à profiter d'eux.

Nous sommes entrés dans une société de la méfiance où l'autre a potentiellement des intérêts contradictoires avec les nôtres.

Ce qui a un impact politique : on ne peut plus faire nation, si celui qui est à côté de moi, forcément, a des valeurs contradictoires avec les miennes.

 

Des pays ont créé des ministères de la solitude : le Royaume-Uni, le Japon ont bien compris que la société d'isolement que nous avons créée avait un impact majeur : nous empêcher de vivre ensemble...

 

Le communautarisme a aussi un lien avec la solitude : le point de départ, c'est notre nature humaine... du point de vue des sciences comportementales, des chercheurs américains démontrent que nous sommes des animaux sociaux : quand nous ne sommes pas connectés avec les autres, par défaut, nous allons chercher à appréhender ce qu'ils pensent, ce qu'ils disent.

Les salafistes vont offrir à l'individu isolé une identité, des rites qui vont scander sa journée, ils vont lui offrir, via l'oumma une communauté à laquelle il va appartenir. 

Nous avons besoin de nous sentir membres d'une communauté.

 

Comment nous, République, pouvons-nous créer une communauté nationale qui intègre les gens, notamment à travers les rites ? Les rites sont un moyen  de créer des liens entre les gens et de démontrer qu'au delà de nos différences nous avons une fraternité commune.

La consommation a été un moyen de créer ce qu'on appelle la société de consommation : on se sentait membre d'une même communauté, parce qu'on achetait les mêmes produits.

 

Mais, cette société de consommation n'existe plus aujourd'hui, en raison d'une paupérisation de la classe moyenne qui ne peut plus acheter comme tout le monde...

La société de consommation ne permet plus de créer une adhésion commune.

 

Le service militaire était un rite républicain qui permettait un brassage, c'était un rite de passage, un rite initiatique : des gens qui n'avaient absolument pas la même culture faisaient ensemble une même activité.

 

Aujourd'hui, l'objectif est de recréer des rites... S'impliquer pour les autres, ce pourrait être une façon de rétablir des rites... s'impliquer pour la santé, pour l'écologie, etc."

 

Le problème est que nos sociétés génèrent de l'individualisme, encore plus avec l'avènement d'internet.

 

Source :

 

https://tv.marianne.net/rencontres/-comment-notre-societe-produit-des-individus-m

 

 

 

Explosion du nombre de solitaires...
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21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 08:33
Une célèbre chanteuse russe dénonce la guerre en Ukraine...

 

Elle s'appelle Alla Pougatcheva : elle n'est pas connue en France, mais en Russie, elle est l'une des chanteuses pop les plus célèbres... c'est même probablement la femme la plus célèbre de Russie. C'est un peu l'équivalent russe de Johnny Halliday.

 

50 ans de carrière, débutée sous l'URSS, des chansons qui appartiennent au patrimoine populaire, des divorces à la pelle, autant de mariages, le dernier avec un comédien de 27 ans de moins qu'elle, qui critique régulièrement le pouvoir de Moscou...

 

Elle même n'a pas hésité à dénoncer l'offensive russe en Ukraine dans un message publié sur Instagram.

 

Une sortie particulièrement remarquée dans un pays où la répression dissuade d'évoquer l'invasion de l'Ukraine.

 

Sur son compte Instagram, suivi par près de 3,5 millions de personnes, Alla Pougatcheva, 73 ans, a réagi à l'annonce, vendredi, du placement de son mari, le comédien Maxime Galkine, sur la liste infamante des "agents de l'étranger" en Russie. 

 

"Je vous demande de me classer parmi les agents de l'étranger de mon cher pays", a écrit Alla Pougatcheva, dans un message à l'intention du ministère russe de la Justice.

"Car je suis solidaire avec mon mari, une personne honnête, intègre et sincère, un véritable patriote russe, incorruptible, qui souhaite que sa Patrie prospère et vive en paix", a-t-elle indiqué.

 

Selon elle, "son mari ne souhaite que la liberté d'expression, et surtout la fin de la mort de nos garçons pour des objectifs illusoires qui font de notre pays un paria et qui pèsent sur la vie de nos citoyens."

 

Des propos particulièrement violents qui ont suscité des milliers de réactions sur les réseaux sociaux. Le porte parole de Vladimir Poutine manifestement un peu gêné n'a pas souhaité commenter cette sortie.

 

Les médias officiels en ont repris uniquement le début mais en omettant toute référence à l'Ukraine.

 

Ainsi, peu à peu, des critiques s'élèvent en Russie contre "l'opération militaire spéciale" de Vladimir Poutine...

 

Cette chanteuse pop ne mâche pas ses mots : elle défend la liberté d'expression dont on connaît les limites en Russie. Elle évoque clairement les résultats désastreux de cette guerre : la mort de jeunes soldats, et elle va même jusqu'à dénoncer des "objectifs illusoires."

