Tout un art de vivre dans cette chanson de Guy Béart : Le matin je m'éveille en chantant... Un bel hymne à la joie de vivre contrastant avec le rythme effréné et le productivisme de nos sociétés modernes qui nous incitent à des activités incessantes...
Le narrateur s'exprime dans un discours direct à la première personne, il n'est pas nommé, ce qui donne au texte une valeur universelle... le poète évoque ses journées depuis le matin, jusqu'au soir...
"Le matin, je m’éveille en chantant
Et le soir, je me couche en dansant"
On perçoit dès lors une joie de vivre, un bonheur décuplé d'autant que ces deux phrases sont répétées dans le refrain.
Chanter, danser : deux plaisirs simples accessibles à tous, associés à la musique qui apaise, qui fait du bien...
Et comble de bonheur ! "Entre temps, je fais la sieste...", chante le poète... la sieste, encore un bonheur simple à ne pas manquer, d'autant plus si elle se prolonge du matin au soir... on peut percevoir là une exagération malicieuse de la part du poète.
Cette sieste qu'il convient de réhabiliter... "La sieste est un bien précieux, un moment de vie aussi nécessaire que la mise en jachère d'un champ. Tous les experts pointent les risques provoqués par la surproduction comme par le surmenage. On épuise nos sols et on brûle nos âmes. La jachère a du bon, elle est même vitale", écrit Sébastien Spitzer dans Petite Philosophie de la Sieste...
Et le poète, lui, en rajoute une couche :
"Voilà tout ce qui me reste
Ou je me fais du café
On ne se soigne jamais assez"
On perçoit là tout un hédonisme : le café après la sieste... une boisson réconfortante et revigorante...
Et le refrain revient, insistant, avec quelques variantes où on perçoit une attention portée aux gestes ordinaires du quotidien :
"Le matin, je me lave en chantant
Et le soir, je me baigne en dansant
Le matin, je me lave en chantant
Et le soir, je me baigne en dansant"
Et entre temps, le personnage se promène, cette fois, encore une activité simple du quotidien... et de rajouter :
"Une activité moyenne
Me conduit à m’ reposer
On ne se soigne jamais assez"
Il s'agit de prendre soin de soi, et de vivre pleinement le présent...
Après la promenade et le repos, c'est l'amour qui s'invite :
"Le matin, on s’embrasse en chantant
Et le soir, on s’enlace en dansant"
L'hédonisme du personnage est fait aussi de partage, d'amour, de caresses... prendre soin de soi, mais aussi de ses proches, c'est important...
La lenteur est également privilégiée bien loin de nos sociétés qui sont emportées par l'ivresse de la vitesse :
"Y’a vraiment rien qui nous presse
On va même se recoucher
On ne se soigne jamais assez"
Pourtant, dans le dernier couplet, soudain, une idée nouvelle apparaît, menaçante, inquiétante, bien loin du bonheur évoqué tout au long de la chanson :
"Jamais je ne m’intéresse
A la bombe vengeresse
Qui un jour f ’ra tout sauter
On ne nous soigne jamais assez"
Le danger est là avec l'évocation de cette "bombe", mais nous l'oublions pour mieux vivre l'instant présent...
Une chanson pour nous mettre en garde contre l'illusion de la légèreté ? Nous préférons chanter plutôt que de voir une réalité lourde et menaçante ?
A l'inverse, la mélodie est légère, pleine de gaieté, elle fait songer à une comptine de l'enfance...
Pour mémoire : cette chanson a été écrite, composée, interprétée par Guy Béart... c'est une chanson de la bande originale du film Pierrot la Tendresse sorti en 1960.
Les paroles :
https://www.paroles.net/guy-beart/paroles-le-matin-je-m-eveille-en-chantant
https://www.melo-app.com/notice/le-matin-je-meveille-en-chantant
Le film : Pierrot la Tendresse
https://youtu.be/ueitL2_hT5Y?si=6Fm8hMReMgL5b4gX