Hier soir, soudain, dans ma ville, un concert de Klaxons à n'en plus finir : j'ai mis du temps à prendre conscience de la signification d'un tel tintamarre, à la nuit tombée, c'était, bien sûr, pour saluer la victoire de la France face à la Belgique, lors de la demi-finale de la coupe du monde de football.
Comme je ne suis pas du tout cette compétition, je ne soupçonnais pas, d'abord, la raison de telles manifestations.
Beaucoup de bruit pour rien, beaucoup de bruit pour un simple résultat de foot !
Quelle folie s'empare, ainsi, des supporteurs ! On pouvait entendre des cris, des hurlements de sauvages, une rumeur qui s'amplifait, des coups de klaxons réitérés qui se sont prolongés au delà de minuit.
Le football suscite de véritables délires : un tel engouement paraît incroyable pour une simple victoire !
Une victoire pour laquelle la chance a joué un rôle non négligeable, d'après les commentaires que j'ai lus...
Le concert s'est poursuivi tard dans la nuit : la ronde des voitures a répercuté une sorte de joie festive qui ne faiblissait pas.
Quant aux titres des journaux, ils sont, aujourd'hui, dans le même registre : l'excès, la démesure, on pouvait lire, par exemple, à la Une de L'obs, ce titre : "Comme si on gagnait une guerre : la liesse de la finale envahit Paris", et plus loin ces mots : "un arrêt magique du gardien de but Français", "La tête dans les étoiles !" ou encore : "un match historique des Bleus !"
Un joueur de foot est, soudain, transformé en héros parce qu'il a marqué un but, au cours de la rencontre. Certains parlent même de super héros !
Voilà notre joueur de foot devenu un chevalier, un être d'exception, un demi-dieu !
Comme si l'héroïsme pouvait se réduire à un simple but !
Mais, enfin, l'héroïsme est tout autre : avons-nous perdu le sens des réalités pour assimiler des footballeurs à des braves, des modèles ?
N'avons-nous pas besoin d'autres exemples ? C'est, pourtant, ce type de modèle auquel les jeunes s'identifient plus volontiers.
Les vrais héros sont ceux qui se dévouent pour les autres, qui se rendent utiles dans une société en crise.
Les vrais héros se mettent au service des autres : par exemple, des médecins qui partent pour sauver des enfants dans des pays pauvres.
Dans tous les cas, le football fait rêver encore, malgré ses nombreuses dérives : dopage, matchs truqués, corruption, argent à gogo... et cet excès dans les manifestations de joie paraît hors de propos, pour une simple rencontre sportive où le hasard joue un rôle non négligeable.
Un match de foot tient à si peu de choses !
J'imagine, désormais, ce que pourra être la réaction des supporteurs si la France remporte la finale...
Dans ce cas, le chauvinisme sera encore plus à l'oeuvre.
"La France a gagné", dit-on, alors, comme si une équipe sportive représentait la réussite de tout un pays !
C'est ainsi que va notre monde : il encense des joueurs de foot et ne voit même pas ceux qui, dans l'ombre, oeuvrent pour l'humanité...
En fait, avec ces compétitions, c'est encore et toujours l'argent qui est le grand gagnant : les commerçants, les hôteliers, les marchands de bières et de boissons se frottent les mains.
Et l'argent étant la valeur essentielle de nos sociétés, la coupe du monde de football vient conforter ces dérives inquiétantes.