 

 

Sources :

 

https://www.tf1info.fr/international/russie-une-superstar-de-la-variete-russe-s-oppose-a-la-guerre-en-ukraine-2232700.html

 

 

https://fr.euronews.com/2022/09/18/russie-la-chanteuse-alla-pougatcheva-critique-la-guerre-en-ukraine

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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 11:41
Mademoiselle qui m'avez appris...

 

En ces temps où les enseignants sont mis à mal, déconsidérés, mal aimés, voici une chanson qui leur rend un vibrant hommage... une chanson écrite par Didier Barbelivien et composée par Julien Clerc, intitulée Mademoiselle...

 

Le poète s'adresse directement à celle qui lui a tant appris grâce à cette apostrophe "Mademoiselle"... car l'enseignement est avant tout une transmission de connaissances.

 

L'énumération qui suit : "Les rois de France et mon pays
Les grandes cités industrielles
Les montagnes, les neiges éternelles" souligne bien l'importance de cette transmission... Sont évoquées ici, l'histoire, la géographie, et plus loin dans une autre énumération "la lecture, la poésie, les jolies fables de La Fontaine, Victor Hugo et Paul Verlaine", des apprentissages de base, bien sûr comme la lecture, mais aussi la culture, avec des exemples littéraires de grands auteurs classiques...

 

Et le poète remercie cette Mademoiselle en lui vouant une "reconnaissance infinie", une expression très forte...

 

Mais l'éloge va plus loin encore ! puisque le poète ajoute : "Vous avez embelli ma vie", montrant bien tout le bénéfice apporté par cette culture littéraire et poétique.

L'éducation apparaît bien ainsi comme une force  et une source de bonheur, d'épanouissement, d'espérance...

 

A tel point que le son de la voix est comparé à une "presque chanson". que le poète garde en mémoire...

 

Et il égrène d'autres leçons de vie délivrées par cette enseignante : 

-L'importance de la liberté pour laquelle il faut se battre...

"Mademoiselle qui m'avez appris
Que la liberté a un prix
Pour les chiens et les papillons
Pour les hommes de toutes conditions
Je pense à vous dès que j'écris"

-L'importance de l'esprit critique où il s'agit de reconnaître les vraies aspirations du peuple, d'être fidèle au peuple, aux gens dont on ne parle jamais, le peuple réel et concret désigné par l'expression populaire : "le peuple pour de bon."

"Mademoiselle qui m'avez appris
À ne pas confondre les cris
Des marchands de révolution
Avec le peuple pour de bon
Je me dois de vous dire "merci""

Et on entend encore un remerciement dans ce simple mot : "merci".

 

La simplicité des mots, les auteurs cités, Hugo, Verlaine, La Fontaine parlent à chacun d'entre nous. Qui n'a pas appris dans son enfance des fables de La Fontaine, des poèmes de Hugo et de Verlaine ?

La mélodie joyeuse et rythmée restitue le bonheur de ces années passées sur les bancs de l'école.

Une belle déclaration !

 

 

Le texte :

 

https://www.lacoccinelle.net/1395903-julien-clerc-mademoiselle.html

 

 

 


 

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18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 12:38
Fleurs de septembre...

 

 

Des éclats de rose pourpre dans le jardin... fleurs en robes froissées tourbillonnantes...

 

 

 

Althéas d'une blancheur éblouissante !

 

 

 

Fleurs discrètes, légères aux teintes de bleu...

 

 

 

Fleurs d'hortensia exubérantes, luxuriantes, volubiles, aux teintes subtiles de rose pâle !

 

 

 

Arceau de fleurs élégantes qui dansent et chavirent sous le vent de septembre !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo et vidéo : rosemar

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16 septembre 2022 5 16 /09 /septembre /2022 11:54
Le registre tragique...

 

Le registre tragique est, à l'origine, propre à la tragédie grecque : ce genre littéraire est né dans la Grèce antique au cinquième siècle avant J. C., avec des auteurs célèbres : Eschyle, Sophocle, Euripide...

 

La tragédie a connu aussi un grand succès en France, au 17 ème siècle : Racine, Corneille se sont illustrés dans ce genre théâtral.

 

Mais on peut également trouver ce registre tragique dans le roman, la nouvelle, la poésie.

 

Quelles en sont  les caractéristiques ?

Souvent, le niveau de langue utilisé est soutenu et noble car la tragédie met en scène des rois, des princes... périphrases, métaphores contribuent à donner un ton solennel au texte.

 

Mais le style peut être aussi familier ou courant, dans un roman, par exemple.

Dans un texte de prose, l'auteur peut utiliser des phrases ou des membres de phrases comportant 12 syllabes qui font songer à des alexandrins, les vers employés dans la tragédie classique. C'est ce que l'on nomme "des vers blancs".

Des exclamations, des interrogations, des apostrophes, des invocations, des implorations viennent souligner le désarroi, la souffrance, l'émotion...

Des jeux d'opposition, des antithèses, des parallélismes, des hyperboles, des chiasmes accentuent le déchirement du héros confronté à des décisions ou à des choix contradictoires, obligé de résoudre des dilemmes.

 

Les thèmes associés au tragique sont le mal, la fatalité, la mort...

Le héros tragique est victime d'une puissance qui le dépasse : un destin inéluctable, une fatalité qui pèse sur lui, c'est ce qu'on appelle aussi d'un terme latin, le "fatum".

 

Ce destin peut être représenté par des forces surnaturelles : des dieux, une hérédité ou une malédiction familiale, ou des passions irrépressibles, ou par un autre personnage qui symbolise le tragique.

Le héros subit souvent des passions dévastatrices, comme l'amour, la jalousie, il est exposé à la mort.

Quel est l'effet produit ?

Selon la définition d'Aristote, le tragique doit susciter "la terreur et la pitié."

Il peut provoquer aussi l'admiration à l'égard du héros qui est mis en scène.

 

 Phèdre est l'héroïne tragique, par excellence : soumise à la fatalité, à une lourde hérédité, à une malédiction divine, elle éprouve une passion irrépressible, un amour interdit pour son beau fils Hippolyte.

On connaît ce vers célèbre de la pièce de Racine "C'est Vénus toute entière à sa proie attachée..." : la déesse de l'amour poursuit Phèdre de sa haine, car elle est la "brillante", la petite fille du dieu Soleil qui avait dévoilé les amours coupables de Vénus et d'Arès. (En grec ancien "Φαίδρα / Phaídra",  signifie "Brillante".) 

Phèdre est ainsi soumise à une malédiction qui la dépasse et qui pèse sur elle et toute sa famille.

 

Un extrait de Phèdre...

Phèdre, Racine
Acte I, scène 3, L’aveu de Phèdre 

Phèdre
 Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

 Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
 Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
 Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer.
J’offrais tout à ce dieu, que je n’osais nommer.
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.
Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
 De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’Ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus toute entière à sa proie attachée.

 

 

 

 

 

Le registre tragique...
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14 septembre 2022 3 14 /09 /septembre /2022 09:41
"En Ukraine, nous n'avons rien perdu..."

 

S’exprimant lors d’un forum économique dans la ville de Vladivostok, située à l’extrême est de la Russie, Vladimir Poutine a déclaré que toutes les actions de la Russie étaient destinées à renforcer la souveraineté du pays et visaient à "aider les personnes vivant dans la région de Donbass, dans l’est de l’Ukraine."

 

"Nous n’avons rien perdu et ne perdrons rien", a déclaré Vladimir Poutine. "En termes de ce que nous avons gagné, je peux dire que le principal gain a été le renforcement de notre souveraineté..."

 

Malgré une pluie de sanctions occidentales, Poutine a affirmé que "la Russie  n’a rien perdu et ne perdrait rien." 

"Rien perdu !" Vraiment ?

 

Dans une guerre de conquête, on perd toujours... Que dire de tous les soldats russes envoyés à la mort, que dire des soldats blessés, mutilés au cours de cette guerre ?

Pas un mot pour eux de la part de Vladimir Poutine ?

 

Et les êtres humains, les familles meurtries ? C'est quantité négligeable ? Combien de Russes morts au combat ? Mieux vaut éviter d'en parler...

Mieux vaut occulter les réalités terribles de la guerre... D'ailleurs, la guerre n'est plus la guerre, elle devient "opération militaire spéciale." aux yeux de Vladimir Poutine.

 

Le chef du Kremlin veut sans doute démontrer que les sanctions n'atteignent pas la Russie : n'est-ce pas un déni de réalité ?

Il est vrai que ces sanctions pénalisent aussi lourdement l'Europe : inflation, crise de l'énergie, pénuries.

Mais la Russie n'est pas épargnée : elle connaît aussi une inflation galopante, des pénuries...

 

On imagine aussi la douleur des familles de soldats morts ou blessés dans ce conflit sanglant, des familles qui restent parfois sans nouvelles de leurs proches.

Une boucherie, car la guerre déshumanise, elle avilit.

L'homme, dans son désir de domination y perd sa propre humanité.

La guerre détruit tout sur son passage : humanisme, générosité, pardon, tolérance, vérité, humanité...

 

L'armée russe subit des revers ces derniers jours : on peut craindre un désir de revanche et une recrudescence des combats.

 

 

Source :

 

https://www.blick.ch/fr/news/monde/declaration-radicale-de-poutine-en-ukraine-nous-navons-rien-perdu-et-ne-perdrons-rien-id17858531.html

 

 

 

"En Ukraine, nous n'avons rien perdu..."
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